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Le Caire, capitale en état de siège

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 29/01/2011

Arrivés vendredi dans la capitale égyptienne, les envoyés spéciaux au Caire de FRANCE 24 ont débarqué dans une ville sillonnée par des cortèges de manifestants se heurtant aux forces de l'ordre. Récit.

Hôtel cerné, téléphones portables inutilisables faute de réseau, connexion internet et téléphones fixes inopérants... Notre arrivée au Caire ne fut pas de tout repos. Et pour cause : l'Égypte est en ébullition. Galvanisés par l'exemple tunisien, les Égyptiens réclament, depuis mardi, le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Dans l'enceinte de l'aéroport international du Caire où nous avons atterri à 15 heures (GMT+2), tout paraît pourtant presque normal. Un flot continu de touristes insouciants et pressés de découvrir les richesses archéologiques égyptiennes s'écoule, comme à l'accoutumée...

Plus Le Caire se rapproche, plus l'ambiance se tend

Après avoir trouvé un taxi, nous prenons la direction de notre hôtel situé au cœur de la capitale égyptienne. Au bout de quelques kilomètres, la ville se dessine au loin. Mais à travers le pare-brise de la vieille - mais toujours solide - Peugeot grise qui nous transporte, on distingue déjà plusieurs nuages de fumée au-dessus des immeubles. Plus loin, à quelques centaines de mètres, des dizaines de gendarmes apparaissent de chaque côté de la chaussée. Puis, une unité lourdement équipée déployée autour d'une mosquée d'Héliopolis, une commune de la proche banlieue du Caire. Au fur et à mesure que nous avançons, l'ambiance se tend.

Sous nos yeux, des automobilistes abandonnent momentanément leur véhicule et se ruent pour filmer avec leurs téléphones portables ce qu'il se passe sous le pont que nous traversons. La rumeur se fait plus précise, une clameur monte des rues adjacentes. Nous sommes désormais au Caire. Les premiers manifestants surgissent sous nos yeux. Jeunes, voire très jeunes, ils se rassemblent par petits groupes. Et défient, par leur simple présence, les forces de l'ordre qui leur font face. Des tirs de gaz lacrymogènes étouffent l'atmosphère et éloignent momentanément les manifestants qui tentent de protéger leurs yeux, tant bien que mal.

Le hall de l'hôtel sombre dans le chaos

Notre chauffeur, qui roule à toute allure, finit par perdre son sang-froid en constatant que toutes les voies menant à notre hôtel sont bloquées. Soit par des manifestants, soit par des policiers en civil armés de grands bâtons. À plusieurs reprises, nous nous trouvons, le temps de quelques secondes, au milieu du face-à-face. Après avoir roulé à contresens sur l'autoroute à la demande expresse de la police, nous abandonnons notre taxi et rejoignons à pied notre hôtel, distant de quelques centaines de mètres. Arrivés au pas de course en bas de l'imposant bâtiment, nous constatons qu'il est encerclé par des manifestants de tous âges.

Un voiturier nous hèle et nous invite à pénétrer dans l'immeuble, tout en s'excusant des circonstances de notre arrivée. Surréaliste... Alors que nous tentons de régler les formalités d'arrivée, un mouvement de foule se répand dans le hall de l'hôtel. Chargés par la police, les manifestants aperçus quelques instants auparavant cherchent à s'abriter dans l'édifice. Cris, bris de vitres et explosion. Choquée, une touriste s'évanouit avant d'être évacuée par des employés de l'hôtel. Quelques secondes plus tard, les gaz lacrymogènes s'invitent dans l'établissement. L'hôtel Ramsès suffoque. La confusion s'installe, les manifestants se retirent après quelques dizaines de minutes. C'est à ce moment là qu'un groom, masque à gaz sur le visage, nous indique que nous pouvons rejoindre nos chambres. Il est 17 heures. Une heure plus tard, les autorités égyptiennes, dépassées par la colère de la rue, décrètent le couvre-feu...

Première publication : 29/01/2011

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