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Quand les Dieux se penchent sur l'épiscopat de la Sainte-Trinité

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 10/01/2011

Port-au-Prince cache bien ses merveilles. Il suffit parfois d'un coup de chance ou d'une rencontre fortuite pour qu'un coin de paradis s'offre au visiteur. Petit détour par la cour de l'épiscopat de la Sainte-Trinité.

En arrivant à Port-au-Prince, sur le tarmac de l'aéroport, j'avais échangé quelques mots avec un homme dont le sac contenait un violon. Un musicien français de l'orchestre de Stuttgart qui venait dispenser, une semaine durant, des cours de violoncelle à de jeunes Haïtiens. Quelques jours plus tard, je me suis vaguement rappelé de l'adresse qu'il m'avait alors indiquée : le quartier de l'Église de la Sainte-Trinité. J'y ai traîné mes chaussures poussiéreuses samedi après-midi, un peu par hasard, un peu par curiosité.

J'y ai vécu un moment de grâce. J'aurais pu jurer que toute la sérénité, toute l'harmonie et toute la paix du monde s'étaient donné rendez-vous dans la cour de l'épiscopat de la Sainte-Trinité, où une trentaine de jeunes musiciens ont joué la 7e symphonie de Beethoven, sous la direction du père David César. Un havre de paix en plein cœur de la chaotique capitale haïtienne.

Les instruments n'étaient pas tout à fait accordés, une fausse note fusait de temps en temps et l'ensemble, parfois, s'interrompait après une mesure ratée, mais, qu'importe, la magie opérait. Pendant deux heures, cette cour est devenue un coin de paradis, un endroit élu par les Dieux. Deux petites heures divines volées au tumulte de la ville, loin de la poussière et de la misère.

Malheureusement, les Dieux haïtiens ont le sens de l'équité. Pour un petit coin de paradis, un moment d'enfer. La grâce n'a malheureusement pas touché la discothèque qui jouxte l'hôtel où nous logeons. La nuit, les baffles y crachent du kompas agressif et des reprises douteuses de morceaux déjà peu gracieux dans leur version originale. Les boules Quiès n'y font rien. Je passe donc de Beethoven à "Barbie Girl" remixé façon haïtienne. C'est dur. Il est 2 heures 30 à Port-au-Prince, 8 heures 30 à Paris. La nuit va être longue.
 

Première publication : 09/01/2011

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