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Les dés sont-ils pipés dans l'élection des hôtes des Mondiaux 2018 et 2022 ?

Vidéo par Marina BERTSCH

Texte par Emmanuel VERSACE

Dernière modification : 02/12/2010

La Fifa doit annoncer ce jeudi le nom des pays qui succéderont au Brésil, hôte de l'édition 2014, pour l'organisation de la Coupe du Monde en 2018 puis 2022. Dans le même temps, la Fifa enchaîne les mauvaises passes. Explications de Declan Hill.

Journaliste d’investigation et auteur du livre à succès "Comment truquer un match de football", Declan Hill a fait part à France24.com de son opinion sur les récentes révélations de corruption compromettant des membres du comité exécutif de la Fifa qui doit élire, le 2 décembre, les deux pays organisateurs des Mondiaux 2018 et 2022.
Le Sunday Times avait en effet révélé, mi-octobre, que deux membres de son comité avaient proposé de vendre leur vote à des journalistes qui prétendaient être représentants d'une candidature pour l'un des deux Mondiaux à venir.

SUR RFI

À la suite de ces révélations, l'instance internationale de football avait suspendu les deux membres concernés. D'autre part, la Fifa doit essuyer, depuis lundi, une nouvelle affaire embarrassante. Un documentaire de la BBC a révélé que trois membres, dont le président de la Confédération africaine de football, Issa Hayatou, ont reçu des fonds d’une société de marketing en 1995. Si ce dernier a reconnu les faits sur notre antenne, il rejette néanmoins les accusations de corruption.


France24.com : Êtes-vous surpris par les récentes révélations de cas de corruption au cœur du comité exécutif de la Fifa ?

Declan Hill : Ce n’est pas vraiment l’existence de corruption à la Fifa qui m’a surpris. Dans le passé, plusieurs cas avaient déjà été révélés au grand public. C’est plutôt l’ampleur de ces cas qui m’interpelle : six des 24 membres (un sixième membre a été dénoncé par un journal norvégien, Dagbladet, pour avoir vendu des places du dernier Mondial au marché noir, ndlr), soit 25% du comité exécutif de la Fifa, pourraient être impliqués dans des affaires de corruption. C’est un chiffre incroyablement élevé et très inquiétant.

France24.com : Sur votre blog, vous mettez en cause la responsabilité de la Fifa dans ces affaires. Demain, l’instance internationale élira les deux prochains pays hôtes des Mondiaux 2018 et 2022. Pensez-vous que la crédibilité des deux pays qui seront sélectionnés pourrait être engagée ?

Cette nomination aurait pu être une bénédiction mais elle deviendra une malédiction car désormais le mal est fait. Le fort soupçon de collusion entre les candidatures ibérico-portugaise et qatarie avait déjà gravement entamé leur réputation (le comité d’éthique de la Fifa avait blanchi les deux candidatures, ndlr). Je pense que pour se laver de tout soupçon, chaque pays devrait dire : "arrêtons ce cirque, prenons d’autres moyens pour élire les pays hôtes". Mon idée était de mettre les noms des candidatures dans un chapeau, d’aller en Afrique du Sud et de demander à Nelson Mandela de tirer au sort… Au lieu de ça, le gouvernement britannique a réagi de manière scandaleuse en dénonçant le manque de patriotisme des journalistes et en mettant la pression sur la BBC pour ne pas diffuser l’émission. C’est incroyable…

France24.com : Après la publication de l’enquête menée par le Sunday Times, qui montre comment deux membres du comité étaient prêts à vendre leur vote, la Fifa a pris l’initiative de les suspendre. Pensez-vous que la Fifa peut aller plus loin en changeant sa structure ou en se réformant ?

Non, la Fifa ne changera pas. Ce n’est pas un article qui va les faire changer de cap. Il en faudrait plusieurs et même après ça ils ne feraient rien. La Fifa n’est élue ni par le peuple, ni par les gouvernements mais par eux-mêmes. Il est temps de changer le système tout entier. La Fifa aurait besoin qu’un organisme externe enquête sur ces cas de corruption. Et elle pourrait le faire dès aujourd’hui ! Il n’est pas impossible d’enquêter sur 24 personnes et cela permettrait aux membres qui n’ont rien à se reprocher de sortir blanchis de cette sombre histoire. La Fifa en sortirait grandie et retrouverait une crédibilité auprès du public qui la considère aujourd’hui comme l'une des institutions les plus corrompues dans le monde.

Première publication : 01/12/2010

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