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Afrique

Au Sud-Soudan, "un État pour tous et la religion pour chacun"

Texte par Joseph BAMAT

Dernière modification : 24/12/2010

Dans un entretien accordé à France24.com, Emmanuel LoWilla, l'un des conseillers du leader sudiste Salva Kiir explique qu’un Sud-Soudan indépendant garantira la liberté et la sécurité des populations musulmanes.

Le 9 janvier 2011, la région semi-autonome du Sud-Soudan doit faire le choix de rester rattachée à Karthoum, la capitale du Nord, ou de faire sécession. Ce référendum devrait redessiner la carte du Soudan, actuellement le plus vaste pays du continent africain.

Le référendum est prévu par l'Accord de paix globale de 2005 qui a mis fin à plus de deux décennies de guerre civile entre le Nord, musulman, et le Sud, en grande partie chrétien, un conflit ayant fait environ deux millions de morts.

Mais l’attitude du gouvernement de Karthoum - qui n’envisage pas d’alternative à l’unité - et la paix fragile au Darfour (ouest du Soudan) font craindre une nouvelle guerre civile si le Sud déclare unilatéralement son indépendance.

Emmanuel LoWilla est l’ancien délégué du Gouvernement du Sud Soudan (GoSS) en France. Il est aujourd’hui haut conseiller auprès de Salva Kiir, le président du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan, et ambassadeur soudanais à l’Unesco. Cette interview a été réalisée en octobre 2010.

France24.com : Karthoum et le président el-Béchir affirment que les autorités du

Emmanuel LoWilla, conseiller du président du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan Salva Kiir et ambassadeur soudanais à l'Unesco.

Sud-Soudan massent des soldats à la frontière entre les deux zones. Qu’en est-il ?

Emmanuel LoWilla : L’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA – ancienne rébellion sudiste) a déjà répondu qu’elle n’avait pas envoyé de soldats à la frontière. S'il y en a, ce sont des soldats présents depuis que le traité de paix a été signé, en 2005. En revanche, nous avons remarqué des mouvements de troupes au Nord en direction de la frontière, et c’est la raison pour laquelle notre président [Salva Kiir NDLR] a demandé aux Nations unies de déployer des casques bleus le long de cette frontière, en amont du référendum. Si le Sud-Soudan y envoyait des troupes, on ne demanderait pas à l’ONU de venir observer la situation.


F24 : Les observateurs s’accordent à dire que le Sud-Soudan votera probablement la sécession. Que peut encore faire Karthoum pour changer la donne ?

E.L. : Je ne pense pas pouvoir répondre au nom des autorités du Nord… mais concernant l’issue du référendum, effectivement, je rejoins les analystes. Le Sud devrait voter la sécession du fait de l’injustice que subissent ses populations et de la méfiance qu’ils éprouvent vis-à-vis des autorités en place à Karthoum. Si le Nord n’a rien su faire en six ans [depuis la signature de l’accord de paix NDLR] pour promouvoir l’unité du pays et la rendre attrayante, je ne vois pas bien comment ils pourraient renverser la vapeur à quelques jours du référendum du 9 janvier.


F24 : Des musulmans et des Soudanais du Nord vivent dans la région semi-autonome du Sud. Le président Kiir peut-il leur garantir qu’ils ne subiront pas les conséquences d’une partition du pays ?

E.L. : Les musulmans qui vivent au Sud n’ont pas eu à se plaindre de persécutions depuis six ans que Salva Kiir est président. Personne n’a été persécuté en raison de sa race, son origine ou de sa religion. Le gouvernement de Juba [capitale du Sud-Soudan] est très clair sur la séparation entre l’appartenance religieuse et la citoyenneté : l’État est pour tous, et la religion pour chacun. Le gouvernement de Kiir ne basera aucune de ses décisions sur des critères religieux. Il a protégé, protège et protègera toutes les religions du Sud-Soudan.

Première publication : 24/12/2010

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