Dernière modification : 10/11/2010 

- Dominique de Villepin - Élection présidentielle - Nicolas Sarkozy - Retraite


Dominique de Villepin, ancien premier ministre français (2nde partie)

Roselyne Febvre reçoit Dominique de Villepin, ancien premier ministre français.

Regardez la première partie de Politique avec Dominique de Villepin.

Lire l'intégralité de l'interview :

Roselyne FEBVRE.- Retour sur le plateau de « Politique » avec notre invité, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et auteur d'un livre « L'esprit de cour, la malédiction française », aux éditions Perrin. On parlait de l'homme providentiel, y en a-t-il un, pour vous, à Matignon, c'est-à-dire une sorte de – pour reprendre l'idée de la tragédie grecque cette fois – de deus ex machina, qui viendrait arranger toutes les affaires de Nicolas Sarkozy avant 2012 ?

Dominique DE VILLEPIN.- Manifestement, Nicolas Sarkozy a fait quelques petits tours en barque ; il a cherché, ausculté, lu et relu les sondages, et il revient à la case départ. C'est dire à quel point il n'a pas dans son entourage l'homme providentiel. Disons quand même, qu'au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une métamorphose de François Fillon. J’ai parlé même d'inversion des rôles, quand François Fillon vante le long terme, quand il définit la nécessité de s'inscrire dans la durée…

Roselyne FEBVRE.- Il a raison ?

Dominique DE VILLEPIN.-…portant  une exigence sociale. Oui, il a raison. Ce qui manque aujourd'hui considérablement au pouvoir, et à Nicolas Sarkozy, c'est de sortir de cette précipitation, de sortir de cette politique anxiogène qui fatigue les Français, pour mener une politique qu'il soit capable d'expliquer, de porter, et qui soit la politique de tous les Français et de l'intérêt général. Nous avons une sorte de président de l'UMP à l'Elysée, qui est le président des quelques uns qui l'ont élu et qui pourront continuer à être son socle de premier tour, un socle qui s'effrite, 25 % des Français. Le Président de la République n'est pas quelqu'un qui doit gouverner pour 25 % des Français

François Fillon rappelle à l'ordre le Président. Il lui rappelle ses devoirs de Président de la République vis-à-vis de la nation, à la fois à l'intérieur mais aussi à l'extérieur. De ce point de vue-là, la souffrance de François Fillon à Matignon aura porté quelques fruits. On peut espérer qu’au sortir de ce remaniement, le rapport de force ne sera plus le même.

Manifestement, et je l'ai souvent dit, l’hyper présidence ne s'accompagne d'une hyper efficacité mais, malheureusement, d'une hyper impuissance, et donc François Fillon, de ce point de vue, a une responsabilité.

Je souhaite qu'il...

Roselyne FEBVRE.- Qu'il reste ?

Dominique DE VILLEPIN.- Ce n'est pas ma responsabilité, mais s'il reste, qu'il puisse contribuer à nous rendre nos institutions, à refaire fonctionner l'exécutif comme il le doit, et qu'il puisse enfin dire à Nicolas Sarkozy ce qu'il ne lui a pas dit tout au long de ces trois années, c’est-à-dire la vérité ; une vérité parfois difficile, une vérité parfois douloureuse pour le chef de l'Etat, mais le chef de l'Eta doit revenir ce que doit être un Président de la République.

Roselyne FEBVRE.- Vous critiquez effectivement le rôle de du Premier ministre sous Nicolas Sarkozy. Franchement, ce couple exécutif dans la 5ème République a été un couple maudit. On a vu les relations Rocard/Mitterrand. Il y a eu des Premiers ministres fusibles, des Premiers ministres boucliers, on l’a vu Juppé, Raffarin, des agneaux sacrificiels avec Edith Cresson. Franchement, le rôle du Premier ministre dans les anciens gouvernements était-il plus enviable ?

Dominique DE VILLEPIN.- Cela n'a jamais été un long fleuve tranquille que la politique. Et vous vous rappelez la relation Pompidou/Jacques Chaban-Delmas ; Michel Rocard/François Mitterrand.

Roselyne FEBVRE.- Ce sont des jalousies.

Dominique DE VILLEPIN.- Ce sont des relations humaines, y compris au sommet de l'Etat. Il n'empêche que le dialogue entre les deux hommes était marqué par une relation entre les deux hommes, si ce n'est d'égalité, en tout cas de responsabilité. Ce qui a fait défaut depuis trois ans, c'est justement un Premier ministre capable de tenir son rang face au Président de la République. Il y a une sorte d'affaissement et d'effacement du Premier ministre. Ce que je souhaite, c'est que le Premier ministre redevienne le premier des ministres, capable de coordonner l'action des ministres qui n'iraient pas rendre compte tous les matins à l'Elysée. Tout simplement parce que le Président de la République ne peut pas gouverner l'Etat seul depuis l'Elysée. Il n'a pas les leviers du pouvoir pour le faire.

