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Asie - pacifique

Soulagée par la libération de Suu Kyi, la communauté internationale reste vigilante

©

Vidéo par Carlotta RANIERI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 13/11/2010

Les associations de défense des droits de l'Homme et la communauté internationale ont exprimé leur soulagement après la libération d'Aung San Suu Kyi. Mais beaucoup réclament l'élargissement aux autres prisonniers politiques birmans.

AFP - La libération de l'opposante Aung San Suu Kyi, qui a passé 15 des 21 dernières années privées de liberté, a soulagé la communauté internationale, qui espère que ce n'est qu'un premier pas vers un changement en Birmanie et la libération des autres détenus politiques.

Des défenseurs des droits de l'Homme ont vu dans cette libération un stratagème de la junte militaire pour atténuer la pression internationale.

Prix Nobel de la paix 1991 et symbole de la lutte pour la démocratie en Birmanie, Aung San Suu Kyi n'avait plus circulé librement depuis mai 2003.

Sa libération est "certes la bienvenue mais ne fait que marquer la fin d'une condamnation injuste", "prononcée illégalement", et "ne représente en aucun cas une concession de la part des autorités", a observé à Londres l'organisation des droits de l'Homme, Amnesty International.

Pour Elaine Pearson, responsable à Bangkok de l'association Human Rights Watch (HRW), "sa libération est un stratagème profondément cynique du gouvernement militaire pour détourner l'attention de la communauté internationale des élections illégitimes" que la junte militaire, au pouvoir depuis un demi-siècle en Birmanie, a organisé dimanche dernier. Les militaires revendiquent 80% des sièges avant même les résultats officiels.

"Je suis très, très soulagé", a réagi le secrétaire général de l'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean), le Thaïlandais Surin Pitsuswan, depuis Yokohama au Japon où il participait au forum économique Asie-Pacifique (Apec).

"J'espère que cela va contribuer à la réconciliation nationale en Birmanie", a-t-il ajouté, espérant que "d'autres prisonniers politiques bénéficieront également de ce geste".

L'Asean inclut plusieurs pays voisins de la Birmanie et est régie par le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de ses membres, mais le dossier birman embarrasse régulièrement ses membres les plus démocratiques.

Egalement à Yokohama, le président américain Barack Obama, prix Nobel de la paix 2009, s'est félicité d'une libération "longtemps espérée" et a rendu hommage au "combat courageux" d'Aung San Suu Kyi.

"Elle est mon héroïne et une source d'inspiration pour tous ceux qui oeuvrent en faveur des progrès des droits de l'homme en Birmanie et partout dans le monde", a-t-il dit dans une déclaration transmise par la Maison Blanche.

"Il est temps pour le régime birman de relâcher tous les détenus politiques, pas un seul. Les Etats-Unis espèrent voir un jour tous les Birmans libérés de la peur et la persécution", selon M. Obama.

Pour les Philippines, il reste à savoir si les généraux birmans "prendront plus de mesures substantielles en direction de la démocratisation". De même le Japon s'est félicité d'un "pas en avant" mais a espéré "d'autres mesures positives".



Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi appelé la junte à "consolider le geste d'aujourd'hui en libérant tous les autres prisonniers politiques".

Selon la Grande-Bretagne, l'ancienne puissance coloniale en Birmanie (1855-1948) et pays d'accueil des deux enfants de l'opposante, 2.100 autres prisonniers politiques sont détenus dans les geôles birmanes.

La libération d'Aung San Suu Kyi "aurait dû être faite depuis longtemps", a réagi le Premier ministre britannique David Cameron.

Si plusieurs capitales ont surtout insisté sur le caractère exemplaire d'Aung San Suu Kyi, la plupart, de Varsovie à Prague, ont aussi appelé aussi la libération des autres prisonniers.

Pour Berlin, "son pacifisme et son intrangiseance ont fait d'elle un modèle".

La France a mis en garde les autorités birmanes contre "toute entrave à la liberté de mouvement et d'expression" d'Aung San Suu Kyi, à l'instar de la Commission européenne qui a jugé "crucial" qu'elle ait une totale liberté et "puisse participer pleinement au processus politique de son pays".

L'Italie a relevé que l'opposante avait été maintenue enfermée pendant toute la campagne pour les élections, les premières en Birmanie depuis 1990. Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), avaient alors largement remporté la victoire. L'opposante est aujourd'hui politiquement affaiblie par la défection de certains cadres de son parti.

La Chine, l'un des plus proches alliés de la junte dirigeant la Birmanie, n'a pas immédiatement réagi, mais l'agence officielle Xinhua a annoncé la libération en qualifiant Aung San Suu Kyi "d'importante figure politique".

Pékin, qui siège au Conseil de sécurité de l'ONU et qui a emprisonné le dissident Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010, protège la Birmanie de possibles sanctions de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme.

Première publication : 13/11/2010

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