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"Aucun gouvernement français ne pourrait concevoir un tel plan d’austérité"

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 08/12/2010

Le ministre britannique des Finances, George Osborne, a dévoilé mercredi un vaste plan de rigueur sans déclencher de grandes protestations dans le pays. L’économiste Catherine Mathieu y voit le retour d’une politique économique "à la Thatcher".

Catherine Mathieu est économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et spécialiste du Royaume-Uni.

France 24 : Le plan de rigueur de George Osborne est présenté comme un programme d’austérité record. Est-ce vraiment le cas ? Quelles en sont les principales mesures ?

Catherine Mathieu : C’est en effet un plan d’austérité sans précédent. Il prévoit de passer d’un déficit public de 10% à 1% en 2015, soit 9 points en cinq ans, du jamais vu. Mais tout le monde se focalise sur les coupes budgétaires, alors que pour la plupart, elles n’interviendront pas avant 2013. Dans l’immédiat, ce plan prévoit surtout une hausse des prélèvements à travers une forte augmentation de la TVA, qui va réduire le pouvoir d’achat des ménages. Les vrais conservateurs sont de retour et on retrouve avec eux une politique économique à la Thatcher.
Le gouvernement devrait attendre que la croissance reparte avant de réduire aussi fortement les dépenses : donner la priorité aux restrictions budgétaires est risqué pour la croissance. Dans ses prévisions, le gouvernement table sur une croissance à 2,7 %, soit son niveau d’avant la crise, je ne vois pas comment ils vont y arriver avec de telles coupes.

France 24 : À l’heure où la France gronde contre le projet de réforme des retraites, comment expliquer que les Britanniques aient accueilli presque sans broncher une telle cure d’austérité ?

Catherine Mathieu : Aucun gouvernement français ne pourrait concevoir un tel plan d’austérité. Même notre gouvernement actuel, qui est de droite, défend à sa manière le système social à la française. Au Royaume-Uni, la coalition qui vient de s’installer au pouvoir a fait campagne sur la réduction des déficits et une majorité de Britanniques est convaincue qu’il s’agit d’une priorité pour le pays, ils s’y sont résignés. De plus, ils n’ont pas le même modèle de société que les Français. Leur système de retraite est par exemple bien moins généreux qu’en France. Ils ne sont pas aussi attachés au principe de l’État providence. Cependant, ce plan est si drastique que moi-même cela m’étonne qu’ils ne réagissent pas davantage. Cela prouve bien que le pays a connu un véritable effondrement du poids des syndicats dans l’économie depuis les années Thatcher.

France 24 : Une mobilisation "à la française" est donc impensable au Royaume-Uni ?

Catherine Mathieu : Le gouvernement a été habile dans sa manière de présenter son programme comme juste et "progressiste". Il a surtout insisté sur le fait que les allocations familiales des plus riches seront supprimées et que les dépenses de santé, qui sont sacrées pour les Britanniques, resteraient intactes. Et puis les coupes budgétaires qui pourraient susciter le plus de réactions n’interviendront qu’en 2013. Elles sont insensibles ou presque aujourd’hui pour les Britanniques. Il n’est pas irréaliste de penser qu’un vent de protestation se lève au moment de leur mise en œuvre.

Première publication : 21/10/2010

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