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FRANCE

La bataille des retraites : Nicolas Sarkozy a-t-il gagné ?

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Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 05/11/2010

La réforme des retraites a été adoptée par le Parlement et la dernière mobilisation a montré des signes d’essoufflement. Le dossier est-il classé ou la mobilisation va-t-elle reprendre ? Éléments de réponse avec Eric Bonnet, directeur d’études à BVA.

Le projet de loi sur la réforme des retraites adopté par le Parlement, moins de manifestants dans les rues , les raffineries qui rouvrent, des mouvements de grève suspendus ces derniers jours... Le mouvement contre la réforme des retraites semble perdre de son intensité. Peut-on alors dire que le gouvernement a gagné la bataille même si les syndicats appellent à une nouvelle journée d'action le samedi 6 novembre ? Analyse d’Eric Bonnet, directeur d’études à l’institut de sondage BVA Opinion.


Le Parlement a adopté la réforme des retraites. On est tenté de croire que Nicolas Sarkozy a gagné la bataille. Est-ce vraiment le cas ?

"Le seul vainqueur est la Sécurité Sociale", selon Nicolas Sarkozy

Le président français a indiqué que "dans cette affaire, il n'y a qu'un seul vainqueur, la Sécurité sociale". Et de poursuivre : "Tous ceux qui partiront à la retraite dans les années qui viennent sauront que le système français de Sécurité sociale, fondée sur la solidarité entre les générations, fonctionne. C'est tout".

"Pour le reste, des inquiétudes, souvent légitimes, ont été exprimées. Je les ai entendues, j'y ai réfléchi et je prendrai le moment venu des initiatives pour y répondre", a-t-il dit. "Mon devoir de chef de l'État est d'entendre ce qui a été dit par les uns et les autres. Il y a beaucoup de leçons à tirer de tout ceci. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Il faut prendre le temps de réfléchir sereinement, calmement, profondément à ce que chacun a voulu exprimer dans le cadre de ses responsabilités et en tirer les conclusions".

Eric Bonnet : C’est encore trop tôt pour le dire. Si la mobilisation reprend et le conflit s’enlise au point que le pays soit bloqué, on peut envisager que Nicolas Sarkozy soit obligé de reculer sur la réforme des retraites. Ce serait terrible politiquement pour lui. Car non seulement, il ne gagnerait pas en popularité à gauche mais il perdrait en plus sa crédibilité à droite. Ce serait la bérézina politique.

Autre possibilité : si la mobilisation perd de son élan, la réforme des retraites passera définitivement. Dans ce cas, l’impact politique pour Nicolas Sarkozy n’est pas forcément positif pour autant. Il faut savoir qu’en 2007, il a été élu en rassemblant l’électorat de droite traditionnelle et celui des catégories populaires qu’il a séduit en leur parlant du pouvoir d’achat. Or, dans la perspective de la prochaine élection de 2012, il va devoir les reconquérir à nouveau. Sauf que s’il peut espérer séduire la droite traditionnelle, il va avoir des difficultés à renouer avec les catégories populaires car la réforme des retraites l’a rendu impopulaire. Pour tenter d’y arriver, le président mise sur des thèmes comme la sécurité, l’immigration et les Roms. Or, ce ne sont clairement pas leurs préoccupations principales. Elles sont nettement plus intéressées par la retraite et l’économie. Certes, d’ici 2012, il a encore du temps pour y parvenir.

Pour l’instant, les syndicats semblent avoir gagné la bataille de l’opinion. Est-ce que cela peut encore changer ?

E. B. : Il est clair que les syndicats donnent l’image d’un front uni. C’est un fait nouveau car lors de la précédente réforme des retraites en 2003, la CFDT avait joué la scission en apportant son soutien au projet de réforme des retraites. En fait, les divisions ne sont pour l'heure pas visibles. Mais elles pourraient le devenir si le conflit venait à se poursuivre.
La question qui se pose concerne en fait la base des différentes centrales, qui pourrait être déçue si le temps sacrifié pour les grèves et les manifestations n’aboutit à aucun résultat.

Qu’en est-il de l’opposition ? Réussit-elle à tirer son épingle du jeu ?

E. B. :
En effet, la hausse de popularité de tous les leaders de gauche, et surtout du Parti socialiste (PS), progresse dans l’opinion. Mais le PS veut encore atteindre trois objectifs. Le premier : cesser d’apparaître divisé. Le but semble être atteint car depuis cet été, l’opinion constate moins d’agressivité et de querelles entre les leaders du parti. Dans un deuxième temps, le PS entend incarner l’opposition. Là aussi, c’est réussi puisque l’année dernière, l’opposition estimait que c’était Olivier Besancenot qui incarnait l’opposition, tandis que cette année, on parle du PS comme la première force d’opposition à Nicolas Sarkozy.

Enfin, le parti a également un objectif de crédibilité. Pour cela, les Français attendent un programme crédible. Concernant les retraites, une immense majorité pense que le PS ne ferait ni mieux, ni moins bien que le gouvernement. Cet objectif n’est pas atteint : la confiance n’est pas totale. Par exemple, les Français ne croient pas à un retour de l’âge légal de la retraite à 60 ans. Le PS en a conscience et y travaille.

Première publication : 29/10/2010

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