Dernière modification : 21/10/2010
- Grèves - Manifestations - Nicolas Sarkozy - Retraite - Syndicats
Pierre Moscovici, Député socialiste du Doubs
Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans « Politique » avec notre invité, aujourd'hui Pierre Moscovici. Bonjour.
Pierre MOSCOVICI.- Bonjour.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes député socialiste du Doubs. Bien sûr, les questions vont porter sur ce qui se passe en France : la grève. Y a-t-il une révolte ?
Pierre MOSCOVICI.- Oui, je pense qu'il y a une révolte. Je pense qu'il y a quelque chose de Mai 68 dans ce mouvement. C'est-à-dire qu'au départ c'est les retraites et c'est un mouvement social, je dirais, assez classique. Et puis, petit à petit, on assiste à la cristallisation de toute une série de mécontentements qui sont en train de prendre. Alors ce n'est pas exactement la même chose, si vous voulez, mais je crois qu'il y a une révolte de la jeunesse. Je pense qu'il y a une révolte sociale. Il y a un mécontentement de 70 % des Français qui n'en peuvent plus de l'injustice de la politique qui est menée depuis 2007. Et, au fond, ce qui se cristallise sur la réforme de la retraite, c'est ça.
Roselyne FEBVRE.- Donc c'est une contestation générale ?
Pierre MOSCOVICI.- Oui, je pense qu'il y a de ça. Et c'est aussi le refus de l'injustice. La société que nous impose Nicolas Sarkozy, la société qu'il est en train de créer, la société qu'il installe, c'est la société de l'injustice : injustice fiscale, injustice sociale, injustice de la réforme des retraites, manque de prévision ou de vision pour l'avenir des jeunes. C'est ce qui explique que les lycéens soient dans la rue. C'est ce qui explique que les étudiants soient en train de se mobiliser. Et tout ça est en train actuellement de cristalliser, de coaguler. Et moi, je suis très choqué de l'inertie du pouvoir. Je trouve que la posture dure. La posture prétendument ferme est une posture qui en réalité est irresponsable. Nicolas Sarkozy se comporte comme un irresponsable. Il devrait absolument aujourd'hui ouvrir des espaces de discussion, de respiration dans la société française ; il ferme.
Roselyne FEBVRE.- Ne l'a-t-il pas déjà fait ?
Pierre MOSCOVICI.- Quand ?
Roselyne FEBVRE.- La négociation. Ça fait quand même des mois et des mois que c'est sur la table.
Pierre MOSCOVICI.- Mais il n'y a eu aucune négociation. Aucune négociation. Dans un premier temps, Nicolas Sarkozy a feint d'écouter les organisations syndicales sans mettre son projet sur la table. Et, depuis que son projet est sur la table, à aucun moment - vous m'entendez : à aucun moment - il n'y a eu une concession qui a été faite aux organisations syndicales ou à l'opposition parlementaire.
Roselyne FEBVRE.- Mais étaient-ils réellement virulents, ces syndicalistes ?
Pierre MOSCOVICI.- A chaque fois qu'il y a eu des petits bougers - petits - sur la pénibilité ou sur les femmes, ça s'est fait devant le secrétaire général de l'UMP ou devant les présidents des groupes majoritaires à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ce n'est pas comme ça qu'on dirige un pays moderne. Quant à savoir si les syndicats sont virulents ou pas, ils ne sont pas virulents, justement.
Roselyne FEBVRE.- Ils ne l'étaient pas réellement. On avait l'impression qu'il y avait un deal entre eux, entre les leaders syndicaux : Chérèque, Thibault.
Pierre MOSCOVICI.- Pas du tout.
Roselyne FEBVRE.- C'était quand même plutôt bon enfant. Même Eric Woerth se plaignait de n'avoir jamais de coup de fil des syndicalistes.
