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Amériques

L'Argentine et le Brésil marquent leur différence sur le dossier israélo-palestinien

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 07/12/2010

Le Brésil et l'Argentine ont reconnu, à quelques jours d'écart, la Palestine comme "un État libre et indépendant à l'intérieur des frontières de 1967". Retour sur une offensive diplomatique qui a déplu à Israël.

Après le Brésil vendredi, l'Argentine a reconnu, lundi, la Palestine comme "un État libre et indépendant à l'intérieur des frontières de 1967", comprenant donc Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza. L’Uruguay voisin a déclaré qu'il avait lui aussi l'intention de le faire, en 2011. Retour sur une initiative diplomatique jugée "regrettable" et "décevante" par Israël, avec Bruno Muxagato, politologue et spécialiste du Brésil à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL).


France 24 - Comment analysez-vous l’initiative diplomatique sud-américaine qui a reconnu "la Palestine un État libre et indépendant" ?


Bruno Muxagato - La reconnaissance d’un État palestinien par le Brésil est la suite logique de la stratégie diplomatique de Lula, basée sur la diversification des partenariats de son pays. Le Moyen-Orient et les pays arabes en font partie. En reconnaissant la Palestine, sans jamais avoir transigé sur le droit à la sécurité d’Israël, Lula s’est offert en quelque sorte un baroud d’honneur diplomatique en se démarquant une nouvelle fois. Et ce, quelques mois avant de passer la main à la présidente élue Dilma Roussef, dont il sait que les positions diplomatiques sont parfois en contradiction avec les siennes.

L’Argentine, autre géant diplomatique du continent, a emboîté le pas comme il lui arrive de le faire ponctuellement sur des dossiers diplomatiques afin de donner plus de poids à un pôle de puissance sud-américain. Les deux pays se sont visiblement concertés en ce qui concerne le timing de cette reconnaissance, qu’ils avaient tous deux promis au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.


F24 - Que représente en termes stratégique et diplomatique le Moyen-Orient pour le Brésil et l’Argentine ?

B.M -
Les deux pays comptent des populations issues de cette région du monde. Concernant le Brésil, près de 10 millions de ses citoyens descendent de migrants syro-libanais et turcs. Par ailleurs, près de 2 millions de Brésiliens seraient de confession juive. Ce brassage de population et cette relation historique avec le Moyen-Orient permet au Brésil d’affirmer sa crédibilité et sa légitimité pour intervenir sur ce dossier régional.

De plus, ce pays est entré de plain-pied dans la mondialisation. Après l’Afrique et l’Asie, le Moyen-Orient représente un marché attractif économiquement et commercialement. D’où l’envie de s’impliquer encore plus dans la région, dans un rôle de conciliateur. D’autant plus que l’Argentine et le Brésil rêvent d’intégrer de façon permanente le Conseil de sécurité de l’ONU. Ils cherchent par conséquent le maximum d’appuis internationaux. En reconnaissant la Palestine, ils tentent de s’attirer le soutien d’un certain nombre de pays en marquant leur différence par rapport à d’autres puissances mondiales.


F24 - Justement, quel est le poids réel et l’influence internationale de ces pays dans la diplomatie mondiale ?

B.M -
Le Brésil ne veut plus se contenter de jouer uniquement un rôle de médiateur dans les crises régionales sud-américaines (tensions entre le Venezuela et la Colombie, tensions internes en Bolivie). Ce pays cherche en effet à asseoir sa projection de puissance diplomatique en intervenant au cœur des crises mondiales. Lula a misé sur son charisme personnel et son expérience de négociateur syndical pour peser sur les dossiers très médiatiques à l’instar du conflit israélo-palestinien. Sa récente médiation sur la question du nucléaire iranien, en association avec la Turquie, en atteste. Les trois pays étaient parvenus à un accord en mai sur une procédure d'échange de combustible nucléaire, au grand dam des Américains, qui ont rejeté l’accord. Une réaction qui a courroucé Lula et qui a peut-être renforcé encore plus son envie de marquer son indépendance en reconnaissant la Palestine.

 

Première publication : 07/12/2010

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