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"Près de 20 % de nos soldats souffrent de troubles psychologiques"
À la tête de la cellule psychologique de l'armée de terre, le lieutenant Marchand tente de prévenir les souffrances psychiques des militaires français. La confrontation quotidienne à la violence et à la mort peut provoquer des blessures invisibles.
Le lieutenant-colonel Marchand a été six fois en Afghanistan au cours des dernières années. Responsable de la cellule d'intervention et de soutien psychologique de l'armée de terre (Cispat), il est sur le point de repartir pour Chypre, où il va accueillir les hommes du 126e régiment d'infanterie qui reviennent d'Afghanistan. Depuis juin, tous les soldats français engagés dans ce pays y font un passage obligé de trois jours, avant de rentrer chez eux.
Ces dernières années, Américains et Britanniques ont publié des chiffres inquiétants sur les troubles psychiques de leurs soldats. Selon les statistiques militaires américaines, environ 20 % des soldats déployés en Irak souffrent du "syndrome de stress post-traumatique", or 50 % d'entre eux ne vont pas consulter. Un rapport, publié fin juillet, indique également que le taux de suicide au sein de l'armée américaine est désormais légèrement supérieur au taux de suicide civil aux États-Unis, pour la première fois depuis la guerre du Vietnam. Entre le 1er octobre 2008 et le 30 septembre 2009, 160 soldats américains en activité se sont donnés la mort.
Qu'en est-il en France ? Comment se portent les militaires français, et notamment les quelque 3 850 soldats engagés en Afghanistan ? Depuis la fin des années 1990, et notamment à la suite de la guerre en ex-Yougoslavie et de la multiplication des opérations extérieures, la "Grande Muette" se réforme, mettant en place un dispositif de prévention des troubles psychologiques. François-Xavier Marchand fait le point sur les améliorations et les lacunes de la prise en charge au sein de l'armée de terre.
France24.com : Quel est le quotidien des militaires français en Afghanistan ?
Colonel Marchand : Ce sont des missions de six mois extrêmement denses, précédées d'un an de préparation. L'environnement est rude, ils sont dans des zones montagneuses où il fait très chaud ou très froid. En plus, c'est une guerre menée par une guérilla : où est l'ennemi, qui est l'ennemi ? On veut aider les Afghans, mais veulent-ils qu'on les aide ? Il me semble que c'est la guerre la plus compliquée que l'on puisse faire. Il y a un grand décalage entre la façon dont l'on parle de ce conflit ici et la réalité sur le terrain, ce qui rend la tâche encore plus difficile pour les soldats.
France24.com : De quels maux peuvent souffrir ces militaires ?
Colonel Marchand : Il faut distinguer la souffrance du quotidien de la blessure psychique qui, elle, est invisible. C'est comme une balle perdue, c'est aussi injuste. On ne peut pas se préparer à la confrontation à la mort. Bien sûr, il s'agit de leur métier, mais les soldats restent des êtres humains. Parfois, ils traversent les missions et ne développent aucun trouble, parfois ils développent une blessure après, quand ils sont revenus dans le civil...
On ne concevrait pas qu'une blessure physique ne soit pas soignée. Et on sait que plus vite on est soigné, mieux on s'en sort. Pour les blessures psychiques, c'est la même chose. Il faut faire en sorte que dans notre système où les gens ne parlent pas, ils puissent franchir le pas et aller se faire soigner. Sinon, on se retrouve dans des situations dramatiques : la semaine dernière, dans un hôpital militaire en France, j'ai rencontré un vieux monsieur qui venait consulter pour la première fois, sur des troubles liés à son engagement pendant la guerre d'Algérie. Il n'en avait jamais parlé auparavant !
France24.com : Concrètement, comment se manifestent ces blessures ?
Colonel Marchand : En règle générale, elles se manifestent trois à six mois après le retour, mais parfois aussi après de longues années... Ce sont des cauchemars, un repli sur soi, l'impression de toujours être sur le terrain, une hyper vigilance... Un jour, par exemple, j'étais à Chypre, avec un sous-officier : des feux d'artifices ont éclaté, il a fait un bond et s'est mis en boule sous une table. Ce peut être aussi des violences, qui commencent souvent par des agressions conjugales, de la dépression, des addictions massives, l'acoolisme... Ces comportements peuvent conduire à la désocialisation, et dans le pire des cas au suicide.
France24.com : Pourquoi, contrairement aux États-Unis ou à la Grande-Bretagne, n'y a-t-il pas de statistiques officielles en France ?
Colonel Marchand : Je ne sais pas et je trouve ça dommage. Selon moi, la proportion de militaires français qui souffrent de problèmes psychologiques est la même qu'aux États-Unis. En revanche, le nombre de suicides dans l'armée reste chez nous inférieur à celui des civils.
France24.com : Depuis juin, tous les militaires français qui quittent l'Afghanistan passent trois jours à Chypre avant de rentrer chez eux. Pourquoi ?
