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Asie - pacifique

Évaluer financièrement la nature, le défi du sommet de Nagoya

Vidéo par Virginie HERZ

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 27/10/2010

Les représentants de 193 pays sont réunis à Nagoya, au Japon, pour le sommet sur la biodiversité. Cette conférence vise à préserver l'écosystème et tente d'en chiffrer le coût en cas d'érosion. Les négociations s’annoncent ardues.

Hervé Kempf, journaliste et auteur de "Pour sauvez la nature, sortez du capitalisme", revient sur les enjeux de la conférence.

L'économiste indien Pavan Sukhdev a remis, le 20 octobre, lors du sommet, un rapport soutenu par l’ONU, dans lequel il livre des estimations du coût de la biodiversité. D’où vient l'idée de chiffrer ce que coûte la nature ?

Cette monétarisation est promue, aujourd’hui, parce qu’il y a eu un échec des

Peut-on réellement chiffrer la nature ?

Hervé Kempf : L’idée est d’évaluer financièrement la nature. Sur les marchés, des prix sont fixés sur les biens et les services échangés. Or, on se dit que si la nature continue à être détruite, c’est justement parce qu’elle n’a pas de valeur, du moins marchande. On va donc la monétariser. C'est-à-dire définir le coût de tel ou tel service rendu par la nature. On parle ainsi depuis quelques années de services environnementaux. Par exemple, une forêt qui a peu de valeur sur le marché retient, en réalité, l’eau et a un effet excellent sur tout l’écosystème alentour. On doit donc valoriser le rôle de cette forêt pour maintenir une eau pure, et cela permettra peut-être d’économiser des stations d’épuration de l’eau.

différentes politiques sur la biodiversité. L'existence même de ce sommet de Nagoya, met en lumière l'échec de conférences précédentes comme celle de la Haye, en 2000, qui s’était donnée pour objectif de cesser la destruction de la biodiversité d’ici 2020. On est loin de pouvoir parler de réussite puisque l’érosion de la nature continue.

On constate donc que les politiques utilisées n’étaient pas pertinentes. On souhaite aujourd'hui changer de logique en tentant de faire entrer la nature dans le marché. Le but est d’amener les compagnies à se dire que si détruire cette forêt coûte tant, autant y renoncer.

N'est-ce pas dangereux de donner à la nature une logique économique? Cela risque au contraire d'en justifier la destruction en mettant en place un système de compensation financière?

Le risque, c’est qu'effectivement certains se disent, on va faire une autoroute ou une mine à un endroit, on sait qu’on va détruire la nature, on va donner un prix à cette destruction, et en compensation on va donner cet argent pour restaurer un autre écosystème. L’idée est certes séduisante, mais cela n’empêche pas la destruction d'origine. Ce système de compensation me paraît donc extrêmement dangereux.

On constate, en outre, que le système financier, qui a déjà une influence énorme sur la société et le politique, et qui a causé une grave crise financière mondiale, continue de dicter les règles. Il faut sortir du système financier et considérer que dans certains domaines il ne faut pas définir un prix, mais respecter des lois, des règles et protéger. Il faut changer notre façon de penser.

À titre d'exemple...

Le rapport de l'économiste indien Pavan Sukhdev livre certaines estimations :

- Les récifs coraliens : ils n'occupent que 1,2 % des fonds marins, mais leur disparition coûterait 120 milliards d'euros de perte par an, aux divers acteurs qui bénéficient de ces récifs.

- La forêt de Masoala à Madagascar : sa perte est estimée à 1,5 milliard de dollars pour l’industrie pharmaceutique, 5 milliards pour le tourisme et 4 milliards de dollars pour les ménages.

 

Un second dossier important du sommet est la lutte contre la biopiraterie ? De quoi s’agit-il ?

C’est ce qui se produit quand des compagnies pharmaceutiques vont, discrètement, au Brésil, en Centrafrique ou ailleurs et prennent des échantillons de plantes ou d’animaux, qu’elles ramènent ensuite dans leurs laboratoires en Europe, aux États-Unis ou au Japon. Elles en tirent ensuite des ingrédients chimiques qui leur permettront de fabriquer des nouveaux produits. Or, ces bénéfices effectués grâce à ces produits naturels ne sont pas reversés aux pays d’origine. C’est un débat très ancien qui a été évoqué lors de la Convention sur la biodiversité en 1992 et on en parle encore aujourd’hui à Nagoya. Mais ce qui est surréaliste, c’est que pendant qu’on débat sur les bénéfices à tirer de la nature, elle continue d’être détruite à un rythme hallucinant.

On oublie aussi que la destruction de la biodiversité dans les pays du sud, est aussi due à notre consommation à nous pays du nord. Alors peut-être devrions-nous entrer dans une logique de réduction de notre consommation matérielle.

Les pays peuvent-ils parvenir à un accord dans ces conditions ?

Le fait que chaque pays ait une biodiversité spécifique complique le fait de trouver un accord global. Chaque État va vouloir trouver une solution en fonction de son écosystème... Dans ce contexte, parvenir à un accord général me parait encore plus compliqué que lors du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique. 

 

Première publication : 27/10/2010

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