Roselyne FEBVRE.- Vous vous souvenez, le point avait titré « Ces zombies de la République » pour parler des ministres. Vous pensez que les ministres sont devenus des zombies avec Nicolas Sarkozy ?

Dominique DE VILLEPIN.- Il suffit de parler avec les anciens ministres de Sarkozy pour mesurer à quel point ils nourrissent de la frustration, de l'amertume, et parfois un sentiment de rancoeur très profond. Ils ont vécu l'humiliation, mais ils ont surtout vécu l'inefficacité d'être ministres sous Sarkozy. Ce n'est pas acceptable. Quand les collaborateurs du chef de l'Etat prennent le pas sur les ministres de la République, nous ne sommes pas dans la 5ème République. Ce qui est paradoxal, on le notait hier en voyant le Président de la République à Colombey, le Président Nicolas Sarkozy allait rendre hommage au fondateur de la 5ème République à un moment où Paris vit au rythme de la 4ème république, c'est-à-dire d’un remaniement fantomatique qui, malheureusement, risque de ne rien changer.

Roselyne FEBVRE.- Vous critiquez Nicolas Sarkozy, mais on se souvient qu’en votre temps, avec l’exemple du CPE, Nicolas Sarkozy vous disait « négociez, négociez » et, vous, vous êtes un peu monté sur le cheval sans l'avoir sellé. Résultat : la loi votée, promulguée, puis retirée. En votre temps, vous n’avez pas toujours non plus...

Dominique DE VILLEPIN.- Ne refaisons pas l'histoire, ou plutôt refaisons-la !  La vérité sur le CPE, c'est vrai, je me suis...

Roselyne FEBVRE.- Planté ?

Dominique DE VILLEPIN.- …trop précipité pour porter une réforme qui était issue de la crise des banlieues et qui, pour moi, était frappée au coin de la nécessité car il y avait une injustice que j'avais vécue dans les quartiers. Plus de 40 % de chômeurs chez les jeunes, et je souhaitais donc leur donner le moyen d'entrer sur le marché de l'emploi.  J'ai été trop vite, j'ai eu tort.

Roselyne FEBVRE.- Vous le reconnaissez en tout cas.

Dominique DE VILLEPIN.- Mais enfin, rappelons que le Nicolas Sarkozy de l’époque, en même temps qu'il souhaitait l'abandon de ce texte, après m'avoir félicité parce qu'il considérait que c'était une idée courageuse et nécessaire, n'a pas hésité à organiser le guet-apens où une partie de la majorité, au bout du compte, a permis l'échec de ce projet.

Roselyne FEBVRE.- Guet-apens !

Regrettez vous de l'avoir, et après on passera à l'international, de l'avoir fait revenir dans le jeu politique ?

Dominique DE VILLEPIN.- Je l'ai fait revenir trois fois dans le jeu. Je l’ai fait revenir en 1997, à un moment où il était condamné par la majorité. En 2001, quand il est devenu ministre de l'Intérieur, et en 2005 dans mon Gouvernement. Je crois que l'on ne doit jamais regretter de solliciter un talent et une énergie.

Ce que je regrette, c'est que ce talent et cette énergie aient été très largement gaspillés et détournés de l'ambition légitime à laquelle pouvait prétendre Nicolas Sarkozy, le service de la France.

Il y a une perte sur l'intérêt général, une perte sur ce qui pour moi constitue l'essentiel : le service de la France.

Roselyne FEBVRE.- On va parler de l'étranger avec Barak Obama qui a raté la marche des « mid-term » mais comme beaucoup de présidents américains à mi-mandat. Il avait suscité beaucoup d'attente. Les Américains disent « over expectation », des attentes excessives.

Nicolas Sarkozy a aussi raté ses mid-term avec les régionales mais lui a gardé sa majorité. Il

est frappant de voir que tous les deux ont mené une politique totalement différente, c'est-à-dire que l’on a reproché à Obama d'être trop social et à Nicolas Sarkozy d'être trop injuste. Résultat : ils se sont « plantés » tous les deux. Qu'est-ce que cela veut dire ? que l'action politique n'a aucune incidence sur l'économie, la conjoncture ?

