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Culture

Versailles, son parc, son château... et bientôt son hôtel de charme

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 16/12/2010

Le château de Versailles a annoncé mardi l’ouverture "d’un hôtel de charme" dans l'une de ses dépendances, d'ici à la fin de 2011. Une première qui marque un tournant dans la gestion du patrimoine historique français.

À la fin de 2011, il sera possible de réserver une chambre dans un hôtel de luxe situé - excusez du peu - dans les dépendances du château de Versailles, l'un des sites culturels français qui compte parmi les plus visités chaque année. L'ex-ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, qui préside actuellement l’établissement public du musée et du domaine national de Versailles, s’est réjouit de la réalisation de cet "hôtel de charme". Ce dernier a en effet annoncé, lundi, que l’exploitation de l’hôtel du Grand Contrôle a été cédé à un opérateur privé, la société Ivy Internationnal SA, sous la forme d’une autorisation temporaire d’occupation d’une durée de 30 ans.

Rentabilité économique et préservation du patrimoine

Le concessionnaire belge doit, en échange, restaurer et entretenir le bâtiment restitué en 2009 au château de Versailles "dans un état très délabré", selon Jean-Jacques Aillagon. "Cette initiative démontre que l’établissement est capable d’innover pour la mise en valeur de son patrimoine architectural", a-t-il ajouté. Les travaux de rénovation coûteront près de 5,5 millions d'euros à l’opérateur, qui devra par ailleurs reverser 10 % de son chiffre d’affaires annuel à l’établissement public.

Cette initiative - la première du genre - constitue un tournant dans la politique de gestion du patrimoine français. Elle fait suite aux orientations définies en novembre 2009 par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et le secrétaire d’État au Tourisme de l’époque, Hervé Novelli, destinées à valoriser des espaces et des pôles d’activités économiques dans les monuments historiques.

D'autres projets du même genre sont également dans les cartons ailleurs en France, notamment au château de Fontainebleau, où il est question de réaliser un ensemble hôtelier haut de gamme dans l’ancien quartier militaire des Héronnières, installé dans les écuries royales du site. À Paris, l’Hôtel de la Marine, un hôtel particulier du XVIIIe siècle situé place de la Concorde appartenant à l'État, est, quant lui, à louer pour un bail longue durée (60 à 80 ans), comme l'indique une annonce publiée sur le site internet du ministère de l'Économie et des Finances.

Cette "ingérence grandissante du secteur privé dans la sphère publique" ne fait pas l’unanimité au sein des milieux culturels et associatifs. Ainsi, l’association Les amis de l’Hôtel de la Marine redoute que "ce palais puisse perdre sa vocation au service de l'État", dans une lettre adressée au Premier ministre. Interrogé par France24.com, Philippe Revault, professeur d'architecture à Paris et consultant en patrimoine, regrette "qu’un bien public soit hypothéqué ou privatisé pour plusieurs années, voire pour des décennies, au profit d’une clientèle aisée, et ce au nom de la rentabilité et de la logique économique".

Des "paradores" à la française ?

Dans un rapport remis au début du mois d'octobre au président de la République, le sénateur Albéric de Montgolfier a préconisé la création, sur de grands sites, de structures hôtelières s’inspirant du modèle des "paradores espagnols", afin de faire face aux "contraintes budgétaires croissantes".

Depuis 1923, ces monuments historiques ibériques - au nombre de 93 - ont été transformés avec succès en luxueuses résidences hôtelières. Leur gestion n’échappe toutefois pas à l’État, puisqu’il est le seul actionnaire de la société anonyme habilitée à gérer le dossier. Le Portugal applique la même politique avec ses fameuses "pousadas", très prisées par les touristes.

Ces modèles de réussite peuvent-ils être transposés en France ? Le Centre des monuments nationaux (CMN), qui gère 96 sites dans l'Hexagone, préfère parler d'adaption. En 2009, l'établissement public a en effet commandé une étude sur la possibilité d’installer des structures d’hébergement et de restauration dans une vingtaine de sites classés. Remise en début de semaine, elle ne porte toutefois que sur leurs dépendances non ouvertes à la visite. "Il n’est pas question de dormir ou de manger à l’intérieur même des monuments, comme en Espagne", explique ainsi un employé du CMN à France24.com.

Reste une question : le secteur privé sera-t-il disposé à investir plusieurs millions d’euros dans des bâtiments qui, pour certains, ne disposent que de deux chambres ? Les opérateurs seront soumis à un cahier des charges très contraignant du fait de la nature même des bâtiments concernés qui sont protégés par la loi, assure-t-on encore du côté du CMN. 

Première publication : 16/12/2010

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