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Asie - pacifique

Libre, Aung San Suu Kyi reprend son combat pour la démocratie

Vidéo par Achren VERDIAN , Antoine MARIOTTI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 14/11/2010

Au lendemain de sa libération, Aung San Suu Kyi s'est rendue au siège de son parti, où elle a prononcé son premier discours depuis plus de sept ans. La dissidente birmane a affirmé vouloir "travailler avec toutes les forces démocratiques".

REUTERS - Aung San Suu Kyi a lancé dimanche un appel à la liberté d'expression en Birmanie et exhorté ses partisans à défendre leurs droits et ne pas perdre courage, dans son premier grand discours public après sept années d'assignation à résidence.
 
L'opposante s'est également déclarée prête à dialoguer avec les pays occidentaux pour une levée des sanctions qui frappent le pays dirigé depuis 48 ans par les militaires, si tel est le "souhait véritable" du peuple birman.
 
"La démocratie, c'est quand le peuple surveille le gouvernement. J'accepterai que le peuple me surveille", a déclaré l'opposante devant le siège de son parti, la Ligue
nationale pour la démocratie (LND), face à une foule de plusieurs milliers de personnes.
 
La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 a passé quinze des 21 dernières années assignée à résidence ou en prison. Sa dernière période de réclusion dans son domicile de Rangoun s'est achevée samedi.
 
"Il faut vous battre pour ce qui est juste", a lancé la charismatique opposante dans un discours vibrant, montrant qu'elle n'a rien perdu de son pouvoir d'électriser les foules.
 
"Si nous voulons obtenir ce que nous voulons, nous devons le faire de la bonne façon", a-t-elle poursuivi sous les applaudissements, ajoutant: "La liberté d'expression est le
fondement de la liberté démocratique."
 
Aung San Suu Kyi, qui a 65 ans, a dit avoir été bien traitée pendant ses sept années d'assignation à résidence. "Je ne nourris pas d'hostilité à l'égard de ceux qui m'ont maintenue en résidence surveillée (...). Les responsables de la sécurité
m'ont bien traitée. Je veux leur demander de bien traiter le peuple aussi."



"Elle appartient à toute la nation"
 
L'opposante a passé la nuit à débattre de l'avenir de la LND, dissoute par les autorités. Tout comme son discours, cette réunion avec les autres dirigeants de sa formation était une première en sept ans.
 
Selon Ohn Kyaing, un haut responsable du parti, la junte n'a fixé aucune condition à sa libération, qui s'est matérialisée samedi lorsque la police s'est retirée des abords de sa maison de Rangoun, sur les rives du lac Inya.
 
Une semaine après les premières élections législatives dans le pays depuis vingt ans, les généraux au pouvoir depuis 1962 tentent peut-être ainsi de chercher une légitimité
internationale en libérant la fille du héros de l'indépendance de l'ancienne colonie britannique.
 
La presse officielle rapporte que l'opposante a été graciée en raison de sa bonne conduite et que le chef de la police, Khin Yi, lui a assuré que le gouvernement était "prêt à lui fournir tout ce dont elle a besoin".
 
Il est probable que Suu Kyi s'emploiera à rebâtir sa Ligue nationale pour la démocratie, qu'elle avait conduite à une victoire aux législatives de 1990, annulées par la junte.
 
La LND a été dissoute par les militaires en septembre pour ne pas s'être enregistrée en vue des législatives du 7 novembre. Elle est désormais considérée comme une "association illégale".
 
D'autres mouvements pro-démocratiques espèrent voir la prix Nobel de la paix assumer un rôle plus large. "Nous la considérons comme un dirigeant national. Elle n'appartient pas à un groupe ou à un parti particuliers. Elle appartient à la nation tout entière", a dit Khin Maung Swe, chef de file de Force démocratique nationale, un parti créé par des transfuges de la LND qui ne voulaient pas d'un boycott des urnes. "Nous sommes impatients d'entendre sa voix", a-t-il ajouté.
 
Dans son discours, Aung San Suu Kyi a souhaité travailler "main dans la main avec les autres forces démocratiques".
 
"Tout commence par le dialogue"
 

Les dirigeants du monde entier ont applaudi à sa libération tout en exigeant de la junte birmane qu'elle relâche d'autres détenus politiques, qui seraient environ 2.100 dans le pays.
 
La libération d'Aung San Suu Kyi pourrait constituer de la part de la junte un premier pas pour obtenir une révision des sanctions occidentales qui frappent ce régime considéré par les organisations de défense des droits de l'homme comme l'un des plus corrompus et répressifs au monde.
 
Elle pourrait aussi détourner l'attention de l'Europe, les Etats-Unis ou le Japon des dernières élections, qualifiées de "simulacre" par la communauté internationale et remportées par l'USDP, un parti créé de toutes pièces par les militaires.
 
"Il existe des domaines où elle peut jouer un rôle considérable si on lui en donne la possibilité, et l'Occident tentera de se servir d'elle dans ce but", estime Derek Tonkin, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Thaïlande et spécialiste reconnu de la Birmanie.
 
"Le moment est venu où la Birmanie a besoin d'aide", a lancé Aung San Suu Kyi dimanche. "Les pays occidentaux, les pays orientaux, le monde entier (...), tout commence par le dialogue."
 
 

 

Première publication : 14/11/2010

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