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Afrique

Omar Bongo aurait détourné des fonds au profit de partis politiques français

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Dépêche

Dernière modification : 30/12/2010

Des notes diplomatiques, dévoilées mercredi par WikiLeaks sur le site du journal espagnol "El Pais", accusent le défunt président gabonais Omar Bongo d'avoir détourné de l'argent de la Banque des États d'Afrique centrale au profit de partis français.

AFP - Près de 30 millions d'euros auraient été détournés de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) à son profit par le défunt président gabonais Omar Bongo et auraient aussi profité à des partis français, selon des notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks, visibles mercredi sur le site de El Pais.

Pourquoi "Le Monde" n'a pas publié cette information ?

Comme "El Pais" et trois autres journaux internationaux, le quotidien français "Le Monde" a eu accès, courant novembre, au câble américain daté de 2009 faisant état de détournement de fonds de la Banque des États d'Afrique centrale (BEAC) au profit de "dirigeants gabonais" et de "partis politiques français".

Ce mercredi, l'un des rédacteurs en chef du quotidien français, Olivier Biffaud, explique sur le site du journal avoir "repéré" ce document, mais avoir décidé de ne pas l'exploiter "en raison non pas de son manque de crédibilité mais de son absence de source authentifiée". "La source de la BEAC n’était pas identifiée et l’ambassadrice américaine elle-même précisait qu’elle n’était pas en mesure de vérifier la véracité des accusations", a-t-il précisé à France24.com.

"Je regrette que ‘El Pais’ ait mis ce mémo en ligne, ajoute Rémy Ourdan, qui a supervisé la publication des télégrammes au "Monde". Il y a des centaines et des milliers d'informations de ce type dans les câbles de WikiLeaks, notamment sur des questions d'argent ou de corruption. Les diplomates répètent ce qu'ils ont entendu, sans vérifier les faits. Nous ne publions que ce qui est prouvé. Cette information sur les détournements de fonds est très difficilement vérifiable."
 

Cette information a été donnée quatre jours après la mort de M. Bongo, en juin 2009, par un haut fonctionnaire de la BEAC à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun, précise le journal espagnol.

Selon la même source, "les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy".

L'argent aurait profité "aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à (l'ancien président français Jacques) Chirac mais aussi Sarkozy". "Bongo était le président africain préféré de la France", a ajouté cette source.

La BEAC regroupe les réserves des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale: le Gabon (qui en désigne le gouverneur), le Cameroun (où est situé le siège), la République du Congo, la République centrafricaine, le Tchad et la Guinée Equatoriale.

Selon le câble datant de juillet 2009, le gouverneur de la BEAC, le gabonais Philip Andzembe, avait placé en secret 500 millions d'euros dans un investissement à haut risque de la banque française Société Générale.

Après que ce placement non autorisé a été rendu public, un audit de la BEAC a été mené et "a révélé des malversations encore plus larges et plus audacieuses, liées à la hiérarchie des officiels gabonais", a indiqué le fonctionnaire à l'origine de cette information.

"L'enquête interne a montré que 36 millions de dollars (environ 28 millions d'euros, ndlr) ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon", a-t-il dit.

Le clan au pouvoir au Gabon, "dont le défunt président Omar Bongo et son fils Ali, ministre de la Défense et candidat à la présidence (élu depuis à la tête du pays, ndlr), a bénéficié du détournement de fonds", indique le document.

"Cette ambassade n'est pas en mesure de vérifier la véracité de l'accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds", se contente de conclure le câble, signé de l'ambassadeur américain au Cameroun Janet Garvey.

Une enquête est en cours en France sur le patrimoine dans l'Hexagone de trois présidents africains et de leurs proches, dont Omar Bongo, suite à une plainte de Transparency International, une ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption.

Première publication : 29/12/2010

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