Colonel Marchand : Il s'agit de constituer, pour ces soldats, un sas entre un environnement hostile, où le risque de mort est prégnant au quotidien et un environnement social et familial dans un pays en paix. C'est un temps militaire pour qu'ils puissent se reposer, et pour éviter qu'ils soient totalement décalés à leur retour, au grand effarement de leurs familles.
Les militaires sont logés dans un hôtel 5 étoiles, cela marque une vraie reconnaissance de la nation. Il y a des activités obligatoires. On commence par une croisière de deux heures avec petits fours et champagne. Ils ont le droit de boire mais en quantité et à des temps limités. Ils ont aussi des séances de relaxation, une visite culturelle, des massages... Puis il y a un débriefing de fin de mission collectif. C'est souvent assez musclé, les militaires n'ont pas parlé pendant six mois alors ils en profitent. Enfin, on les informe sur les comportements possibles au retour : on leur dit qu'ils n'ont plus besoin d'être armés en France, on les met en garde face aux comportements déviants, à la recherche d'adrénaline... Cela peut sembler enfoncer des portes ouvertes, mais, même moi, je me suis rendu compte que quand je rentrais d'Afghanistan, j'avais tendance à mettre la musique à fond dans ma voiture et à rouler comme un malade.
Au début, les soldats arrivent très tendus à Chypre, ils ne veulent pas venir, mais à la fin nous avons un taux de satisfaction de 99 %.
France24.com : La guerre en Afghanistan a-t-elle accéléré la prise de conscience de l'armée concernant les troubles psychiques ?
Colonel Marchand : C'est malheureux à dire, mais l'Afghanistan a fait du bien à cette prise de conscience. En 2009, nous avons élaboré une directive sur le soutien psychologique en zone de combat, qui pourra être appliquée ailleurs qu'en Afghanistan. Elle prévoit notamment la présence à plein temps d'un psychologue du Cispat sur le théâtre d'opération ; c'est le cas depuis un an en Afghanistan.
France24.com : Ces évolutions ont-elles été facilement acceptées au sein de l'armée ?
Colonel Marchand : Nous faisons face à des résistances énormes à tous les niveaux. Mais aujourd'hui, la base ne pose plus problème. Le Cispat a désormais obtenu ses lettres de noblesse. On ne voit pas les gens dans les hôpitaux ; mais sur le terrain, là-même où ils sont confrontés à la violence. Nous sommes armés, nous prenons des risques comme eux. Ils nous font confiance, parce que nous sommes militaires et qu'ils ont compris que nous ne sommes pas là pour les juger ou les évaluer mais pour les aider.



























Commentaires (18)
détresse pour les familles au retour d'un militaire
ma fille a un ami militaire depuis 2ans et demi, elle a tjrs été la pour tous ces départ et retour soutenu autant qu'elle a pu, mais il est rentré d'afghanistan mi décembre,tout c'est bien passé la semaine qu'il a passé vers elle, envie de projet de vie à deux, puis il est partit dans sa famille sur PARIS,et la au fur à mesure que le mois de janvier passait il a changé, bref ce n'est plus le même un autre homme irespectueux violent dans ses propos avec ma fille, une horreur a vivre pour elle, le pire c'est qu'elle c'est retrouvé enceinte et la a presque 3 mois il lui dit tu avortes c'est tout, pas d'accompagnement pas d'explication une rupture qui n'en est pas une, ma fille va mal lui va mal pourkoi pour etre partit du bonheur détruit....que faire....
leur retour
Je suis la maman d'un de ces militaires revenus de Chypre en décembre, et bien sur c'était pour nous rassurant de savoir qu'il se trouvait entre de bonnes main dans cet hôtel entouré. Il refusait d'en parler mais obligatoire, il en a parlé. A son retour chez nous en région parisienne pour les fêtes de Noël, j'étais soucieuse de savoir comment j'allais le retrouver moralement, il a dû surement caché ses sentiments pour ne pas ns inquiéter, mais maintenant de retour chez lui en province quand je lis l'article, on est soucieux, mais il est entouré d'anciens collègues donc il peut en parler, raconter ce qu'il a vécu. A mon avis, ce séjour par Chypre lui a fait du bien pas à 100/100 mais de vivre autre chose, de pouvoir parler, voir une belle île, de manger à leur faim. Bonne idée ces 3 jours pour décompresser, ils en ont besoin. Merci encore.
Nos poilus et leurs fils 30
Nos poilus et leurs fils 30 ans après, eux n'ont pas du souffrir. Méditez et n'en faites pas tout un plat.
Précisions divers
1. @ Bernard et à Mr Mouterde :
quand on s'adresse à un Lieutenant-colonel, on l'appelle "mon Colonel". Quand on le cite, c'est Lieutenant-colonel ou Lcl si on veut abréger. Mais c'est vrai, en aucun cas "Lieutenant".