Pierre MOSCOVICI.- Ce n'est pas un problème d'être bon enfant ou pas bon enfant. Ils ne sont pas là pour être bon enfant, ce sont des syndicalistes responsables. Et moi, ce qui me plaît depuis plusieurs mois, c'est le fait qu'on a un mouvement social qui est bien encadré, on a une intersyndicale qui fonctionne. Le syndicalisme français, traditionnellement, est divisé. Là, il est uni. Et j'ajoute que la gauche politique que nous sommes est assez en phase avec ce mouvement social. Que Nicolas Sarkozy y prenne garde. Parce que quand les syndicats sont unis, quand les syndicats sont réformistes et quand la gauche socialiste se sent bien dans le mouvement social, ça veut dire qu'il y a quelque chose de puissant qui est en train de monter dans le pays. Ça se passera maintenant et, si ça ne se passe pas maintenant, ça se passera plus tard. Et si ça se passe plus tard, ce sera en 2012. Je crois que Nicolas Sarkozy actuellement pense qu'il va se forger un brevet, un brevet de réformateur courageux. En réalité il essaie d'obtenir une victoire mais, s'il obtenait une victoire à l'arraché, ce serait une victoire à la Pyrrhus qu'il paierait ensuite dans les élections.
Roselyne FEBVRE.- Vous parliez de contestation générale. Y a-t-il contestation de la légitimité politique de ce gouvernement et plus particulièrement de Nicolas Sarkozy ?
Pierre MOSCOVICI.- Le président de la République est en place. Ça, ça ne se conteste pas. Il y a un débat politique dont le théâtre est le Parlement. Ça ne se conteste pas non plus. Simplement, vous savez, la démocratie, dans un pays, ce n'est pas uniquement la démocratie politique. C'est aussi la démocratie sociale. Et observons que sur ces deux terrains, démocratie sociale et démocratie politique, ce pouvoir a failli. Il n'y a pas eu de démocratie sociale, je l'ai dit. Les syndicats n'ont jamais été écoutés ni entendus. Et il n'y a pas eu de démocratie politique non plus. C'est-à-dire que dans le débat parlementaire, alors que la gauche, et notamment le Parti socialiste, avait des propositions extrêmement solides à faire, alors qu'il y a une autre façon de réformer les retraites dans ce pays... J'espère que nous aurons le temps d'en parler parce qu'il n'y a pas que la réforme des 60 à 62 ans ni des 65 à 67 ans. C'est faux. C'est un mensonge. Oui, il faut réformer les retraites. Oui, il faut trouver 45 milliards d'euros. Mais il n'y a pas besoin de les prendre toujours sur les mêmes, c'est-à-dire sur les assujettis sociaux. Il y a un partage de l'effort à faire qui peut être beaucoup plus juste. Nous avions et nous avons des propositions. Elles sont sur la table et elles sont très efficaces, très réalistes.
Roselyne FEBVRE.- Notamment taxer...
Pierre MOSCOVICI.- Je vais commencer par autre chose parce qu'il y a aussi des ambigüités qui peuvent exister ou être supposées.
Roselyne FEBVRE.- Parlons-en effectivement.
Pierre MOSCOVICI.- Nous ne réfutons pas l'idée que, dans ce pays, pour certains, il faille travailler plus longtemps.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes pour l'allongement de la durée de cotisations ?
Pierre MOSCOVICI.- Attendez. Nous ne disons pas : « La retraite à 60 ans pour tout le monde à taux plein. » Nous disons : « L'âge légal de la retraite doit rester à 60 ans et il doit être à taux plein pour ceux qui auront leurs annuités de cotisations. » Nous ne remettons pas en cause la durée actuelle de cotisations. Voilà notre point de vue.
Roselyne FEBVRE.- Ce n'est pas une solution un peu boiteuse ?
Pierre MOSCOVICI.- Non, ce n'est pas du tout boiteux. Parce que ça veut dire quoi ? Moi, je suis député du Doubs, vous l'avez dit tout à l'heure, élu de Montbéliard. Dans ma circonscription il y a une petite usine d'automobiles, celle de Sochaux, la plus grande de France en réalité : PSA. Et je peux vous assurer qu'un homme ou une femme qui est à la chaîne, qui a commencé à 18 ans, qui a 41,5 annuités de cotisations, est usé(e) et doit pouvoir partir à la retraite à 60 ans. C'est fait pour. Ça concerne des millions de personnes. En même temps, moi, par exemple, j'ai commencé à cotiser à 22 ans. J'ai fait des études très longues. Je sais que je travaillerai jusqu'à 65 ans et j'ajoute que j'aime ça. Je suis conscient de faire partie des privilégiés. Je le ferai et je le ferai avec joie. Il faut donc qu'il y ait une notion de choix dans la retraite. La retraite à temps choisi. Mais attention. Le fait d'avoir un choix ne veut pas dire qu'on remet en cause un droit. Pourquoi je vous dis tout ça ? Je vous dis tout ça pour dire qu'on n'est pas des ringards au Parti socialiste, ce n'est pas vrai. Par ailleurs, il est vrai qu'il y a des taxations sur le capital mais, franchement, est-il normal que, dans la réforme prévue par Nicolas Sarkozy, il y ait 4 milliards d'euros sur 45 qui proviennent du capital et des hauts revenus ? Nous, nous disons que ça doit être 50-50, c'est-à-dire plutôt 25 milliards d'euros sur 45. C'est ça, la réalité : un effort partagé différemment. Nous avions ces proposition, elles n'ont jamais été écoutées, donc pas de démocratie politique non plus.
