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Afrique

Le médiateur de l'UA brandit la menace de sanctions financières

Vidéo par Jonathan WALSH

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 20/01/2011

Après l'échec de sa mission en Côte d'Ivoire, le Premier ministre kényan, Raila Odinga, menace de frapper le camp Gbagbo de sanctions économiques. Tout en défendant l'idée d'une intervention militaire dans le pays.

"Le temps est compté pour un règlement à l’amiable de la crise", a déclaré, mercredi, Raila Odinga, Premier ministre kényan et médiateur de l’Union africaine (UA) dans la crise ivoirienne, après l'échec de sa médiation. "Si M. Gbagbo ne prend pas en compte les différentes propositions qui vont lui être faites, la fenêtre des négociations va se refermer bientôt et nous allons passer à une autre étape", a ajouté le Kényan, avant d'évoquer des "sanctions économiques et financières… qui pourront être complétées par l'usage légitime de la force."

Raïla Odinga, Premier ministre kényan
(00:59)

Offre de dialogue

Vers un assèchement des finances ?

Pour l'heure, Laurent Gbagbo a les moyens d’assurer l’autonomie de son gouvernement. Le président ivoirien sortant aurait réussi, la semaine passée, à "sortir 70 milliards de francs CFA [106 millions d'euros] via la Banque centrale", croit savoir le quotidien français "Le Figaro". Un chiffre qui correspond grosso modo à ce que son gouvernement dépense chaque mois pour payer ses fonctionnaires et ses militaires. Laurent Gbagbo garde également le contrôle des prélèvements fiscaux et douaniers ainsi que celui des secteurs lucratifs du cacao et du pétrole.

De leur côté, les autorités helvètes ont décidé, mercredi, de geler les avoirs que le président sortant pourrait détenir en Suisse. Dès la fin du mois de décembre, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avait quant à elle bloqué l'accès aux comptes de l'État détenus par la banque centrale régionale. Les chefs d'État de l'organisation doivent se rencontrer le 22 janvier, à Bamako, pour évoquer la crise ivoirienne.

Vers une intervention militaire ?

Quant à une opération militaire de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), elle n’a jamais cessé d’être à l’ordre du jour des discussions. Dans une interview accordée au journal français "La Croix", Alassane Ouattara assure qu'une intervention "déjà prévue" et "organisée" sera "programmée". "C'est pour cela que les chefs d'état-major des pays de la Cédéao se sont réunis mardi à Bamako", affirme le président reconnu par la communauté internationale. Matthieu Mabin, envoyé spécial de FRANCE 24 à Abidjan, se veut plus prudent. "L’option militaire est très complexe. Elle n’est pas autant encouragée par les membres de la Cédéao qu’elle ne l’était au départ."

De fait, la menace d’une intervention militaire semble davantage servir d’instrument de pression sur Laurent Gbagbo. "Nous craignons d'être à la veille d'événements qui pourraient être très néfastes, très destructeurs, explique Edward Luck, conseiller spécial pour la protection des populations aux Nations unies. Mais nous n'en sommes pas encore là. Il est toujours temps pour les différentes parties de montrer de la retenue, de faire marche arrière."

Charles Blé Goudé, leader historique des Jeunes patriotes acquis à la cause de Laurent Gbagbo, n'en demeure pas moins sur la défensive. "Nos jeunes ont, pendant plus de dix jours, combattu les avions français et fait face aux chars français. Vous voulez les effrayer avec les chars sénégalais ? Les effrayer avec les chars béninois ? Les effrayer avec les chars nigérians ?" a-t-il lancé-t-il lors d’un meeting auquel FRANCE 24 a pu assister (voir reportage ci-contre).

Vers un rôle accru de l'ONU ?

Mercredi, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté l’envoi de 2 000 casques bleus en renfort aux 10 000 soldats déjà sur place en Côte d’Ivoire. Cette mesure ne sera effective que dans 100 jours. "Il sera intéressant d’observer quelles seront les nations qui vont envoyer des troupes. La teneur du message variera considérablement en fonction" de ces données, analyse Matthieu Mabin. On s’attend à ce que ce soit des pays de la Cédéao, mais verra-t-on des troupes européennes et - pourquoi pas - américaines ? Ce serait le signe que la communauté internationale s’implique de nouveau dans le conflit ivoirien."

Ces 2 000 casques bleus ont pour mission première de protéger les civils. Ils viendront également prêter main forte aux 800 hommes qui gardent l’hôtel du Golf, à Abidjan, où Alassane Ouattara s’est réfugié avec son gouvernement.

Vers un "pourrissement" de la crise ?

Malgré l'échec de sa médiation, Raila Odinga demeure en contact avec les autorités du Burkina Faso avec qui il souhaite évoquer la suite à donner à sa mission. Une mission récusée par le camp Gbagbo. "M. Odinga a failli à sa mission et nous ne sommes plus prêts à le recevoir ici en Côte d'Ivoire, a déclaré Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères de Laurent Gbagbo, pour qui le Premier ministre kényan œuvre surtout pour les intérêts d’Alassane Ouattara.

Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères de Laurent Gbagbo
(01:01)

Malgré son échec, le médiateur de l’UA veut encore croire à l'utilité de sa mission. Dans une Afrique où, en 2011,  "dix-sept pays [...] doivent organiser des élections, on ne peut pas accepter que quelqu'un qui a perdu une élection puisse vouloir s'imposer par la force", rappelle-t-il. Il est "important pour l'Afrique de cultiver et de promouvoir la culture de la démocratie".

Pour sa part, le président retranché à l’hôtel du Golf a tout intérêt à ce que cette mission de l'organisation continentale se poursuive. "Alassane Ouattara souhaite que les émissaires de l’UA continuent de venir en Côte d’Ivoire", explique Matthieu Mabin. "Ne serait-ce que pour continuer de faire parler de lui. Ce qui menace aujourd’hui Ouattara, c’est l’oubli."

Jean-Marie Kacou Gervais, ministre des Affaires étrangères d'Alassane Ouattara
(01:00)

Première publication : 20/01/2011

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