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Bien partis pour l'emporter, les républicains traversent pourtant une crise d’identité

Texte par Jon FROSCH

Dernière modification : 22/10/2010

Les élections de mi-mandat du 2 novembre devraient être largement favorables aux républicains. Mais le parti est tiraillé entre les conservateurs traditionnels et l’émergence du courant radical des "Tea Party".

Les derniers sondages vont tous dans le même sens, les républicains devraient emporter suffisamment de sièges au Sénat et à la Chambre des représentants pour considérablement compliquer la tâche de Barack Obama. Comme Sarah Palin l’a récemment déclaré lors d’un rassemblement en Californie, "bientôt, nous allons tous danser !".

Mais même s’ils triomphent aux prochaines élections, rien n’indique qu’une victoire leur permette d’envisager de remporter la présidentielle de 2012. Les républicains ont en effet un défi de taille, rassembler les différentes factions qui composent désormais le parti.

L’influence grandissante du Tea Party

Les républicains “traditionnels” n’ont pas tous vu d’un bon œil l’émergence du Tea Party. Si des figures importantes de la droite américaine, comme l’animateur de télévision Glenn Beck, estiment que ce nouveau mouvement a conféré une énergie nouvelle au Grand Old Party (surnom du parti républicain), d’autres semblent être plus sceptiques quant aux idées véhiculées par ces ultraconservateurs. Dans un souci de rassemblement, le chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a néanmoins demandé à toutes les tendances de droite de s'unir sous "une grande tente".

Une "tente" qui devra être assez vaste pour accueillir à la fois les modérés qui votent parfois des projets de loi démocrates, à l'instar d'Olympia Snowe du Maine dans le cas du plan de relance et les candidats les plus extrêmes du Tea Parti, comme Sharron Angle, qui a déjà prôné la dissolution du ministère de l’Éducation nationale, et Christine O’Donnell qui fut une militante anti-masturbation dans les années 90.

Face à cette nouvelle vague, certains leaders républicains ont du mal à cacher leur embarras. Karl Rove, l’une des figures les plus importantes du parti, a laissé entendre qu’Angle et O’Donnel étaient des figures trop extrêmes pour être élues, surtout qu’elles se présentent dans des États loin d’être acquis au parti de l’éléphant. D’autres cadres du GOP ont eux exprimé leur malaise après avoir eu vent de meetings du Tea Party aux relents racistes et au cours desquels des militants brandissaient des pancartes comparant Obama à Hitler. Ils redoutent que ce virage à droite ne leur soit préjudiciable lors de la campagne pour la présidentielle de 2012, d’autant que la démographie américaine indique que la population d’origine immigrée ne cesse de grossir.

"La population hispanique augmente et vote majoritairement démocrate, tout comme les jeunes", explique John Fortier, spécialiste de politique américaine au American Enterprise Institute, un think tank conservateur. "Les républicains sont majoritaires chez les personnes de plus de 65 ans, mais quand ces populations vont disparaître, elles seront remplacées par des jeunes à tendance démocrate".

Un mariage de raison

"L’establishment" républicain et le mouvement du Tea Party ont pourtant besoin l’un de l’autre. D’un côté, les républicains veulent surfer sur la vague des Tea Party. Leur figure de proue, Sarah Palin, a ainsi déjà pronostiqué la disparation du parti si celui-ci se détourne de ce nouveau mouvement. De l’autre, le Tea Party a tout à gagner à profiter de l’argent et des stratèges du parti.

De plus, certains candidats du Tea Party ont de bonnes chances d’être élus et vont devoir siéger aux côtés de collègues plus modérés au Congrès. Contraints et forcés, les deux camps s’attellent donc désormais à aplanir leurs différences. Les candidats les plus extrêmes du Tea Party ont ainsi mis en sourdine leurs propositions les plus controversées tandis que certaines figures modérées du parti, comme le respecté sénateur John McCain, ont eux durci leurs positions, notamment sur l’immigration et le réchauffement climatique.

Mais pour John Fortier, la principale différence entre les deux camps ne réside pas dans leurs idées mais plutôt dans  "leurs tactiques et dans leurs styles". Après tout, reconnaît-il, les vieux cadres du parti "sont généralement eux aussi en faveur de la réduction des compétences du gouvernement fédéral au profit des collectivités locales". Selon lui, c’est surtout sur la manière de s’opposer à Obama et aux démocrates qu’ils vont devoir s’entendre. En effet, les anciens "ont tendance à être plus prudents quand il s’agit de s’opposer au président", alors que les membres du Tea Party "veulent une confrontation directe".

S’ils remportent de nouveaux sièges au Congrès, les républicains vont devoir s’unir autour d’une politique commune qui rassemble les différents courants du parti. S’ils n’y parviennent pas, ils risquent de conforter l’image que les démocrates veulent donner d’eux, "un parti du 'non'".

Première publication : 22/10/2010

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