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Afrique

La crise politique inquiète les Libanais de Côte d’Ivoire

Texte par Guillaume LOIRET

Dernière modification : 14/12/2010

Elle est implantée en Côte d'Ivoire depuis plus d'un siècle et est devenue une puissance économique majeure dans le pays. Pourtant, la communauté libanaise ne sait plus sur quel pied danser depuis que la crise politique se creuse en Côte d'Ivoire.

4 décembre 2010, aux alentours de midi. Laurent Gbagbo reçoit des mains du grand chancelier Youssouf Koné le collier de président, en dépit du fait que son rival Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur de l’élection par la commission électorale et les observateurs internationaux. Les représentants étrangers qui assistent à la cérémonie se comptent sur les doigts d’une main. Il y a là l’ambassadeur angolais, celui d’Afrique du Sud et... Ali Ajami*, l’ambassadeur du Liban en Côte d’Ivoire. 

Les Libanais en Côte d’Ivoire, un siècle d’immigration

Fin XIXe s. : arrivée des premiers Syro-Libanais, venus ouvrir des comptoirs commerciaux à Grand Bassam (ancienne capitale, à l’est d’Abidjan).

Entre deux-guerres : la grande famine de la Première guerre (1914-1918) puis la dépression économique des années 30 poussent de nombreux Libanais à immigrer en Afrique occidentale. Ils s’installent au Sénégal puis en Côte d’Ivoire, encouragés par l’administration coloniale française, dont le mandat au Liban débute en 1920.

1975-1990 : avec la guerre civile, de nouveaux Libanais partent pour la Côte d’Ivoire, où ils trouvent facilement à se loger et à travailler. Pour certains, le pays est devenu la terre d’asile d’un Liban ravagé par les conflits.

Été 2006 : lors de la guerre entre le Liban et Israël, Laurent Gbagbo accorde un accès sans visa aux ressortissants libanais.

Quelques jours plus tard, une partie des Libanais de Côte d’Ivoire choisit de se désolidariser du geste de M. Ajami. Le vendredi 10 décembre, un "membre influent de la communauté libanaise" explique au journal d’opposition Le Nouveau Réveil que les Libanais de Côte d’Ivoire ne doivent pas "se mêler de politique" dans "un pays frère, un pays d’accueil". 

"La présence de l’ambassadeur m’a surpris, mais vu les intérêts libanais ici ce n’est pas si étonnant" explique à FRANCE 24, Ali, un Libanais d’Abidjan naturalisé ivoirien. De fait, à l’image de leur pays d’accueil, les Libano-ivoiriens sont partagés par la crise politique qui secoue le pays. Première communauté non africaine en Côte d'Ivoire (plus de 60 000 personnes), économiquement très bien implantée, et souvent proche du pouvoir, son positionnement est plus que délicat. "Les Libanais soutiennent traditionnellement le pouvoir en place" souligne Bernard Conte, chercheur à l’université Bordeaux-IV et bon connaisseur de la situation ivoirienne. "Mais là justement, qui est au pouvoir ? Les Libanais s’entendaient très bien avec Gbagbo, et ils s’adapteront à Ouattara s’il est reconnu président... Mais c’est encore trop confus". 

Les Libanais, champions de l’économie ivoirienne 

Pourtant, la connexion Beyrouth-Abidjan est ancienne et solide (voir encadré). Des années 1930 à la guerre israélo-libanaise de 2006, la Côte d’Ivoire a toujours ouvert les bras aux Libanais, devenus des acteurs majeurs de son économie. Autrefois cantonnés au petit commerce, les Libanais de Côte d’Ivoire sont désormais actifs dans des secteurs cruciaux comme les transports, la finance ou les hydrocarbures. "Ils tiennent l’économie" dit-on facilement à Abidjan, une idée corroborée par les chiffres : selon Roland Dagher, grand patron libanais d’Abidjan, "35 voire 40%" de l’économie est aux mains de la communauté libanaise, qui fournit "le même niveau d’emplois, sinon un peu plus, que la fonction publique ivoirienne". 

Un entrepreneur français basé à Abidjan explique à FRANCE 24 les ressorts de cette puissance économique. Après une implantation commerciale historique, la communauté libanaise a non seulement profité de la vague de privatisations d’entreprises d’État à la fin des années 90, mais aussi des départs en cascade de patrons français dans le sillage des émeutes de novembre 2006. "Après 2006, les Libanais ont notamment racheté les galeries Peyrissac, les magasins Bernabé et Technibat", de grands noms de la distribution spécialisée à Abidjan. 

