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L'orchestre du père David César, un instant de grâce dans le chaos haïtien

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 11/01/2011

Après l'effondrement, il y a un an, de l'église de la Sainte-Trinité qui se dressait en plein cœur de Port-au-Prince, les répétitions de l'école de musique de l'épiscopat ont repris en plein air. Instants magiques.

Courir les rues de Port-au-Prince par une moite après-midi de janvier, s'imprégner du bruit, de la chaleur, de la pollution et de la foule, puis rejoindre l'église de la Sainte-Trinité, s'asseoir sous le préau et attendre que la magie opère. C'est dans cette enceinte que répète l'école de musique de l’épiscopat. Dès les premières notes, le spectateur oublie tout. Les ruines, la ville, les soucis. Le magicien ? Le père David César, maître des lieux. L’homme manie l'humour comme sa baguette de chef d'orchestre, avec légèreté et désinvolture. Il rit à gorge déployée, d'un rire sonore qui résonne sur le carrelage.

Son orchestre est à son image : un peu bordélique, sans fioritures mais d'un charme fou. Les musiciens répètent le deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven. La mélodie prend aux tripes malgré les quelques fausses notes. Elle se mélange à la rumeur de la ville qui entoure l'épiscopat. Depuis plusieurs jours, les répétitions vont bon train : l'orchestre doit jouer en public le 12 janvier, jour anniversaire du séisme.

Répétitions en plein air

Onze cloches intactes ont été récupérées dans les ruines de l'église épiscopale de la Sainte-Trinité. (crédit photo G. Le Roux / France24.com)

L'épiscopat a subi de lourdes pertes matérielles pendant le tremblement de terre qui a secoué Haïti l’an dernier. De l'église, il ne reste plus que quatre murs effrités. Onze cloches intactes ont été récupérées et entreposées derrière ce qu'il reste du bâtiment. Dès que l’épiscopat aura récolté suffisamment d’argent pour reconstruire l’édifice, elles seront remontées à leur place, dans le clocher.

Le bâtiment de quatre étages qui s'élevait à l'endroit même où l'orchestre répète aujourd'hui, s'est aussi écroulé. Il abritait un auditorium ainsi que les salles de classe de l'école primaire et de l'école de musique. Le père David César était à l'intérieur, avec une quarantaine d'élèves. Quand ils sont sortis, il en manquait deux. "On est retournés les chercher à l'intérieur. Ils étaient vivants, mais coincés sous les décombres", se rappelle l'ecclésiastique.

Ariane, 24 ans, est l'une de ces deux rescapés. Un an plus tard, sous le préau construit à l'endroit même où les murs ont bien failli l'écraser, elle se tient droite et concentrée sur sa partition. Dans l'orchestre, elle est contrebassiste. "La musique, c'est une sorte d'anti-stress, de thérapie pour moi. Je me sens bien quand je joue. La musique, c'est ma vie", déclare la jeune femme, tout sourire.

Un concert pour les rescapés

Elle faisait aussi partie des quelques musiciens qui, deux semaines après le séisme, sont allés jouer sur le Champ-de-Mars de Port-au-Prince. Une idée du père David César destinée à "remonter le moral des gens qui étaient sous les tentes". Au départ, la jeune femme n'était pas vraiment emballée. "Je n’avais pas bien envie d'y aller, je trouvais ça un peu déplacé, se souvient-elle. Mais, finalement, les gens étaient hyper contents. Ils dansaient avec la musique."

Dans les décombres du bâtiment, élèves et professeurs ont pu sauver quelques instruments, récupérer quelques partitions. Dès le mois de mars dernier, les cours ont pu progressivement reprendre. L'épiscopat a reçu du matériel et des instruments venant des quatre coins du monde. Et les musiciens étrangers, invités tous les étés à se rendre à la Sainte-Trinité, n'ont pas cessé leurs visites.

Les élèves, en revanche, sont bien moins nombreux. "Avant le tremblement, 1 500 jeunes fréquentaient les écoles de l'épiscopat [une annexe se trouve à Pétionville, un quartier de Port-au-Prince]. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 800", assure le prêtre, soudain grave. "Il y a eu un tel exode : les enfants sont partis en province", assure-t-il, évoquant avec pudeur ses élèves disparus.

Son orchestre est son plus beau pied de nez à la catastrophe et au chaos qui a suivi. Un orchestre, se plait-il à dire, "est un exemple d'harmonie, de discipline et de tolérance : on ne joue pas la même chose, on ne joue pas le même instrument et pourtant, on réussit à produire quelque chose de beau."


 

Première publication : 10/01/2011

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