Dernière modification : 24/01/2011 

- Affaire Mediator - Industrie pharmaceutique - Santé


Autopsie d'un scandale

Le Magazine de la santé propose ce week-end une édition spéciale Mediator avec Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest et premier médecin à avoir tiré la sonnette d’alarme sur les dangers de ce coupe-faim. Focus sur un scandale sanitaire responsable de la mort d'au moins 500 personnes.

Par Jennifer KNOCK

Le scandale du Mediator a provoqué une onde de choc dans le système sanitaire français. Prescrit à des diabétiques de 1976 à novembre 2009, produit par le laboratoire Servier, ce médicament a également été utilisé comme coupe-faim par des patients en surpoids. Il est aujourd’hui accusé d'être à l'origine de 500 à 2 000 décès et de graves lésions cardiaques chez des milliers de malades.

Le Magazine de la santé propose, ce week-end, une édition spéciale Mediator, à laquelle participent Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest et premier médecin à avoir tiré la sonnette d’alarme sur les dangers du médicament, et Philippe Even, professeur et président à l’Institut Necker, à Paris, pourfendeur du système médical français.

Tous deux reviennent sur l’histoire d’un médicament "extrêmement dangereux", dont la nocivité était connue depuis une dizaine d’années.

Leur témoignage prend la forme d’un long réquisitoire contre les laboratoires pharmaceutiques, en particulier contre Servier, qu’ils accusent d’avoir menti depuis que l’affaire fait la une de la presse.

Poison

Servier présente le Mediator comme un anti-diabétique sans dangers. Faux, rétorque Irène Frachon, qui se bat depuis des années pour que la nocivité du Mediator soit reconnue. Selon elle, le Mediator ressemble énormément à l’Isoméride, un coupe-faim interdit en 1997. Les deux médicaments génèrent le même poison, la molécule norfenfluramine, un dérivé de l’amphétamine, responsable de dysfonctionnements des valves du cœur ou encore d’hypertension artérielle pulmonaire, une affection particulièrement lourde nécessitant parfois une greffe des poumons. Si l’un a été retiré du marché, l’autre, aux conséquences identiques, est resté en vente jusqu'en 2009.

En dépit des multiples alertes lancées par Irène Frachon, les laboratoires Servier et l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ne réagiront pas. Un comportement qui pose le problème du conflit d'intérêt entre experts de la santé et laboratoires pharmaceutiques. L'Afssaps est financé à hauteur de 80 % par ces derniers.

Aujourd’hui, le docteur Frachon est toujours aux côtés de ses patients pour mener un combat qui s’annonce très long contre un laboratoire pharmaceutique qui refuse d’endosser sa responsabilité.
 


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