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Afrique

Vives tensions à Tunis avant l'annonce d'un nouveau gouvernement

Vidéo par Virginie HERZ , Noreddine BEZZIOU , Khalil BECHIR

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 17/01/2011

De violents affrontements ont opposé dimanche soir l'armée tunisienne à des fidèles du chef de l'État déchu Ben Ali. Le Premier ministre tunisien a annoncé sur FRANCE 24 que la composition du nouveau gouvernement sera dévoilée ce lundi.

Dimanche, en début de soirée, alors que le couvre-feu était en vigueur, de violents affrontements ont opposé à Tunis des militaires tunisiens et des fidèles de l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.

L'armée tunisienne a donné l'assaut au palais présidentiel de Carthage où sont retranchés des éléments de la garde présidentielle du chef de l'État déchu. Des combats ont eu lieu au sein même du  palais.

Dans une interview diffusée dimanche sur FRANCE 24, le Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, a annoncé que "la liste définitive" des membres du gouvernement allait être dévoilée ce lundi. "Les partis d'opposition ont accepté d'intégrer ce gouvernement", a-t-il précisé. Ce qui "permettra d'avoir réellement un gouvernement d'union nationale" susceptible d'"accélérer le processus de réforme."

Mohammed Ghannouchi, Premier ministre tunisien

Un peu plus tôt dans la soirée, l'agence de presse Reuters annonçait l'entrée de trois dirigeants de l'opposition tunisienne au gouvernement : Ahmed Néjib Chebbi, chef de file du Parti démocratique progressiste (PDP), en tant que ministre du Développement régional ; Moustafa Ben Jaafar, président du Forum pour le travail et la liberté, à la Santé tandis qu'Ahmed Ibrahim, du parti Ettajdid, récupère le portefeuille de l'Enseignement supérieur.

"Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive"

"Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive" seront associés au processus politique, a promis samedi Fouad Mebazaa. Président du Parlement, celui-ci a été désigné samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel en vertu de l'article 57 de la Constitution, et a prêté serment.

Le Parti communiste des ouvriers et le parti islamiste tunisien Ennhadha, officiellement interdits dans le pays, n'ont pourtant pas été convoqués ce dimanche au Palais du gouvernement. "Nous ne reconnaîtrons pas le gouvernement d'union nationale, a prévenu sur FRANCE 24 Hamma Hammami, président du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), interdit dans le pays. Ce sera la continuité du régime de Ben Ali sans Ben Ali, avec simplement un décor démocratique plus large."

Depuis Londres, où il vit en exil, le chef du parti Ennhadha, Rached Ghannouchi (sans lien de parenté avec le Premeir ministre), s'était lui déclaré favorable à la formation d'un cabinet d'union samedi, indiquant qu'il préparait son retour au pays dans les prochains jours.

"Zine El-Abidine Ben Ali a laissé un État en gravats, a expliqué sur FRANCE 24 Majid Bouden, président de l'association des avocats en droit international. Il n'y a pas d'institution, pas d'État de droit, pas de parti politique structuré... Il faut préparer la transition."

Une journée de tensions et d'arrestations

"Il y a comme une ambiance de chasse aux sorcières", explique Virginie Herz, envoyée spéciale de FRANCE 24 à Tunis, qui dit avoir assisté, dimanche, à plusieurs arrestations en pleine rue.

SITUATION DIMANCHE À 18h

Principale interpellation : celle de l'ancien chef de la sécurité de Ben Ali, le général Ali Sériati. Ce dernier a été arrêté dans le sud du pays, alors qu'il tentait de fuir en Libye, après que le tribunal de Tunis a lancé un mandat d'arrêt contre lui et ses collaborateurs. Selon une source officielle, une information judiciaire a été ouverte pour "complot contre la sécurité intérieure de l'État, incitation à commettre des crimes et à s'armer et provocation au désordre". Cet homme-clé de l'appareil sécuritaire du président déchu pourrait avoir agi dans l’ombre des milices qui provoquent depuis plusieurs jours des incidents dans le pays.

Kaïs Ben Ali, neveu de l'ancien président, a lui aussi été arrêté. L’armée l’a interpellé dans la nuit de samedi à dimanche à Msaken (centre), avec dix autres personnes qui "tiraient en tous sens", selon des témoins cités par l’AFP, à bord de véhicules de police pour semer la panique.

Dimanche soir, dans une déclaration téléphonique à la télévision publique, le Premier ministre a averti que les autorités de transition ne feraient preuve d'"aucune tolérance" envers ceux qui sèment le chaos dans le pays.

Un couvre-feu allégé dimanche

Des badauds avaient tout de même recommencé à circuler dimanche, dans la journée, sur l'avenue Bourguiba, en plein centre de Tunis. En début d’après-midi, des tirs nourris ont retenti dans le centre de Tunis, non loin du ministère de l’Intérieur. Un peu plus tôt, des tirs ont été échangés devant le siège d'un parti d'opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP). Un groupe d'individus cachés dans un immeuble a ouvert le feu sur des policiers qui fouillaient un taxi en stationnement dont les occupants étaient armés. Plusieurs personnes ont été arrêtées, dont deux étrangers. Aucun blessé n’était à signaler.

"Tout le monde est presque sûr que ces fauteurs de troubles sont essentiellement d'anciens cadres de la sécurité proches de Zine el-Abidine Ben Ali, affirme sur FRANCE 24 Hamma Hammami. Ils sèment la terreur pour que les Tunisiens cessent leur lutte pour un changement démocratique. Ils circulent dans des voitures de locations et sont armés."
Selon une source officielle, citée par l'agence TAP, le couvre-feu en vigueur dans le pays a toutefois été allégé d'une heure, à compter de ce dimanche, "en raison d'une amélioration de la sécurité". Il sera désormais levé à 5 heures, heure locale, au lieu de 6 heures.

Imed Trabelsi, neveu de Ben Ali, a été "poignardé"

Zine el-Abidine Ben Ali, qui a quitté précipitamment la Tunisie vendredi soir, est toujours réfugié à Jeddah, en Arabie saoudite. Imed Trabelsi, l'un des neveux de sa femme Leïla, est décédé vendredi. Un membre du personnel de l'hôpital militaire de Tunis a simplement précisé qu'il avait été poignardé. Cet homme d'affaires aux méthodes décriées avait fait fortune dans l'immobilier et la grande distribution. La mainmise du clan de Leïla Trabelsi, seconde épouse de l'ancien président, sur des pans entiers de l'économie du pays a été largement dénoncée au cours des manifestations qui ont conduit à la fuite de Ben Ali.

D'autres proches du président déchu, dont sa fille Nesrine, se trouvaient encore en France samedi mais n'avaient "pas vocation à rester", selon le porte-parole du gouvernement, François Baroin, qui s'exprimait sur les ondes de la radio France Info.

Si la majorité des dirigeants arabes ont réagi avec prudence au départ du président tunisien, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi lui a en revanche apporté un soutien appuyé samedi. "Zine el-Abidine Ben Ali est toujours le président légal de la Tunisie", a-t-il déclaré.

Première publication : 16/01/2011

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