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Internet, le nouveau champ de bataille électoral des politiciens brésiliens

Texte par Dépêche

Dernière modification : 29/10/2010

Pour la première fois au Brésil, les principaux candidats à l'élection présidentielle se sont servis d'Internet pour échanger idées... mais aussi rumeurs et coups bas.

AFP - Pour la première fois au Brésil, l'internet s'est révélé un champ de bataille où les partisans des deux candidats à l'élection présidentielle de dimanche se sont affrontés dans une campagne nourrie de coups bas et de rumeurs.

Interrogés par l'AFP au début de la campagne, les responsables des sites web de Dilma Rousseff, la dauphine du président Lula, et du social-démocrate José Serra, estimaient que l'internet constituait un bon outil pour diffuser leurs idées et discuter avec les électeurs.

Le net s'est transformé en champ de bataille d'où ont fusé accusations et insultes que les comités de campagne n'ont pu contrôler.

"Ce ne sont pas des candidats Web 2.0 (capables d'interagir avec les électeurs), mais seulement des web 1.0 qui essayent d'utiliser ces nouvelles techniques", a expliqué à l'AFP Pollyana Ferrari, professeur de journalisme en ligne à l'Université catholique de Sao Paulo.

Les candidats ont dû faire face à des centaines de mails "troll" (créant une polémique) qui ont véhiculé quotidiennement des messages et des vidéos trompeurs.

"Ils n'étaient pas préparés" à gérer ce combat qui a pris une ampleur inattendue dans les médias en ligne, a souligné Ferrari.

"Le Brésilien est passionné par les réseaux sociaux (...) Il aime s'exhiber, parler, montrer ses photos", a précisé la spécialiste.

De fait, 86% des 70 millions d'internautes brésiliens naviguent sur des réseaux comme Orkut, Facebook, Twitter ou participent à des blogs, d'après la dernière étude du consultant Ibope.

Les candidats ont d'abord utilisé les nouveaux médias pour faire un "journal de campagne". Mais, rapidement, "toutes sortes de grossièretés et de polémiques ont gagné le réseau", indique la spécialiste, ajoutant que les réseaux sociaux sont des médias "où on ne peut pas prévoir les sujets qui vont exploser".

Les messages anonymes ont surtout diabolisé Dilma Rousseff pour sa position favorable à la légalisation de l'avortement. Des courriers ont appelé à "brûler une sorcière le 31 octobre", date du second tour qui coïncide avec Halloween, considéré au Brésil comme la fête des sorcières.

La controverse sur l'avortement et le mariage gay est née sur l'internet, avant de se répandre dans les médias traditionnels, puis dans la campagne électorale, coûtant des millions de voix à Dilma Rousseff lors du premier tour.

Pour stopper une hémorragie d'électeurs chrétiens, la candidate du PT est apparue quelques jours plus tard, très pieuse, au sanctuaire d'Aparecida, la sainte patronne du Brésil, près de Sao Paulo.

Sur d'autres messages, elle a été accusée "d'avoir activement participé à un groupe de guérilla qui a assassiné des soldats, commis des attentats à la bombe, volé des banques et pratiqué des enlèvements". Une référence à son passé de lutte contre la dictature militaire dans les années 70.

"Un sujet à partir d'un tweet était repris au journal télévisé de 20h00" et finissait par toucher des millions de personnes qui n'ont pas internet, a expliqué Pollyana Ferrari.

"Quand il n'y a pas d'intervention des responsables de campagne, les rumeurs se propagent très vite, on ne peut pas les contrôler", a-t-elle ajouté.
 

Première publication : 29/10/2010

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