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FRANCE

Raffineries à l'arrêt, la France bientôt en panne sèche ?

Vidéo par Ludovic de Foucaud

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 15/10/2010

Alors que les raffineries sont touchées par deux mouvements sociaux, la crainte d'une pénurie de pétrole se précise. Selon les experts Jean-Marie Chevalier et Francis Perrin, la situation pourrait devenir préoccupante dès la semaine prochaine.

Les stations-service de l'Hexagone seront-elles bientôt toutes en panne sèche ? Mercredi, la quasi totalité des raffineries françaises étaient affectées, totalement ou en partie, par le mouvement de grève des salariés contre la réforme des retraites et par le blocage du port de Marseille. Le risque de pénurie de pétrole est "réel" en cas de poursuite de ces conflits, confirment Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières, et Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue "Pétrole et gaz arabes". L'Union française des industries pétrolières (Ufip) a d'ailleurs demandé, ce jeudi, au gouvernement l'autorisation de recourir aux stocks stratégiques de pétrole ainsi que le déblocage immédiat des dépôts pétroliers que des manifestants empêchent de fonctionner. "En moyenne, nous avons un peu plus de 10 jours de réserve dans nos dépôts", a indiqué Jean-Louis Schilansky, président de l'Ufip. La France dispose de 17 millions de tonnes de pétrole brut et de produits pétroliers dans ses stocks stratégiques, ce qui représente 98,5 jours de consommation.

 


 

FRANCE 24 - Le risque d'une pénurie de pétrole en France est-il réel ?

LA QUASI TOTALITÉ DES RAFFINERIES À l'ARRÊT

- La France compte 12 raffineries.

-9 sont à l'arrêt ou en cours d'arrêt mercredi, selon l'Union française des industries pétrolières. Elles représentent 70 % des capacités du secteur.

- Le groupe Total a annoncé l'arrêt de ses six raffineries dont celle de Donges, en Loire-Atlantique, la deuxième du pays, une majorité des salariés étant en grève

- Parmi les quatre raffineries qui continuent de fonctionner, plusieurs tournent au ralenti en raison de grèves partielles ou par manque de pétrole brut.

- Les agents des terminaux pétroliers de Fos-sur-Mer et Lavera protestent depuis le 27 septembre contre la réforme portuaire, votée en 2008.

- L'arrêt ou le rédemarrage d'une raffinerie prend plusieurs jours.

Jean-Marie Chevalier - Oui, bien sûr. Aujourd'hui, 50 pétroliers sont en attente de déchargement au large du port de Marseille. On peut compenser le manque de pétrole dans le Sud en ayant recours aux ressources du nord du pays, mais il y aurait un problème de transport... Le risque de pénurie, au niveau national, dépend du durcissement, ou non, du conflit.

Francis Perrin - L'originalité de cette crise, c'est que deux mouvements se conjuguent : le mouvement de grève dans les terminaux pétroliers de Marseille, entamé il y a plus de deux semaines, et le mouvement de grève des salariés des raffineries, qui protestent contre la réforme des retraites. Si ces deux mouvements se radicalisent, la situation deviendra très préoccupante d'ici huit à dix jours.

La situation est déjà très tendue dans le Sud. Marseille est le premier port pétrolier de France et approvisionne normalement six raffineries, soit une sur deux en France. Cela représente 40 % des capacités de raffinage du pays.

 

F24 -Quel seraient les conséquences d'une pénurie de pétrole ?

J.-M. C. - On ne sait pas exactement quel est le niveau actuel des stocks de gazole, d'essence, de kérosène... Mais au-delà des automobilistes, c'est tout le secteur des transports, dont les transports aériens, qui serait concerné. En plus, avoir une cinquantaine de pétroliers qui attendent au large de Marseille coûte très cher. C'est grave, car cela peut se retourner au final contre le port de Marseille, qui apparaîtra comme moins compétitif que d'autres ports du bassin méditerranéen.

 

F24 - La France dispose de réserves de pétrole, appelées "stocks stratégiques". Le gouverment peut-il décider d'y avoir recours en cas de pénurie ?

J.-M. C. - Les stocks stratégiques sont définis dans le cadre de l'Organisation de coopération et de développement économique [OCDE] et de l'Agence internationale de l'énergie [AIE]. Chaque pays doit avoir une réserve de trois mois environ [trois mois d'importations nettes, selon l'AIE, trois mois de consommation nette selon l'Union européenne, ndlr], dont une partie sous forme de produits finis, comme le gazole, et une partie sous forme de pétrole brut.

La France possède donc ces réserves, mais jamais un gouvernement ne les a utilisées pour pallier des problèmes sociaux. La dernière fois où on a eu recours aux stocks stratégiques, c'était en 2005, après le passage de l'ouragan Katrina aux États-Unis qui avait désorganisé les circuits d'approvisionnement.

F. P. - Si le scénario le plus catastrophique se produisait, et que la France connaissait une véritable pénurie de pétrole, le gouvernement pourrait décider de prélever dans ces stocks. Mais ils sont normalement constitués pour répondre à des ruptures d'approvisionnement provoquées par des raisons graves, telles qu'un conflit ou un problème touchant l'un des grands pays producteurs. Ces réserves stratégiques ne sont pas faites pour être épuisées rapidement. Il y aurait donc nécessairement des mesures de rationnement.

 

F24 - Y a-t-il d'autres solutions pour faire face à une pénurie ?

F. P. - Pas vraiment, car si l'on importe davantage, on risque simplement d'avoir davantage de pétroliers au large de Marseille... Les raffineries ont des stocks commerciaux qu'elles peuvent utiliser, mais encore faut-il que les dépôts ne soient pas bloqués.

 

F24 - Y a-t-il eu des précédents en France ?

F. P. - Je pense qu'il faut remonter au premier choc pétrolier, en 1973-1974. Les pays arabes exportateurs de pétrole avaient mis en place un embargo sélectif pour faire pression sur les pays qui soutenaient Israël. La France n'a pas été le pays le plus touché en Europe, mais il y avait alors des files d'attentes dans les stations-service.

Depuis, lorsqu'il y a eu des conflits sociaux, en règle générale, les différentes parties sont parvenues à un compromis avant que l'on n'en arrive à une situation de pénurie totale. Les mouvements de grève actuels vont sans doute se poursuivre jusqu'à samedi, puisqu'une manifestation est prévue. Il faudra être attentif aux décisions qui seront prises dans le week-end ou en début de semaine prochaine.

 

Première publication : 13/10/2010

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