2. @ 20% : les soldats sur le photo portent bien l'uniforme et l'équipement française.
3. @ Lcl Marchand : la période de préparation (MCO) au théâtre afghane dure six mois et non pas une année.
4. @ sympathisants genre "fallait reflèchir avant y aller" : mais woui, est-ce que vous dit la même chose aux employés de FT, aux agriculteurs manifestant, aux grévistes de tous poils ? Parce que c'est vraie, chaque boulot a ses désavantages, fallait y penser avant, alors on ferme sa bouche et on bosse sans demander d'augmentations de tous genre... n'est-ce pas ?
Ces psychologues, on les a pas demandé, mais avez-vous vu des militaires faire de manif's à la con "parce qu'on n'est pas content" (d'ailleurs devenu sport nationale en France). Un bon mili ben il ferme sa bouche et exécute les ordres. Quand il le faut, ou il le faut. Basta. Alors quand je regarde vous, messieurs...
Petite correction bis
"Colonel Marchand : Ce sont des missions..."
Re-correction. Lieutenant-colonel n'est pas égal à Colonel. Si vous voulez raccourcir, je vous propose l'abréviation officiel : Lcl.
Petite correction
"À la tête de la cellule psychologique de l'armée de terre, le lieutenant Marchand tente de..."
Il y a une sacré différence entre le grade de Lieutenant et celui de Lieutenant-colonel...
au lieu que les pays
au lieu que les pays investissent leur énergie pour le développement de l´economie mondiale donc du mieux vivre sur terre, ils prefèrent investir dans l´industrie de la mort
il serait souhaitable que 80% souffrent de ce mal; cela permettrait aux dirigeants de changer de cap....
les gens n´ont pas de pension retraite, de couverture sociale etc mais les milliards pour la guerre ne menquent jamais....
c'est ton choix !
voilà c'est ton choix , soldat au service de ta nation ! sa te rend malade camarade ? fallait y penser avant ! "esque les médocs sont remboursé par la sécu ???
personne ne les force à
personne ne les force à embrasser une carrière militaire
le rapport sur le mauvais moral des troupes
Que voulez-vous? on croyait que les guerres se feraient de loin, que les attaques seraient "chirurgicales" presque grâce à des robots télécommandés, qu'il n'y aurait plus besoin de fantassins pour occuper le terrain ou même combattre, avec les effets collatéraux dues aux distances (c'est-à-dire des civils touchés aussi), seraient-ils moins aguerris, trop tendres, des "militaires de salon", ne se sentent-ils pas vraiment concernés et indispensables, ne connaissent-ils pas les objectifs ou n'en perçoivent-ils pas le bien fondé, se prendraient-ils pour des "tueurs à gages"? vieux dicton des Armées : "penser c'est commencer à désobéir"; "Servitude et grandeur militaire", titre d'un livre d'Alfred de Vigny.
soldats tu as choisi ton métier, chaque métier a des risques
Nous qui avons fait LA GUERRE en algérie 10a15 morts PAR JOUR, qu'avont nous eu, rien, seul a la descente du train et en plus on n'en parle pas, et nous n'étions pas de métier 28 mois de nos plus belle année, mon beau frére s'est jeté du haut d'une grue aprés sont retour. Merçi pour nous. J'ai 74 ans
sans blessures apparentes
SANS BLESSURES APPARENTES, livre de Jean-Paul Mari. Tout est dit là-dedans, dans une langue magnifique.
EMDR (mouvements oculaires)
Vous devriez essayer la méthode EMDR (mouvements oculaires forcés). Permet de supprimer les "flash-backs".
Rapide. Possibilité de prolonger seul chez soi.
Je l'ai essayé sur moi. çà a été plus efficace que les massages.
Salutations
Troubles psychiques
C'est vraiment un merdier ce piège à c... dont on ne dit pas au niveau gouvernemental qu'il coûte cher en matériel et en hommes (voilà de grosses économies à faire dans la situation où nous sommes financièrement et humainement!) et qu'il se terminera par un départ comme en Indo! Lamentable!
L'article sur les troubles psychologiques
Je pense que cet article est fort interessant.
Il y a des symptomes qui sont familers pour moi.
Mais je ne croyais pas auparavant que certains de ces anciens soldats vivent comme dans un enfer.
Encore une fois, merci pour cet article!
pas de panique
Y'a l'Afghanistan pour accueillir tous les misérables soldats psychopates du monde "civilisé" afin qu'ils soient bien soigné par les résistants.
lieutenant, ou colonel?
Un lieutenant-colonel, même s'il est psychologue (CISPAT), on l'appelle "colonel" et non pas "lieutenant...
20% de NOS soldats...
...de fait il aurait peut-être été plus judicieux d'illustrer l'article, au demeurant intéressant, avec une image de soldats français. Mesdames, messieurs les journalistes, il y a dans les armées des services de communication qui seraient ravis de vous fournir une image de soldats français.
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