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Afrique

Tunis espère briser le mouvement de révolte en muselant la Toile et les blogueurs

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/01/2011

Les internautes tunisiens ont une part active dans la propagation du mouvement de protestations qui agite leur pays. Inacceptable, pour le régime de Ben Ali qui exerce une censure ciblée et a procédé à l’arrestation de plusieurs blogueurs.

En marge du mouvement de protestations sociales qui va crescendo en Tunisie depuis l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre dernier à Sidi Bouzid, une cyber-guerre oppose les internautes et le pouvoir. C’est dans ce contexte qu’un rappeur et deux blogueurs renommés du pays, Slim Amamou et El Aziz Amami, ont été arrêtés ce jeudi. L'organisation Reporters sans frontières  (RSF) fait état de son côté d’une quatrième arrestation, celle du blogueur et militant Hamadi Kaloutcha.
              
"Les flics me cherchent, apparemment"

Quelques heures avant son arrestation, Slim Amamou, avait signalé sur son compte Twitter qu'il était désormais sous surveillance. Extraits : "Flics autour de la maison hier et chez un ami ce matin, coup de fil au bureau ce matin". Ou encore : "J'élève mon niveau de menace à orange. Les flics me cherchent apparemment", a-t-il écrit dans un autre tweet. 

Selon le site Readwriteweb.com, un blog collectif indépendant, dont Slim est l’un des contributeurs, ce dernier aurait indiqué sa position géographique sur Internet via son téléphone, peu après son arrestation. Une capture d’écran, publiée en ligne, indique qu’il se trouvait alors dans les locaux du ministère de l’Intérieur à Tunis. Une information que FRANCE 24 n’a pas pu confirmer.

"Slim ne se cache pas derrière un pseudonyme, il assume ses idées et par conséquent il s’expose à une arrestation, comme ce fût le cas l’année dernière", explique à France24.com, Sami Ben Gharbia, un blogueur tunisien réfugié aux Pays-Bas. En effet, Slim a déjà eu des ennuis avec les autorités. En mai 2010, il avait été interpellé à la veille d’une manifestation contre la censure, dont il était l’un des initiateurs. Il n’avait été relâché qu’après avoir appelé à l’annulation de la marche.

Objectif du régime : bâillonner le Web


Ces interpellations menées par le pouvoir visent d’une part à bâillonner le Web, utilisé par les internautes comme un instrument de mobilisation, et d’autre part à mettre un terme au piratage des sites gouvernementaux, mené par le groupe de hackers militants Anonymous. "Cette cyber-guerre n’est pas nouvelle en Tunisie, le pouvoir a toujours cherché à museler la Toile", affirme Sami Ben Gharbia, fondateur du site d’hébergement de blogs nawaat.org. "L’arrestation des blogueurs peut soit avoir un impact dissuasif sur les internautes, soit déclencher un élan de solidarité en ligne et sur le terrain", poursuit-il.

Outre les blogueurs, les réseaux sociaux sont dans le collimateur de la censure étatique. C'est bien évidemment le cas de Facebook, qui compte près de deux millions d'utilisateurs en Tunisie, et du site de micro-blogging Twitter, où le "hashtag" (mot-clé, NDLR) #sidibouzid, du nom de la ville à l’origine du mouvement, est largement utilisé. Depuis le début du mouvement de protestation, ces sites ont contribué à diffuser les informations sur les évènements qui secouent le pays, inaccessibles dans les médias traditionnels qui sont contrôlés par l’Etat. Mêmes les médias étrangers sont surveillés de près. Selon RSF, certains articles de France 24 étaient inaccessibles ces derniers jours en Tunisie. 

Les internautes doivent contourner la censure

Ces dernières semaines, Tunis a réagi non pas en bloquant l’accès à Facebook, mais en piratant des pages et des comptes du réseau social pour les désactiver en s’emparant des mots de passe des utilisateurs. D'après le site Assabilonline, une centaine de pages individuelles et des groupes hostiles au régime de Ben Ali ont ainsi été désactivées. "À tous les utilisateurs de Facebook et, a fortiori, s’ils se connectent à partir de la Tunisie : ne vous connectez jamais à partir d’une page non sécurisée", recommande ainsi aux internautes tunisiens le site nawaat.org, qui explique par ailleurs comment procéder pour contourner la censure.

Par ailleurs, selon l'organisation de défense de la liberté de la presse RSF, qui a classé le pays parmi les "ennemis d'Internet", il est impossible "depuis quelques jours, de télécharger des photos et des vidéos sur Facebook depuis la Tunisie".

Première publication : 07/01/2011

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