Dominique DE VILLEPIN.- La première chose, cela veut dire que c'est difficile. On est dans un contexte économique, financier, international, extrêmement difficile, et les contraintes sont nombreuses. Il y a de très fortes attentes dans l'opinion, chez le peuple américain, chez le peuple français, qui sont parfois des attentes difficiles à mettre rapidement en œuvre rapidement. L'action politique demande du temps. Il y a une vertu dans le système américain que nous voyons à l’occasion de ces mid-term : ils sont capables d'un second souffle. La première chose que fait Barak Obama, c’est de faire amende honorable, de constater qu’il a effectivement échoué dans le message qu'il voulait adresser aux Américains. Il veut en tirer les leçons et il tend la main aux Républicains. Nous ne sommes pas du tout dans cet exercice. En effet, quand on écoute Nicolas Sarkozy, il n'y a pas eu d'erreurs, « tout va bien Madame la marquise » et continuons comme en 14. Il me semble que nous sommes là dans deux  stratégies différentes, deux personnalités différentes, deux façon d'exercer le pouvoir différentes.

Je regrette, pour ma part, que le souffle démocratique ne soit pas suffisamment puissant dans notre pays pour que l'on puisse trouver le rythme indispensable dans une vie politique. Au bout de deux ans, les Etats-Unis vont écrire une nouvelle page. Le président américain va devoir négocier avec la majorité républicaine à la Chambre des représentants. Il a gardé une situation plus favorable au Sénat, alors que Nicolas Sarkozy va continuer à faire ce qu'il a fait, c'est-à-dire la sourde oreille.

Roselyne FEBVRE.- La Chine : beaucoup ont reproché à Nicolas Sarkozy de faire des courbettes au président chinois à Nice et à Paris. Cependant, il y a la « real politique », faire des affaires, signer des contrats, et mettre en veilleuse les droits de l'homme alors que Nicolas Sarkozy avait mis cela au fronton de sa diplomatie, on s'en souvient.

Que fallait-il faire ? C’est compliqué.

Dominique DE VILLEPIN.- La diplomatie est compliquée, vous avez raison mais il y a des règles. Signer des contrat, c'est bien, et Nicolas Sarkozy a raison de défendre les intérêts de la France en signant des contrats. On a signé à peu près une quinzaine de milliards de contrats. Une diplomatie, une politique vis-à-vis d’un grand pays comme la Chine doit s'inscrire dans une vision, une stratégie.

On ne peut pas, au même moment où on signe des contrats, 15 milliards, ne pas constater que le déficit commercial de la France est de 22 milliards avec la Chine, chaque année. Ce déficit commercial s'amplifie. Il a été multiplié par quatre en 9 ans.

A partir de là, je constate que notre relation avec la Chine n'est pas une relation d'égalité. Nos industriels, nos investisseurs, quand ils vont en Chine sont limités par toutes sortes de clauses juridiques.

Roselyne FEBVRE.- On ne peut pas avoir...

Dominique DE VILLEPIN.- Nous pouvons éviter et nous devons éviter le marché de dupes. Quel est ce marché de dupes ? Aujourd'hui, nous vendons encore à la Chine quelques produits de grande qualité, de haute technologie et de luxe.

Mais demain ? Dès lors que nous transférons nos hautes technologies aux Chinois, demain, les Chinois nous vendront les produits que nous leur vendons aujourd'hui sous label chinois. Si nous ne préparons l'avenir, si nous ne sommes pas capables d'avoir une discussion très franche avec les Chinois, et il faut le faire en concertation avec les autres pays européens, avec les Etats-Unis, pour veiller à ce qu'une règle du jeu soit respectée et qu’au bout du compte, la France ne se retrouve pas ayant perdu ses emplois, la Chine étant devenu l'atelier du monde, mais ayant perdu aussi son savoir-faire et ses technologies parce que nous les aurons transférées. Nous roulerons alors avec des TG chinois, des avions chinois, des voitures chinoises car nous n'aurons pas été prévoyants. Attention de ne pas tomber dans ce marché de dupes et ne pas brader l'avenir de la France.

Roselyne FEBVRE.- Ce doit être une décision européenne.

Dominique DE VILLEPIN.- Je crains que les réjouissances d'aujourd'hui, françaises, ne soient pas finalement au bout du compte une profonde illusion.

Roselyne FEBVRE.- Comment doit se positionner l'Europe face aux Chinois ? Cela doit être une décision de l'Europe ?

Dominique DE VILLEPIN.- D'abord, travaillons, parlons-en. Où est la négocions entre Européens, où est le dialogue entre Européens sur ce sujet ?

Qu'est-ce que je vois sur la politique européenne de la France depuis quelques années ?