La communauté libanaise en Côte d’Ivoire

Population : 60 à 75.000 personnes, Libanais et binationaux.

Composition : majorité chiite (75%) provenant principalement de villes du Sud du Liban (Zrariyeh, Nabatiyeh, Tyr…) avec une minorité chrétienne (quelques milliers de personnes), quelques sunnites et familles druzes.

Quartiers : à Abidjan, la communauté libanaise vit dans les quartiers résidentiels de Marcory, Zone 4, Biétry, le Plateau ou Cocody.

La Mission libanaise du Sacré-Cœur(1954) est l’unique église maronite d’Abidjan.

Deux centre culturels islamiques, dont l’association Al-Ghadir, installés à Marcory gèrent deux mosquées chiites, des écoles, et sont très actifs dans le domaine caritatif.

La Chambre de Commerce et d’Industrie Libanaise en Côte d’Ivoire (CCIL-CI), dirigée par le Dr. Joseph Khoury, a été fondée à l’été 2010.

"Certains sont même fiers de dire que c’est l’économie libanaise qui soutient le PIB ivoirien, et non plus l’économie française" poursuit cet entrepreneur, sous couvert d’anonymat. Le groupe Hyjazi ou encore la Global Manutention de Côte d’Ivoire (GMCI) du magnat ivoiro-libanais Ibrahim Ezzedine, sont aujourd’hui les fleurons des intérêts libanais en Côte d’Ivoire. Et d’après l’ambassadeur libanais à Abidjan, Ali Ajami, qui s’exprimait en 2009 dans les colonnes du journal libanais L’Orient-Le Jour, 10 % des entreprises libanaises réalisent au moins un milliard de francs CFA de chiffre d’affaires annuel (1,5 million d’euros). 

"La politique, on m’a toujours dit de ne pas m’en mêler" 

Conséquence : cette omniprésence économique s’est toujours accompagnée de  relations étroites avec le pouvoir. C’est ainsi qu’un Ivoirien d’origine libanaise, Georges Ouegninn, a longtemps été chargé de diriger le protocole d’État de la République ivoirienne, auprès des présidents Houphouët-Boigny puis Henri Konan-Bédié. Les bonnes relations se poursuivront ensuite avec Laurent Gbagbo, qui a nommé en 2000 deux Libano-ivoiriens – Roland Dagher et Fouad Omaïs - au Conseil économique et social, et autorisé en août dernier la création d’une Chambre de commerce et d’industrie libanaise à Abidjan. 

Certains ont même reproché à Abidjan d’avoir été un peu trop indulgent dans son amitié avec le Liban. Les quartiers chiites de la capitale sont en effet connus pour abriter des sympathisants du Hezbollah : d’après un Français d’Abidjan qui préfère rester anonyme, "les drapeaux verts du Hezbollah flottaient sur certains balcons du quartier de Marcory, surnommé 'le petit Beyrouth', pendant la guerre israélo-libanaise de 2006". L’imam de la mosquée Al-Ghadir, Abdul Menhem Kobeissi, a un temps été expulsé vers le Liban sous pression américaine en raison de sa proximité avec le Hezbollah... avant de revenir à Abidjan : on l'a vu prononcer un discours lors d'un meeting présidentiel de Laurent Gbagbo en octobre 2010.

Roland Dagher, courroie de transmission entre la communauté libanaise et le régime, n’a jamais caché ses fortes sympathies pro-Gbagbo. Et des Français d’Abidjan expliquent à France24.com que "les Libanais, légitimistes, ont plutôt soutenu Gbagbo au premier tour, non pas par conviction mais parce qu’ils pensaient qu’il serait élu". Mais, crise oblige, M. Dagher a évité de prendre officiellement position depuis le second tour de l’élection présidentielle. C’est finalement Ali, entrepreneur libano-ivoirien dans le domaine des cosmétiques, qui résume le mieux l’état d’esprit de la communauté libanaise : "Gbagbo ou Alassane, je m’en fous ! La politique, on m’a toujours dit de ne pas m’en mêler. Moi ce que je veux, c’est qu’on puisse enfin se remettre au travail". L’entreprise d’Ali n’a pas ouvert depuis 10 jours, faute d'approvisionnement. Et ce petit patron se demande comment il va faire pour donner à ses employés un salaire en décembre, mois des achats de Noël.

* Sollicité par FRANCE 24, l'ambassadeur libanais Ali Ajami n'a pas souhaité répondre à nos questions.

En raison de la violence ou du caractère injurieux de certains propos postés sur cette page, FRANCE 24 a décidé d'en fermer provisoirement les commentaires.

Première publication : 10/12/2010

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