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Alassane Ouattara, président sans palais

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 30/12/2010

Technocrate ayant fait ses classes au FMI, le président reconnu par la Commission électorale ivoirienne jouit des bonnes grâces de la communauté internationale. Mais est contraint d'exercer ses fonctions dans un hôtel d'Abidjan. Parcours.

FRANCE 24 a décidé de fermer provisoirement les commentaires de cette page en raison de la violence ou du caractère injurieux de certains propos postés.


Il devait rêver d'un fauteuil présidentiel plus confortable. Reconnu vainqueur, le 2 décembre, de la course à la magistrature suprême avec un peu plus de 54 % des voix par la Commission électorale indépendante (CEI) et la communauté internationale, Alassane Dramane Ouattara attendait depuis 20 ans d’accéder à la plus haute fonction de l’État. Las, l’ancien Premier ministre (1990-1993) du "père de la nation" Félix Houphouët-Boigny est désormais contraint d’exercer le pouvoir sous la haute protection de l’ONU et dans le brouhaha de l’hôtel du Golf, sis au cœur du quartier abidjanais de la Riviéra.

Prestation de serment, nomination d’un gouvernement, conseil des ministres, entretiens téléphoniques réguliers avec les chefs d'État de la sous-région et les ambassadeurs en poste à Abidjan… En ancien technocrate formé à l'école du Fonds monétaire international (FMI), ADO, comme l’appellent ses concitoyens, s’attelle à la tâche comme s’il était réellement aux commandes du pays. Le Conseil constitutionnel les lui a toutefois arrachées des mains, le 4 décembre, pour les confier au président sortant Laurent Gbagbo. Ce dernier avait pourtant favorisé la participation de son rival à la présidentielle en lui faisant obtenir, en juin 2002, le certificat de nationalité qui lui faisait défaut.

Une candidature quasi inespérée pour celui qui était jusqu’alors contraint de ravaler ses ambitions présidentielles pour cause de "nationalité douteuse". Dans un pays qui, au lendemain de la mort d’Houphouët-Boigny, n’a pas su résister aux sirènes nationalistes, Ouattara suscite la méfiance d'une partie de ses compatriotes. Son tort : avoir trop longtemps vécu hors des frontières ivoiriennes.

Né en 1942 à Dimbokro, dans le centre de la Côte d’Ivoire, ADO a passé une partie de sa jeunesse en Haute-Volta voisine (l'actuel Burkina Faso) avant de partir étudier aux États-Unis. Nommé haut fonctionnaire au FMI en 1968, il est catapulté ensuite, à l’âge de 40 ans, vice-gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l’Ouest (BCEAO) en tant que citoyen… voltaïque. Mais c’est muni d’un passeport ivoirien qu’il prendra finalement la tête de l’institution, en 1988.

À la rescousse d’un pays endetté

Deux ans plus tard, ADO est appelé aux côtés d’Houphouët-Boigny pour remettre de l’ordre dans les finances d’une Côte d’Ivoire en quasi-cessation de paiement et vivant au-dessus de ses moyens. Bien qu’inconnu de ses compatriotes, ce musulman alors âgé de 48 ans endosse, en novembre 1990, un costume de Premier ministre que le chef de l’État a taillé à sa mesure. À la tête du gouvernement, il mène une politique d’austérité budgétaire (programme d'ajustement structurel, privatisations, cure d'amaigrissement au sein de la fonction publique...) qui vient briser les rêves de grandeur du peuple ivoirien.

Malade, le président vieillissant passe le plus clair de son temps à Paris, où on le soigne d’un cancer. Seul maître à bord d’un navire qu'il empêche de sombrer un peu plus sous les dettes, ADO le libéral s’attire la bienveillance de la communauté internationale. Les autres poids lourds de la politique ivoirienne, tels le président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, et l’opposant socialiste, Laurent Gbagbo, voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouveau concurrent sur leur terrain de jeu.

À la mort d’Houphouët-Boigny en 1993, les Ivoiriens du nord musulman, majoritairement acquis à la cause du Premier ministre, caressent le rêve de le voir prendre les rênes du pays. Fort de sa nouvelle popularité, ADO crée le Rassemblement des républicains (RDR) en vue de la présidentielle prévue pour le mois d'octobre 1995.

Mais la révision de la loi électorale souhaitée par Henri Konan Bédié, qui assure l’intérim à la tête du pays, oblige tous ceux qui prétendent à la présidence à "être nés de père et de mère ivoiriens de naissance, de n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne et d’avoir résidé de façon continue en Côte d’Ivoire les cinq années précédant la date des élections". De nouvelles dispositions qui disqualifient d’office Ouattara, parti une nouvelle fois rejoindre le FMI au lendemain de son départ du gouvernement...

Complice des "coups fourrés"

À défaut d’être un parti présidentiel, le RDR devient une force d’opposition que les formations rivales vont s’employer à écarter du jeu politique. Sous les présidences successives d’Henri Konan Bédié (1995-1999), du putschiste Robert Gueï (1999-2000) et de Laurent Gbagbo (à partir de 2000), l’ancien Premier ministre est accusé d’être derrière tous les "coups fourrés" qui ont jalonné l’histoire récente du pays : le putsch de Noël 1999 contre le président Henri Konan Bédié, élu quatre ans plus tôt, le coup d’État avorté contre le régime Gbagbo en 2002... L’intéressé dément avec force toutes les accusations.

Attaqués en 2002 par des hommes en armes dans leur villa, Ouattara et son épouse Dominique - une femme d’affaires française - se réfugient précipitamment à l'ambassade d'Allemagne. Craignant pour leur vie, le couple est contraint à l’exil. Une traversée du désert qui emmènera ADO notamment jusqu’en Côte d’Azur, où il possède une propriété. De France, l'ex-chef du gouvernement prépare son retour. En 2005, il noue avec le parti de son ancien rival Henri Konan Bédié une alliance de circonstance qui prendra le nom du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et pour la paix (RHDP).

Après plusieurs reports successifs, le premier tour de l’élection présidentielle est finalement fixé au 31 octobre 2010. Ouattara entame alors sa première véritable campagne. Parfois loin de son fief du nord, ADO s’emploie à conquérir le cœur des électeurs le considérant toujours comme un "étranger" et à gommer sa réputation d’austère technocrate peu enclin aux contacts avec la foule. S’appuyant sur des sondages qu’il dit vouloir garder secrets, il clame à l’envi qu’il sera de la partie au second tour. Il le fut. À la grande surprise de l’autre finaliste Laurent Gbagbo, qui était loin d'envisager que l'ancien Premier ministre remporterait également le second round.

 

  

Première publication : 28/12/2010

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