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Santiago ouvre une enquête pour la première fois sur la mort d'Allende

Texte par Dépêche

Dernière modification : 28/01/2011

La justice chilienne va se pencher sur les circonstances de la mort du chef d'État Salvador Allende, renversé lors du putsch du général Augusto Pinochet en 1973. Une autopsie avait conclu qu'il s'était suicidé, ce dont doutent de nombreux Chiliens.

AFP - La justice chilienne a annoncé jeudi l'ouverture d'une première enquête sur les circonstances de la mort du président Salvador Allende, décédé durant le coup d'Etat du général Augusto Pinochet qui a renversé son gouvernement de gauche, le 11 septembre 1973.

"Il faudra voir s'il y a eu ou non suicide et dans quelles circonstances", a indiqué une source judiciaire, qui a requis l'anonymat.

Salvador Allende, élu président du Chili en 1970 à la tête d'une coalition de gauche, est mort par balle dans le palais présidentiel, bombardé par l'armée de l'air, pendant le putsch mené par le général Pinochet. Il avait 65 ans.

Une autopsie a conclu qu'Allende s'était suicidé, mais ses résultats sont contestés par certains secteurs politiques et des organisations de défense des droits de l'homme.

"La justice va enquêter sur ce qui n'a pas fait l'objet d'investigations", a simplement indiqué le procureur de la Cour d'appel, Beatriz Pedrals.

C'est elle qui a ouvert mercredi une procédure dans cette affaire et dans 725 autres cas de violations des droits de l'homme sous la dictature (1973-1990), jusqu'ici jamais traités faute de plaintes.

"L'an passé, les listes des victimes du rapport Rettig (de la commission nationale Vérité et Réconciliation) ont été révisées et cette information a été recoupée avec les plaintes déposées jusqu'ici. On a alors vu que de nombreux cas n'avaient pas fait l'objet de procédures", a expliqué le pouvoir judiciaire.

Le juge chargé de coordonner ces dossiers a donc demandé au procureur Pedrals de déposer plainte à la place des victimes de la dictature, qui s'est soldée par 3.150 tués ou disparus et 28.000 cas de torture.

A l'heure actuelle, 560 anciens militaires sont poursuivis pour des crimes commis sous le régime militaire.

Les dossiers ouverts mercredi correspondent à des cas de détenus disparus et de morts "quelle que soit la raison", a expliqué la magistrate. Il peut par exemple s'agir de personnes tuées par une balle "perdue" lors d'une manifestation.

"Il faut enquêter sur tous les crimes. Nous parlons de plus de 700 cas qui n'ont jamais fait l'objet d'une enquête, et notamment de celui d'Allende, ce qui donne davantage de poids" à la procédure, a réagi Lorena Pizarro, présidente de l'Association des parents de détenus disparus.

L'arrivée au pouvoir d'Allende avait inquiété les secteurs conservateurs du Chili et les Etats-Unis, qui craignaient que sa "voie chilienne vers le socialisme" ne fasse basculer le pays sud-américain dans le camp communiste.

Washington avait décidé d'agir secrètement avec la CIA, commanditant et soutenant le coup d'Etat contre Allende, qui avait nationalisé les principales ressources du minières du pays, comme le cuivre, à l'époque contrôlées par des multinationales américaines.

Les Etats-Unis ont ensuite longtemps soutenu le régime militaire et sa politique économique, calquée sur les préceptes monétaristes et ultra-libéraux de l'Ecole de Chicago.

Pinochet est décédé en 2006, 16 ans après avoir quitté le pouvoir, sans avoir été jugé.

La veuve d'Allende, Hortensia Bussi, s'était réfugiée au Mexique après le coup d'Etat mais avait continué de combattre la dictature. Elle est elle-même décédée en 2009 à l'âge de 94 ans.

Le couple a eu trois filles, Carmen Paz, Beatriz, qui est décédée, et Isabel, députée socialiste.

 

Première publication : 28/01/2011

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