Roselyne FEBVRE.- Pierre Moscovici, je sais que vous vous intéressez à tout ce qui se passe à l'étranger. La dimension internationale compte pour vous. Il y a une petite revue de presse aujourd'hui où tous les pays d'Europe et d'ailleurs regardent la France. Pour le « Tagesspiegel », le Président doit rester ferme et, s'il y arrivait, ce serait le signe qu'il se passe quelque chose en France. Pour la presse norvégienne, il rêve de 1968. La presse portugaise évoque « Sarkozy au pays des mille et une grèves ». La presse chinoise ricane. Ne sommes-nous pas devenus la risée de l'Europe ? Nous parlerons ensuite de l'Espagne, un gouvernement socialiste qui fait quand même des choses.
Pierre MOSCOVICI.- Je ne crois pas du tout. D'abord, les situations ne sont pas du tout les mêmes. On dit qu'en Allemagne l'âge de la retraite intervient plus tard mais le nombre d'annuités, de cotisations pour avoir une retraite et une retraite à taux plein est bien inférieur à celui de la France, donc comparons ce qui est comparable. Par ailleurs, une chose ne vous échappera pas, Roselyne Fèbvre, et ne m'échappe pas, c'est que, actuellement, l'Europe est dominée par les droites. Donc, quand vous parlez de ces gouvernements-là, vous parlez de gouvernements qui sont pour beaucoup des gouvernements de droite ou des presses de droite.
Roselyne FEBVRE.- En Espagne, Zapatero est de gauche. C'est un gouvernement socialiste.
Pierre MOSCOVICI.- Pardonnez-moi. On n'est pas forcément en train de s'imiter les uns les autres. J'aime bien Zapatero. Je n'observe pas qu'actuellement sa politique soit particulièrement progressiste.
Roselyne FEBVRE.- A un moment il était pris en exemple par certains ou certaines au PS.
Pierre MOSCOVICI.- Franchement pas par moi, jamais. Pas par moi, jamais. Même si j'ai du respect pour ce qu'il fait et si évidemment je souhaite qu'il reste le Premier ministre d'Espagne. Mais en même temps il faut prendre en compte un certain nombre de choses. Oui, il faut réformer les retraites. Nous ne disons pas qu'il ne faut pas les réformer. Il y a 45 milliards d'euros à trouver.
Roselyne FEBVRE.- Mais 60 ans, n'est-ce pas un vieux mythe ? L'Espagne voudrait passer de 65 à 67 ans !
Pierre MOSCOVICI.- Nous parlons de situations humaines, encore une fois. Moi, je vous parle de l'ouvrier qui a commencé à bosser tôt, qui a cotisé longtemps, qui se trouve dans une situation qui est souvent une situation où il y a de la pénibilité dans son travail.
Roselyne FEBVRE.- Mais le monde change. Il évolue.
Pierre MOSCOVICI.- Le monde change mais ça ne change pas le fait que celui-là ait 7 ans d'espérance de vie de moins que le cadre. Et c'est celui-là qu'on voudrait faire cotiser jusqu'à 62 ou 63 ans ? Moi, je ne suis pas d'accord. Je dis qu'il peut partir. La retraite choisie. Mais la retraite choisie est, je pense, une invention tout à fait moderne. Un droit : les 60 ans. Un choix. C'est, au fond, ce que nous proposons.
Roselyne FEBVRE.- Ne faudrait-il pas, comme en Suède, une réforme systémique avec la fameuse retraite à points ?
Pierre MOSCOVICI.- Ce ne serait pas idiot. Moi, j'en ai déjà parlé. Simplement ce n'est pas du tout ce que Nicolas Sarkozy a fait. Qu'a fait Nicolas Sarkozy ?
