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Moyen-orient

Le nouveau Premier ministre Najib Mikati "a le profil d'un médiateur"

©

Texte par Caroline DELABROY

Dernière modification : 26/01/2011

Pour le politologue libanais Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, le profil et les réseaux du nouveau Premier ministre, soutenu par le Hezbollah, pourraient favoriser la formation d'un gouvernement accepté par tous.

Appuyé par le puissant mouvement chiite Hezbollah, le milliardaire Najib Mikati a été chargé, mardi, de former un nouveau gouvernement libanais. Cette nomination est consécutive à la chute du cabinet de Saad Hariri, provoquée par la démission, le 12 janvier, des ministres du camp du Hezbollah.

Le parti islamiste, soutenu par l’Iran et la Syrie voisine, manifestait ainsi son hostilité à l'enquête du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé de juger les responsables de l'assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le père de Saad Hariri.

Pour le politologue libanais Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, une seconde phase de négociations s’ouvre au Liban et devrait durer plusieurs semaines avant la formation d'un gouvernement acceptable par tous.
 


 

FRANCE 24 - Najib Mikati, qui est soutenu par le Hezbollah, a été chargé, mardi, de former un nouveau gouvernement au Liban. Quelles sont ses chances de mener à bien sa mission ?

Paul Salem - Najib Mikati est un bon choix. Il a le profil d’un médiateur et bénéficie de nombreux réseaux et connaissances. Il a surtout la confiance de plusieurs leaders et partis du Liban. Le pays entre à présent dans une phase de contacts politiques, de discussions qui vont prendre plusieurs semaines. Najib Mikati a l’intention de parler avec tous les partis et avec les États de la région. Il va prendre son temps pour trouver une solution négociée et un gouvernement qui soit acceptable par tous.

 

F24 - Peut-il former un gouvernement sans l'ancien Premier ministre Saad Hariri ?

P. S. - Il existe deux options pour que les conditions d’un gouvernement acceptable par tous soient réunies. La première consiste en une formation d’union nationale avec le mouvement du 14-Mars de Saad Hariri, mais cette possibilité ne semble plus d’actualité. Sur ce point-ci, le Hezbollah a été clair : il ne patientera pas plus longtemps sur la question du Tribunal spécial pour le Liban [dont il souhaitait que Saad Hariri s’engage à rejeter les conclusions, ndlr].

Une autre option serait de constituer un gouvernement avec le mouvement du 8-Mars, dirigé par le Hezbollah, et de nombreuses personnalités indépendantes et technocrates crédibles, à l’image de ce qu’est Mikati finalement.

F24 - L'Arabie saoudite, qui a soutenu le camp de Saad Hariri, a fini par abandonner ses efforts de médiation. Est-ce à dire qu'elle l'a lâché ?

P. S. - L’Arabie saoudite ne l’a pas laissé tomber. Elle a d'ailleurs soutenu les manifestations organisées ces deux derniers jours en faveur de Saad Hariri. Les dirigeants saoudiens ont compris qu’ils avaient perdu un premier round, mais pas forcément la partie. L’histoire continue. S’il n’y a pas moyen, aujourd’hui, que Saad Hariri occupe le poste de Premier ministre, il peut en aller différemment plus tard, surtout si la rue sunnite le réclame comme leader.

D’autant que sa position actuelle n’est pas forcément inconfortable. En tant que chef du gouvernement, il lui était très difficile, sur la question du TSL, de faire des concessions au Hezbollah. Il est possible qu’avec Mikati le mouvement chiite se montre plus souple. Le débat sera en tout cas moins "noir et blanc", moins tranché.

Première publication : 26/01/2011

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