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Culture

Le cinéma français se mobilise pour le réalisateur iranien Jafar Panahi

Texte par Dépêche

Dernière modification : 21/12/2010

Le cinéaste iranien Jafar Panahi, proche de l'opposition, a une nouvelle fois été condamné à la prison pour un projet de film controversé. En France, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer cette décision.

AFP - Le monde du cinéma et les intellectuels français ont sonné la mobilisation générale lundi soir à l'annonce de la nouvelle condamnation du cinéaste iranien Jafar Panahi.

Proche de l'opposition, M. Panahi a été condamné à six ans de prison et vingt ans d'interdiction de réaliser des films et de voyager à l'étranger, selon son avocate.

Selon le philosophe Bernard-Henri Lévy, le réalisateur a été condamné "sur le soupçon d'avoir l'intention de réaliser un film sur le mouvement vert (l'opposition lors de l'élection présidentielle en 2009). Son seul crime est d'avoir soutenu (Mir Hossein) Moussavi", le candidat de l'opposition", a-t-il dit à l'AFP.

Pour BHL, Téhéran vient "d'inventer le délit de synopsis" et "a déclaré la guerre à ses artistes et à sa société civile toute entière". "Il faut trouver le moyen de faire entendre raison à ce régime devenu fou", a-t-il affirmé, appellant à "la communauté des cinéastes, au festival de Cannes et au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand".

Pour sa part, le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, a exprimé son "indignation" qualifiant la condamanation de Jafar Panahi de "pseudo-jugement".

De son côté, le délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux a immédiatement appelé à "agir vite" et cherchait lundi soir à organiser rapidement un comité de soutien avec la cinémathèque française et la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), présidée par le réalisateur Bertrand Tavernier.

"Serge Toubiana, Costa-Gavras (respectivement directeur-général et président de la cinémathèque), la SACD... tout le monde est d'accord", a dit M. Frémaux à l'AFP.

Jafar Panahi, 50 ans, avait été en quelque sorte adopté en mai dernier par le Festival de Cannes qui l'avait invité à participer au jury et lui avait gardé, symboliquement, sa chaise vide parmi les jurés lors des cérémonies d'ouverture et de clôture qu'il avait été empêché de rejoindre.

Le cinéaste avait été également privé de Mostra, en septembre à Venise, son passeport ayant été révoqué par les autorités à cette occasion.

A son tour, la Berlinale, le Festival international de Berlin, venait de l'inviter à siéger au jury de sa 61ème édition du 10 au 20 février.

Sans savoir encore précisément quelle forme la mobilisation pourrait prendre, Thierry Frémaux a rappelé qu'au "terme de son premier emprisonnement l'an dernier, Jafar Panahi nous avait fait savoir à quel point le soutien venu de l'étranger lui avait été précieux".

"C'est important qu'il sache que nous sommes là", a-t-il dit lundi. "Ce qui vient de se passer montre qu'on avait eu raison de prendre au sérieux les premières menaces à son encontre", a-t-il également affirmé.

De la même façon, BHL a défendu l'action conduite au printemps par sa revue, La Règle du Jeu, qui avait "fait sortir la lettre de Panahi de la prison d'Evin et convaincu le ministre de la Culture de la lire sur les marches du Festival de Cannes".

"Nous avions pensé qu'il fallait le faire et nous avons eu raison", a dit lundi le philosophe. Il entend mettre "toutes ses forces", celles de sa revue et si possible celles d'Arte, la chaine franco-allemande dont il préside le conseil de surveillance, pour gagner "ce bras de fer symbolique" avec le régime iranien.

BHL espérait mardi être en mesure d'annoncer les formes que pourrait prendre la mobilisation.

"Même deux semaines en prison, c'est inacceptable", a-t-il poursuivi en évoquant le délai de deux semaines autorisant le cinéaste et son avocate à faire appel de la condamnation.

Première publication : 21/12/2010

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