Roselyne FEBVRE.- Parce qu'il voulait passer pour un réformateur, donc il voulait changer ces 62 ans.
Pierre MOSCOVICI.- En réalité il voulait infliger une défaite au mouvement social et politique et il s'est enferré lui-même dans un a priori idéologique et financier selon lequel ce sont les mesures d'âge qui rapportent le plus et le plus facilement. Voilà ce qui s'est passé. J'ajoute une dernière chose, c'est qu'après il a fait comme Alain Juppé en 1995 : droit dans ses bottes. Mais quand on reste droit dans ses bottes, que le peuple gronde et que surtout l'opinion ne veut pas de cette réforme parce qu'elle sent l'injustice, on finit par payer la facture.
Roselyne FEBVRE.- Pierre Moscovici, soyons honnêtes. Il y a encore quelques jours, 71 % des Français étaient favorables à ce mouvement parce que, dans le fond, il était assez gentillet. Aujourd'hui il y a des blocages, il y a des gens qui n'ont plus d'essence etc. Est-ce qu'on peut continuer à bloquer un pays qui sort de la crise avec une croissance en berne et une compétitivité pas géniale ? N'est-ce pas dangereux pour l'économie ?
Pierre MOSCOVICI.- Deux choses. Il y a blocage mais le responsable du blocage s'appelle Nicolas Sarkozy. Moi, je dis que le fauteur de troubles dans le pays, c'est Nicolas Sarkozy.
Roselyne FEBVRE.- Donc ce pays est irréformable ?
Pierre MOSCOVICI.- Non. Je dis que ce n'est pas comme ça qu'on réforme un pays. Je dis qu'on ne réforme pas un pays en n'écoutant pas les organisations syndicales, en ne négociant pas, en n'écoutant pas le débat parlementaire. Ça n'existe nulle part ailleurs en Europe. Et je dis, moi, qu'en tenant comme il le fait sur une ligne qui est une ligne dure et provocatrice, le président de la République est responsable des troubles de l'ordre public.
Roselyne FEBVRE.- Que doit-il faire aujourd'hui ?
Pierre MOSCOVICI.- Il doit négocier.
Roselyne FEBVRE.- Négocier quoi ?
Pierre MOSCOVICI.- Prenez un sondage paru ce matin dans « Libération » : 79 % des Français disent : « Il faut rouvrir une négociation. » Sur quoi ? C'est à lui de le faire. Je ne suis pas président de la République. Il me semble par exemple que, sur le passage de 65 à 67 ans pour la retraite à taux plein, il aurait eu depuis le départ du grain à moudre. Il s'y est refusé. Cette obstination, ce caractère obtus, ce caractère violent, voire provocateur, voilà ce qui fout le bordel en France, voilà la réalité du blocage.
La deuxième chose, c'est qu'il est vrai qu'il y a de l'impopularité. Je n'en suis pas inconscient. Les gens n'aiment pas les casseurs. Moi non plus. Les gens préfèrent avoir de l'essence. Moi aussi. Les gens préfèrent avoir des transports qui fonctionnent. Vous aussi. Tout le monde est d'accord là-dessus et ça, ça n'est pas populaire. En revanche, quoi qu'il arrive, 70 % des Français considéreront que cette réforme des retraites est mauvaise. Je ne sais pas comment tout ça va se dénouer mais c'est aux syndicats de décider de la poursuite du mouvement. Et puis, tôt ou tard, tout cela rentrera dans l'ordre. Tôt ou tard. C'est comme ça. Nous ne sommes pas dans une situation préinsurrectionnelle. Mais il restera une blessure dans ce pays car on aura imposé une réforme rejetée par 70 % des Français.
Roselyne FEBVRE.- Et s'il y arrive ?
Pierre MOSCOVICI.- Ce n'est pas tant le soutien au mouvement qui m'intéresse, moi, que le rejet de la réforme. Et ce rejet de la réforme, il va demeurer. Et s'il y arrive ?
Roselyne FEBVRE.- S'il y arrive, vous applaudirez ?
Pierre MOSCOVICI.- Sûrement pas. Les choses sont très simples. Nous avons un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy. Ce rendez-vous est en 2012.
Roselyne FEBVRE.- Mais il n'a pas commencé déjà aujourd'hui ?