Un alignement sur l'Allemagne qui, effectivement, domine aujourd'hui la scène européenne et qui n'a pas à défendre d'autres intérêts que ses intérêts économiques et qui d'ailleurs n'a pas d'ambition politique de peser sur le monde ou sur l'Europe.

Dans cette situation, nous voyons nos intérêts diverger avec les Allemands. Or nous savons que sans le moteur franco-allemand, il n'y a pas d'union européenne forte, il n’y a pas d'Europe puissance.

Que voyons-nous avec le Royaume-Uni ? Une France qui s'aligne sur un certain nombre de

Demandes de coopération militaire avec le Royaume-Uni. Très bien, mais cela s'inscrit-il dans une vision de l’Europe ? Cela fait-il avancer la défense européenne que nous appelons de nos vœux ? Non, à l’évidence.

Roselyne FEBVRE.- C’était aussi un marché de dupes que d'entrer dans le commandement intégré de l'OTAN pour faire avancer la défense européenne ?

Dominique DE VILLEPIN.- Avez-vous davantage entendu aujourd'hui la voie de la France en Afghanistan ? Quelle est la stratégie de la France en Afghanistan ? C'est la stratégie de l'OTAN. Quelle est la plus-value ? Quelles sont les initiatives que nous prenons, alors que nous savons pertinemment que la stratégie du « tout militaire » ne peut pas donner de résultats ? Où sont les propositions de la France pour appeler à la responsabilité l'ensemble des pays voisins ? Je pense à un pays comme l'Iran, à un pays comme la Chine, comme l’Inde, comme le Pakistan. Où est au notre diplomatie dans sa capacité à rapprocher les points de vue ?

Traditionnellement, l'Europe est marquée par deux positions diplomatiques extrêmes : le Royaume-Uni dans sa proximité avec les Etats-Unis, meilleur élève de la classe atlantique, et puis la France qui est le pays qui tend la main au reste du monde, qui recherche des solutions aux crises, qui parle avec tous les états, y compris les plus radicaux.

Aujourd'hui, la France est dans la surenchère vis-à-vis de pays comme les Etats-Unis, c'est-à-dire qu'elle n'est pas à sa place, pas dans son rôle de médiateur. Elle n'est pas dans son rôle de trait d'union, elle est plus à droite que ne l’est encore la politique américaine sur le Proche-Orient, sur l'Iran.

Notre pays a perdu sa spécificité. Quand la France n'est pas là pour jouer son rôle sur la scène mondiale, personne d'autre ne le joue. Le résultat, c'est une scène mondiale dangereuse, une scène mondiale où on ne recherche plus de solution aux crises. Regardez la situation du Proche-Orient, de l’Irak, de l’Afghanistan, regardez l’Afrique.

Roselyne FEBVRE.- La France n'a jamais réellement pesé dans ces gros dossiers ?

Dominique DE VILLEPIN.- Bien sûr que si. La France a été capable d'apporter son regard, son exigence. Elle était entendue et attendue par l'ensemble de ces états.

Regardez comment la Chine, aujourd'hui, pas à pas, méthodiquement fait avancer ses pions en Afrique.

Regardez comment nous campons dans une vieille France/Afrique. Nous sommes incapables de penser ce continent de demain. L'arrivée des nouvelles générations, la richesse économique de ce continent, les deux milliard d'hommes que comportera l'Afrique en 2050. Nous n'avons pas de vision ni de la France pour les Français, ni de la France dans le monde. C'est une politique au coup par coup, une politique sans ambition stratégique.

Malheureusement, je crains que le G 20 ne vienne conforter cet aveuglement français.

Roselyne FEBVRE.- Justement, Nicolas Sarkozy a pour ambition de vouloir réformer le système monétaire. Il a plutôt fait un deal avec les Chinois par rapport à la monnaie. Que peut-elle faire avec sa monnaie ? Que peut-il se passer au G 20 ?

Dominique DE VILLEPIN.- Je vous le demande Roselyne Febvre. Je crois que Nicolas Sarkozy va devoir se creuser un peu la cervelle au cours des prochaines semaines. Quel constat peut-on faire ?

A l’évidence, la Chine a intérêt aujourd'hui à critiquer la politique monétaire américaine et à bien marquer son indépendance. Elle continue à faire ce qu'elle a toujours fait, c’est-à-dire avoir un yuan relativement bas pour défendre ses exportations.

Que font les Américains ?

Le patron de la Réserve fédérale américaine vient de décider un plan de relance de 600 milliards de dollars, ce que l'on appelle « l'assouplissement quantitatif », le « QE2 », ceci pour maintenir un dollar bas et permettre à l'économie américaine de mieux se défendre, de faire en sorte d'éviter la déflation et de développer la croissance.

