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Afrique

"L'opération militaire est la moins mauvaise solution pour sauver les otages"

Vidéo par Stéphanie DE SILGUY

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 10/01/2011

Après l'enlèvement et la mort de deux otages français au Niger, la France réaffirme sa "détermination" face au "terrorisme". Paris semble désormais clairement privilégier la force plutôt que la négociation pour faire face aux prises d'otages.

Après l'enlèvement vendredi soir de deux Français à Niamey, au Niger, Paris a lancé samedi une opération militaire conjointe avec les forces nigériennes pour tenter de les libérer et d'intercepter leurs ravisseurs. Les deux otages, Antoine de Léocour et Vincent Delory, ont toutefois été tués. En l'absence de revendication, les autorités françaises privilégient la piste d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), également responsable de l'enlèvement de sept otages, dont cinq Français, mi-septembre au Niger.

En juillet dernier déjà, les forces armées françaises, en collaboration avec les forces mauritaniennes, avaient lancé une opération militaire contre une base d'Al-Qaïda au Mali. 

Selon Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et ancien général de brigade aérienne, l'intervention militaire est "la moins mauvaise solution" pour faire face aux prises d'otages dans le Sahel. 

 

Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'IRIS

France24.com : Peut-on parler d'un changement de stratégie de Paris, qui privilégierait désormais l'affrontement direct avec Aqmi plutôt que la négociation ?

Jean-Vincent Brisset : Depuis l'enlèvement des cinq Français d'Areva et Satom au Niger en septembre, la France s'est vraiment donnée les moyens de réagir. Cela a commencé au moment de l'enlèvement de Michel Germaneau [un humanitaire français enlevé en avril au Niger par Aqmi et décédé en juillet, ndlr], mais la France n'avait pas encore de moyens suffisants. Aujourd'hui, nous disposons de forces spéciales, d'avions pour la détection, d'hélicoptères pour transporter les gens très rapidement et surtout de consignes claires, ce qui manque très souvent aux militaires. La consigne, c'est que si on pense qu'il y a une chance de récupérer les otages, on y va. 

France24.com : Est-ce la bonne solution en cas de prises d'otages ?

Jean-Vincent Brisset : Oui, agir le plus vite possible est une stratégie tout à fait viable. L'expérience montre que si on réagit très vite, on a plus de chances de récupérer les otages vivants que si on attend. 

France24.com : Quelle expérience ? Dans le cas de Michel Germaneau et des deux Français enlevés à Niamey, les opérations militaires se sont soldées par la mort des otages...

Jean-Vincent Brisset : Quand on réussit à récupérer des otages très rapidement, on préfère ne pas le médiatiser et on essaie de ne pas en parler. J'ai un cas en tête, qui se déroulait dans un contexte semblable, mais je ne peux pas vous en dire plus. Ce n'est pas la peine d'en parler ; les preneurs d'otages, eux, sont au courant. Concernant Michel Germaneau d'ailleurs, on ne sait pas bien s'il a été tué à cause de l'opération militaire. Selon certaines théories, il était déjà mort à ce moment-là.

L'intervention militaire est la moins mauvaise des solutions. Les rançons encouragent de nouvelles prises d'otages. D'autant que dans le Sahel, il s'agit très souvent d'enlèvements à deux étages : les otages sont d'abord kidnappés par des mafieux, qui les revendent ensuite à Aqmi. Et Aqmi fait payer des rançons pour pouvoir acheter ces otages. Médiatiser les prises d'otages, en parler tous les jours comme c'est le cas pour les deux journalistes en Afghanistan, augmente le nombre d'otages ainsi que leur valeur, leur prix. D'ailleurs, en France, des rançons ont pu auparavant être payées. 

France24.com : Ne peut-on pas négocier avec Al-Qaïda au Maghreb islamique ?

Jean-Vincent Brisset : Que pourrait-on négocier ? Le fait de libérer des prisonniers, de payer des rançons ou de leur donner des armes ?

France24.com : Nos moyens sont-ils suffisants pour cette stratégie ?

Jean-Vincent Brisset : Les ravisseurs potentiels ne sont que quelques dizaines d'hommes. Nous n'avons donc pas besoin de milliers de soldats, mais plutôt d'hélicoptères, de moyens de communication, de surveillance, d'une bonne coordination du renseignement avec le Mali ou le Niger... ... Ce sont des aspects techniques plus qu'humains, et nous sommes assez au point là-dessus. Ce week-end, nous avons mené une opération impliquant plusieurs pays [les forces spéciales françaises et les forces nigériennes], et notre avion de surveillance Atlantique-2 a réussi à repérer les ravisseurs.

Nous nous sommes donnés les moyens militaires d'intervenir contre Aqmi ; le mieux serait bien sûr de ne pas avoir à les utiliser. Comment ? Étant donnés les revendications et l'extrémisme d'Aqmi, cela passe par une solution très brutale. Il faut que ces hommes ne puissent plus agir. Je ne connais pas de rébellion de ce genre qui ait duré indéfiniment. D'autant plus que la France n'est pas la seule à souhaiter mettre fin aux activités d'Aqmi. En Algérie ou au Maroc, le mouvement a déjà largement perdu du terrain.

  

Première publication : 10/01/2011

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