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Afrique

Le baptême électoral d'Alassane Dramane Ouattara

Vidéo par François PICARD

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 28/10/2010

Écarté par deux fois de la course à la présidence, l’ex-Premier ministre brigue pour la première fois la magistrature suprême face à ses éternels rivaux, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Retour sur le parcours d’un éternel disqualifié.

"Enfin !" doit aujourd’hui souffler le président du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Dramane Ouattara. Méthodiquement écarté de tout processus électoral depuis les années 1990, celui-ci pourra glisser dans l'urne, le 31 octobre prochain, à l'occasion du premier tour de la présidentielle ivoirienne, un bulletin de vote portant son nom.

Une participation quasi inespérée pour le seul et unique ancien Premier ministre (1990-1993) du "père de la nation" Félix Houphouët-Boigny qui fut longtemps contraint de ravaler ses ambitions présidentielles pour cause de "nationalité douteuse". Dans un pays qui, au lendemain de la mort du "Vieux", n’a pas su résister aux sirènes nationalistes, le chef de file du RDR suscite la méfiance. Son tort : avoir trop longtemps vécu hors des frontières ivoiriennes.

Né en 1942 à Dimbokro, dans le centre du pays, ADO, comme le surnomment ses concitoyens, a passé une partie de sa jeunesse en Haute-Volta voisine (l'actuel Burkina Faso) avant de partir étudier aux États-Unis. Nommé haut fonctionnaire au Fonds monétaire international (FMI) en 1968, Alassane Dramane Ouattara est catapulté ensuite, à l’âge de 40 ans, vice-gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l’Ouest (BCEAO) en tant que citoyen… voltaïque. Mais c’est muni d’un passeport ivoirien qu’il prendra finalement la tête de l’institution, en 1988.

À la rescousse d’un pays endetté

Deux ans plus tard, ADO est appelé aux côtés d’Houphouët-Boigny pour remettre de l’ordre dans les finances d’une Côte d’Ivoire vivant au-dessus de ses moyens. Bien qu’inconnu de ses compatriotes, ce musulman alors âgé de 48 ans endosse, en novembre 1990, un costume de Premier ministre que le chef de l’État a taillé à sa mesure. À la tête du gouvernement, il mène une politique d’austérité budgétaire qui vient briser les rêves de grandeur du peuple ivoirien.

De plus en plus malade, le président vieillissant passe le plus clair de son temps à Paris, où on le soigne d’un cancer. Seul maître à bord d’un navire qu'il empêche de sombrer un peu plus sous les dettes, ADO s’attire la bienveillance de la communauté internationale. Au grand dam des autres poids lourds de la politique ivoirienne, tels le président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, et l’opposant socialiste, Laurent Gbagbo, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouveau concurrent sur leur terrain de jeu.

À la mort du "Vieux" en 1993, les Ivoiriens du nord musulman, majoritairement acquis à la cause du Premier ministre, caressent le rêve de le voir prendre les rênes du pays. Fort de sa nouvelle popularité, ADO crée le RDR en vue de la présidentielle prévue pour le mois d'octobre 1995. Las, la révision de la loi électorale souhaitée par Henri Konan Bédié, qui assure l’intérim à la tête du pays, oblige tous ceux qui prétendent à la magistrature suprême "d’être nés de père et de mère ivoiriens de naissance, de n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne et d’avoir résidé de façon continue en Côte d’Ivoire les cinq années précédant la date des élections". De nouvelles dispositions qui disqualifient d’office Ouattara, parti rejoindre le FMI au lendemain de son départ du gouvernement...

Complice de tous les maux

À défaut d’être un parti présidentiel, le RDR devient une force d’opposition que les formations rivales vont s’employer à écarter du jeu politique. Sous les présidences successives d’Henri Konan Bédié (1995-1999), du putschiste Robert Gueï (1999-2000) et de Laurent Gbagbo (à partir de 2000), l’ancien Premier ministre est accusé de tous les maux. Le putsch de Noël 1999 contre le président Henri Konan Bédié, élu quatre ans plus tôt ? C’est lui. Le coup d’État avorté contre le régime Gbagbo en 2002 ? Encore lui.

Considéré par nombre de ses compatriotes comme un "produit d’importation" dont la "nationalité douteuse" lui a valu d’être de nouveau exclu de la course à la présidence en 2000, Ouattara est le complice tout désigné des coups de force dont les victimes croient - ou feignent de croire - commandités par des "éléments de l’extérieur". En 2002, il est contraint à l’exil. Il ne reviendra au pays que quatre ans plus tard, histoire de se rappeler au bon souvenir de ses militants susceptibles de se laisser séduire par les autres leaders politiques.

Aujourd’hui assuré de participer à la présidentielle du 31 octobre, Alassane Dramane Ouattara a entamé sa première véritable campagne. À l’instar de ses deux éternels rivaux, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, l’ancien chef du dernier gouvernement d’Houphouët-Boigny multiplie les meetings en dehors de ses bases. Loin de son fief du nord, ADO s’emploie à conquérir le cœur des électeurs le considérant toujours comme un "étranger" et à gommer sa réputation d’homme austère peu enclin aux contacts avec la foule. À moins de deux semaines du scrutin, celui-ci croit en la victoire. S’appuyant sur des sondages qu’il dit vouloir garder secrets, le candidat du RDR clame à l’envi qu’il sera de la partie au second tour. 

Première publication : 18/10/2010

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