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Afrique

L'opposant islamiste Ghannouchi à Tunis après 20 ans d'exil

©

Vidéo par Mounia Ben Aïssa

Texte par Dépêche

Dernière modification : 30/01/2011

Rached Ghannouchi, le leader du mouvement islamiste Ennahdha - interdit sous Ben Ali -, effectue son retour au pays ce dimanche après 20 ans passés en exil à Londres. En Tunisie, beaucoup s'interrogent sur les intentions de son parti.

AFP - L'opposant islamiste tunisien Rached Ghannouchi a été accueilli dimanche à Tunis par des milliers de partisans après plus de 20 ans d'exil, un retour test dans la Tunisie de l'après Ben Ali, le président déchu qui avait impitoyablement maté les islamistes au début des années 90.

L'avion qui venait de Londres s'est posé vers 12H30 (11H30 GMT) à l'aéroport de Tunis-Carthage où les forces de l'ordre se faisaient très discrètes.

Rached Ghanouchi est apparu peu après à la foule et a lancé un vibrant "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand) les bras tendus vers le ciel. Ce fut sa seule déclaration avant de se frayer difficilement un chemin vers la sortie de l'aéroport, sans que l'on sache sa destination.

Autour de lui, un cordon de sécurité de membres de son parti coiffés de casquettes blanches tentait de le protéger de la bousculade en criant "ne le touchez pas! ne le touchez pas!". "On n'a pas confiance dans la police", dit un membre du service d'ordre.

Dans le hall du terminal plein comme un oeuf, des milliers de partisans d'Ennahda avaient attendu leur "héros" plusieurs heures. A pleins poumons la foule alternait l'hymne national et de vibrants "Allah Akbar".

Au moment d'abandonner son exil londonien et après avoir posé tout sourire sur fond de drapeau tunisien, le vieux leader était apparu très politique: "Je suis toujours le dirigeant de mon parti. S'il y a des élections libres et équitables, des législatives mais pas la présidentielle, Ennahda y participera".

Sur la nouvelle donne en Tunisie après la chute brutale et la fuite le 14 janvier de Zine El Abidine Ben Ali, Ghannouchi a été assez critique: "Il y a une certaine confusion. Le gouvernement de transition change de ministres tous les jours, n'est pas stable et ses pouvoirs ne sont pas encore clairs", a-t-il jugé en réclamant à nouveau un "gouvernement d'union nationale".

Depuis Londres, Ghannouchi s'était aussi voulu rassurant: "la charia (la loi islamique) n'a pas sa place en Tunisie" et "la peur est uniquement basée sur l'ignorance", qu'il impute à la politique de diabolisation de son mouvement par Ben Ali.

Signe d'une crainte, quelques dizaines de militants pour la laïcité avaient fait le déplacement à l'aéroport, et samedi des centaines de femmes avaient manifesté à Tunis pour défendre l'émancipation acquise depuis plus d'un demi-siècle.

Rached Ghannouchi a fondé en 1981 Ennahda (Renaissance) avec des intellectuels inspirés par les Frères musulmans égyptiens. Il dit aujourd'hui représenter un islam modéré proche de l'AKP turc.

Toléré au début de l'ère Ben Ali en 1987, son mouvement avait été réprimé après les législatives de 1989, où les listes qu'il soutenait avaient recueilli au moins 17% des suffrages. Environ 30.000 militants et sympathisants islamistes avaient été arrêtés dans les années 90.

Ghannouchi avait alors quitté la Tunisie pour l'Algérie, puis Londres. En 1992, il avait été condamné par contumace à la prison à perpétuité pour un complot contre le président.

A peine sur le sol tunisien, la signification de son retour fait débat.

Pour Mohammed Habib Azizi, professeur d'histoire à l'université de Tunis, "ce qui s'est passé en Tunisie ne peut en aucun cas être considéré comme l'oeuvre des islamistes, des nationalistes ou des communistes", dit-il à l'AFP.

A l'aéroport, un syndicaliste de 37 ans, Mohammed Mahfoud, avait en revanche confectionné une pancarte sur la "contribution" d'Ennahda à la "lutte contre la dictature", avec le nombre de prisonniers, d'exilés et de "martyrs".

Première publication : 30/01/2011

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