Pierre MOSCOVICI.- Il l'a voulu, lui. Il pense que ce sera un succès. Moi, je pense que ce sera sa défaite. Et donc nous remettrons cette affaire dans la bataille de 2012. Et nous la remettrons comment ? En disant : « Si nous revenons aux responsabilités, nous abrogerons immédiatement la réforme Sarkozy. Immédiatement. »
Roselyne FEBVRE.- C'est-à-dire que vous reviendrez aux 60 ans ?
Pierre MOSCOVICI.- Attendez. Il n'y a pas que les 60 ans. A cette réforme qui est mal foutue, qui n'est pas financée et qui est injuste nous substituerons la réforme que j'ai essayé de vous présenter tout à l'heure, qui repose sur une retraite choisie, sur d'autres ressources, sur l'emploi des seniors et - j'ajoute aussi - sur une augmentation modérée des cotisations. Nous avons un système qui, lui, est très équilibré, très réaliste, très crédible et je pense franchement que, là-dessus, il n'y a pas photo.
Roselyne FEBVRE.- Ségolène Royal a-t-elle été « irresponsable » de demander aux jeunes de descendre dans la rue, même si elle leur a demandé de le faire avec mesure ?
Pierre MOSCOVICI.- Vous savez, on a été jeunes. Moi, j'ai fait mes premières manifestations lycéennes en 1972, je crois, et je n'ai jamais attendu les mots d'ordre des partis politiques. On ne fera croire à personne - ce n'est pas sérieux - que c'est la rue de Solférino qui est en train de piloter les manifestations lycéennes. Et on ne fera pas non plus croire à certains que ce sont les socialistes qui soutiennent les casseurs. Je déteste les casseurs, je condamne tous les actes de violence mais je dis une chose, c'est que la violence qui naît dans le pays, elle a un responsable : le président de la République. Parce que quand on joue sciemment la tension comme il le fait en espérant que l'opinion publique va se retourner, je crois que ce n'est pas une attitude digne d'un chef d'Etat.
Roselyne FEBVRE.- Tout haut, vous dites : « retour à 60 ans ». Tout bas, vous dites : « allongement de la durée de cotisations ». Ça ne plaît pas à l'aide gauche du PS.
Pierre MOSCOVICI.- Mais rien n'est dit tout bas. Nous avons un projet. Ce projet est écrit. Il est là depuis des mois. Il a été élaboré en mai. Il a été voté par tout le monde. Dans les réunions d'élaboration, il y avait Henri Emmanueli, il y avait Benoît Hamon. Donc moi, je dis une chose très calmement : nous avons un projet, ce projet est notre projet unanime, c'est un projet sérieux, c'est un projet crédible, il faut s'y tenir.
Roselyne FEBVRE.- Martine Aubry serait-elle crédible en tant que candidate à l'élection présidentielle de 2012 ? Elle semble avoir une santé assez fragile. Elle a dû annuler deux fois des émissions télévisées. Est-elle faite pour le job ?
Pierre MOSCOVICI.- Moi, je pense qu'elle a une santé de fer. Il peut arriver à tout le monde d'avoir des petits incidents de santé et ce n'est pas du tout là-dessus que les choses se joueront.
Roselyne FEBVRE.- Ça se jouera sur quoi ?
Pierre MOSCOVICI.- Si elle souhaite être candidate, je suis persuadé qu'elle a le coffre personnel pour.
Roselyne FEBVRE.- La force psychologique aussi ?
Pierre MOSCOVICI.- Oui. Aucun souci là-dessus pour proposer sa candidature aux primaires. Donc il ne faut surtout pas essayer ce genre de disqualification, je n'y crois pas. En revanche ce qui est vrai, c'est qu'après la question qui se pose, c'est autre chose. C'est pas : est-elle en bonne santé ? Elle est en bonne santé. C'est pas : a-t-elle la pêche ? Elle a la pêche. C'est : est-elle le bon candidat ? Et là, moi, je me suis exprimé depuis longtemps. Je ne fais pas ça contre elle mais je pense qu'il y en a de meilleurs. Je crois que Dominique Strauss-Kahn est mieux placé.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes toujours son ami ?
Pierre MOSCOVICI.- Je suis toujours son ami.
Roselyne FEBVRE.- Ses réflexions avancent ?
Pierre MOSCOVICI.- Je n'en sais rien mais je pense que, s'il revenait, il serait l'homme qui peut rassurer et rassembler les Français. Sinon, il y aura une primaire plus ouverte.