Dans ce contexte, la réforme du système monétaire est une bonne intention mais on voit mal, quels que soient les résultats du déjeuner aujourd'hui du Président de la République avec Jean-Claude Trichet, se dessiner la capacité de ces états à prendre en compte des intérêts totalement contradictoires.

Je pense la même chose sur le marché des matières premières et sur la gouvernance mondiale. Nous aurons des promesses, des bonnes paroles. Il fallait, disait Nicolas Sarkozy, réformer le capitalisme mondial, moraliser le capitalisme.

Rien n'a changé. Les intérêts sur la scène mondiale sont différents, et la seule réalité qui compte, et la France est en train de passer à côté, et le monde a basculé. Les pays émergents sont aujourd'hui dominants, plus de 50 % de la richesse mondiale est dans la main des pays émergeants. La moitié de la croissance mondiale est le fait de la Chine et la France continue à ne pas regarder ce nouveau monde, à ne pas saisir les opportunités.

Roselyne FEBVRE.- L'argent est au sud, et les pauvres vont venir du nord.

Dominique DE VILLEPIN.- On continue à mettre en oeuvre la vieille politique des grands contrats. On se réjouit et on sable le champagne une ou deux fois l’an, mais l'économie française n'avance pas pour autant.

Roselyne FEBVRE.- C'est fini, mais je me souviens que, quand vous étiez à Matignon, vous critiquiez les « déclinologues », mais vous en êtes un aujourd'hui.

Dominique DE VILLEPIN.- Pas du tout. Je suis très loin du déclin.

Roselyne FEBVRE.- Vous regrettez ce déclin de la France ?

Dominique DE VILLEPIN.- Derrière l'analyse politique qui est la mienne, il y a bien une ambition : remettre la France à l'endroit, retrouver un état fort, retrouver une capacité d'indépendance sur la scène internationale. La vraie réponse à l'esprit de cour, c'est l'esprit d'indépendance. Cet esprit d'indépendance est aujourd'hui mis à mal. On le voit avec tous les perroquets qui entourent le pouvoir. On le voit avec cette incapacité à nommer. Dire la réalité, c’est déjà le premier pas vers le succès.

Roselyne FEBVRE.- Merci Dominique de Villepin.

Dominique DE VILLEPIN.- Merci à vous.  

Roselyne FEBVRE.- Je remets votre livre à l'endroit : « De l'esprit de cour, une malédiction Française », aux éditions Perrin.

Merci.

 

 


Commentaires (5)

De villepin

je pense que la France a besoin de Cet Homme dans l'etat actuel des choses.votre vision de la france socialement et économiquement,de la france en europe, de la position de la France pour le proche orient,de la france envers la chine, et de la France vis-à-vis des pays de tiers monde me conviennet en vue de la place historique de la france et de ce que la france incarne sur le plan international.en tout cas si De villepinse présente je voterai pour lui et pour son programme sans réflichir.

Vendu

Ces règlements de compte ne sont pas dignes d'un homme politique.

Les copains d'abord

Selon Platon, « Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer ». J'aimerais être optimiste pour Dominique de Villepin mais j'imagine bien le président Sarkozy lui répondre en fredonnant un petit air de Brassens...

« Non, ce n'était pas le radeau
De la Méduse, ce bateau

Et s'app'lait les Copains d'abord
Les Copains d'abord »

Si M. de Villepin a gardé le pied marin après avoir connu une telle avarie médiatique, c'est qu'il cherche à incarner le rôle de procureur du Sarkozisme lors du débat présidentielles ; certainement le costume qui lui sied le mieux en mémoire de son discours de l'ONU. Croire qu'il serait apte, à l'occasion du remaniement ministériel à venir, à rassembler et réarmer un équipage en vue des présidentielles, excusez-moi d'en douter M. le Premier Ministre.

Vincent
Toulouse-France

Encouragements

Après, Anne Sinclair & DSK, Audrey Pulvar & Arnaud de Montebourg, Christine Okrent & Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg & Jean-Louis Bordeloo, etc .... Je me suis laissé dire, Roselyne, que vous étiez en couple avec Brice Pierrafeux. Ceci me surprend beaucoup de votre part car je vous apprécie énormément et que vous au moins, avez de l'humour !! Ne vous découragez pas Roselyne !!!...Tenez bon car les présidentielles se rapprochent et par dessus tout j'adore vous voir faire du petit bois de ces femmes et hommes politiques!!

Superbe entretien!

Tant par la franchise des propos que par la qualité des 2 interlocuteurs qui ne font pas dans la mise en scène journalistique et qui enrichissent vraiment le débat politique dans une période d'incertitude on en redemande !!!

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