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Economie

Pourquoi les marchés financiers craignent les troubles en Égypte

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 31/01/2011

La révolte contre le régime de Hosni Moubarak fait craindre aux marchés financiers une flambée du prix du pétrole et des matières premières. Les autorités égyptiennes ont dû assurer que le trafic sur le canal de Suez n’était pas affecté.

Les troubles en Égypte commencent sérieusement à inquiéter les marchés. Lundi matin, la bourse de Tokyo perdait 1,2 % et celle de Paris perdait à l'ouverture 1,12 %. Pourtant, comme le rappelle le New York Times lundi, la bonne santé du marché financier new-yorkais n’avait été affectée ni par la crise de la zone euro, ni par les bisbilles commerciales entre les États-Unis et la Chine. Alors pourquoi l’Égypte ?

C’est le grand retour du spectre de la flambée de l’or noir. Lundi matin, le cours du baril de brut à Londres frôlait la barre symbolique des 100 dollars (99,33), un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis octobre 2008. Pourtant, l’Égypte n’est que le 30e producteur mondial de pétrole. Mais le canal de Suez joue un rôle régional important dans le transport. "Un cargo sur six transporte du pétrole", indique à FRANCE 24 Céline Antonin, spécialiste des marchés de l'énergie à l’OFCE-Science Po.

Tous les jours, près de 2 millions de barils de brut transitent par ce canal. Certes, cela ne représente que 2 % de la production mondiale, mais "les prix sont calculés en fonction de l’offre en plus ou en moins par rapport à la situation antérieure", précise Céline Antonin. Surtout, le pétrole qui passe par le canal de Suez est principalement destiné à l’Europe et aux États-Unis. Les autorités égyptiennes se sont voulues rassurantes lundi. Elles ont affirmé que le trafic n’était pour l’heure absolument pas affecté par les manifestations.

Le risque algérien

Le risque de contagion à des pays de la région autrement plus importants sur le marché du pétrole, comme l’Arabie saoudite ou l’Iran, donne également des sueurs froides aux analystes financiers. "Pour éviter des troubles sociaux, ces pays pourraient être tentés d’augmenter leurs dépenses sociales et ensuite de les répercuter sur les prix du pétrole", craint ainsi un spécialiste du pétrole chez Goldman Sachs dans le Wall Street Journal.

"Il ne faut pas non plus oublier des pays d’Afrique du Nord comme l’Algérie dans l’équation", rappelle Céline Antonin. Si le régime d’Abdelaziz Bouteflika était également ébranlé, la flambée des prix pourrait s’accélérer. L’Algérie produit davantage de pétrole que l’Égypte et, surtout, ce pays est membre de l’Opep et donc un acteur stratégique dans ce secteur.

Il n’y a pas que le pétrole qui inquiète. L’Égypte est également le premier importateur mondial de blé. Certains craignent que pour faire des réserves, le régime de Moubarak augmente encore sa demande. "Actuellement, les marchés de matières premières sont tellement tendus que le moindre changement fera augmenter les prix", confirme Céline Antonin. Une situation d’autant plus inquiétante que le spectre des émeutes de la faim de 2008 est de plus en plus présent.

Première publication : 31/01/2011

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