Roselyne FEBVRE.- Pourquoi il rassurerait ? Pardonnez-moi mais, dans le rapport du FMI, il est quand même clair. Il dit que la réforme des retraites passe par des mesures d'âge.
Pierre MOSCOVICI.- Pardonnez-moi. Voilà un rapport qui est un rapport du FMI, donc qui n'est pas le rapport du directeur général du FMI et qui est encore moins le rapport de Dominique Strauss-Kahn. Voilà un rapport qui n'est pas un rapport sur les retraites mais sur le financement des déficits. Voilà un rapport qui n'est pas sur la France mais qui est sur l'OCDE. Enfin, jamais le directeur général du FMI ne se prononce sur la situation de la France. Donc moi, j'aimerais que vous me trouviez une citation, une seule, dans laquelle Dominique Strauss-Kahn a dit : « Je partage les options de ce rapport et je suggère le recul de l'âge de la retraite. » Il ne l'a pas dit.
Roselyne FEBVRE.- Moi, il m'avait dit que les 60 ans n'étaient pas un tabou.
Pierre MOSCOVICI.- Mais nous disons tous que ce n'est pas un tabou puisque nous disons qu'il faut une retraite à temps choisi, puisque nous savons déjà que l'âge effectif de départ en retraite est à 61,5 ans, puisque d'autres pourront travailler davantage. Donc ne faisons pas de mauvais procès à Dominique Strauss-Kahn. Après, pour ce qui est des primaires, nous verrons. Soit il est candidat...
Roselyne FEBVRE.- Il se décide ou il ne se décide pas ?
Pierre MOSCOVICI.- Mais je pense qu'il a le temps. Vous savez, il y a quelque chose qui me surprend un peu.
Roselyne FEBVRE.- C'est quand même dans 18 mois.
Pierre MOSCOVICI.- Nos primaires commenceront en juin. Jusque-là, personne ne s'est prononcé. Je n'ai pas entendu Martine Aubry déclarer sa candidature. François Hollande, on le sent venir mais il ne l'a pas fait. Il n'y a que Manuel Vals qui l'a fait. Moi, j'ai dit : « Je serai candidat aux primaires si Dominique Strauss-Kahn ne l'est pas. » Je ne vois pas pourquoi le seul à qui on demanderait une date précise serait Dominique Strauss-Kahn. Au contraire.
Roselyne FEBVRE.- Mais il n'a pas envie d'aller aux primaires.
Pierre MOSCOVICI.- D'un certain point de vue, il est directeur général du FMI, c'est peut-être celui qui y pense le moins pour une raison simple : parce qu'il pense beaucoup à ce qu'il fait. Donc on verra le moment venu.
Roselyne FEBVRE.- Vous avez été ministre des Affaires européennes. Une dernière question sur l'épisode des Roms qui avait hérissé Bruxelles. On a appris mardi que la procédure d'infraction contre la France était abandonnée. Beaucoup de bruit pour rien ?
Pierre MOSCOVICI.- Non, je ne crois pas. Ce qui se passe surtout, c'est que la France a donné des explications. Il y avait deux sujets. Il y avait l'infraction au sujet de la circulaire du 5 août. Cette circulaire a été abandonnée. C'était une circulaire Hortefeux. Vous observerez que le directeur de cabinet est toujours à son bureau place Beauvau, ce qui prouve que c'est bien le ministre qui était en cause dans cette affaire-là. Et puis il y a aussi la nécessité de rectifier ou de transposer dans notre droit tout le droit qui concerne l'expulsion des immigrés européens. Il y a donc besoin d'une adaptation législative et ça, la France le fera. Si elle ne le fait pas, elle sera condamnée.
Roselyne FEBVRE.- Merci beaucoup, Pierre Moscovici, de vous être exprimé devant les caméras de France 24. On se retrouve très vite. Tout de suite les infos.


























Commentaires (2)
vidéo de casseurs de manifestations :
- Où est passé mon vote Mr. le président ?
http://www.dailymotion.com/video/xfc6l7_des-grenades-sur-la-foule_news
Pierre Moscovici
Un trés bon présidentiable,si Sarko se trouve en face de lui en 2012 il sera laminé. De toute façon j'ai la conviction profonde que le capital sympathie de NS a fondue comme neige au soleil, plus persone ne le suit a part quelque UMP qui devrait s'inquêter de leur avenir en 2012!!
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