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Afrique

Quand différentes générations d'opposants se retrouvent dans la rue

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 01/02/2011

Si les jeunes militants ont réussi, grâce à Internet, à faire descendre les Égyptiens dans les rues, ils doivent apprendre à travailler avec les autres générations d'opposants pour construire une alternative crédible au régime. Reportage.

Qui mène la révolte ? Et qui serait en mesure, si le président égyptien quittait le pouvoir, de conduire la transition ? Une semaine après le début du mouvement de protestation, et alors que des dizaines de milliers de manifestants sont à nouveau rassemblés ce mardi dans le centre du Caire pour exiger le départ d'Hosni Moubarak, aucun leader ne s'est encore imposé pour incarner l'alternative.

"La majorité des partis d'opposition ont une très faible capacité de mobilisation, indique Nadim Shehadi, spécialiste membre du think tank Chatham House de Londres. Ces manifestations ne sont pas dirigées par l'opposition, mais par la rue. Les partis d'opposition traditionnels n'ont jamais été en première ligne de ce mouvement."

Les jeunes cyberactivistes, fers de lance de la protestation

Selon Nadim Shehadi, l'opposition serait toutefois en train de se structurer. L'ancienne génération, fragmentée et réprimée, a rejoint les groupes de jeunes cyberactivistes qui ont pris d'assaut le Web pour secouer un paysage politique moribond depuis près de trois décennies.

Parmi cette nouvelle génération d'opposants, le Mouvement du 6 avril est l'un des principaux acteurs du mouvement de contestation, explique Samir Shehata, du Centre d'études contemporaines du monde arabe de l'université de Georgetown. Ce mouvement est apparu en 2008, dans le sillage de la révolte des ouvriers du coton.

Samir Shehata cite également le mouvement Kifaya, ou Mouvement égyptien pour le changement, parmi les fers de lance de la contestation. Ce groupe, qui rassemble des militants de diverses tendances, a émergé en juillet 2004 en lançant une campagne dirigée contre Hosni Moubarak. Les membres de Kifaya étaient jusqu'ici particulièrement mobilisés contre la perspective d'une succession au pouvoir de Gamal Moubarak, le fils du président.

Kifaya signifie en arabe "Ca suffit !". Un message qui a résonné dans les rues du Caire et des autres grandes villes d'Égypte, telles que le Caire ou Alexandrie, au cours des derniers jours.

Mohamed el-Baradei, figure de proue des activistes

Le 27 janvier, Mohamed el-Baradei a lui quitté Vienne, en Autriche, où il réside, pour rentrer en Égypte et se joindre au mouvement de protestation. L'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui a proposé d'assurer la transition, est une figure reconnue et respectée sur la scène internationale, mais sa crédibilité sur la scène locale est plus difficile à établir.

"Je pense que l'influence de Mohamed el-Baradei est minime, estime Nadim Shehadi. Avant ces manifestations, sa popularité était très faible et ses chances d'être élu très limitées."

Mohamed el-Baradei représente toutefois une figure de proue évidente pour le réseau d'activistes à l'origine de la contestation. Son Association nationale pour le changement, une coalition non-partisane fondée il y a un an, a rallié tous les groupes d'opposition, y compris le puissant mouvement des Frères musulmans, officiellement interdit mais toléré par le régime.

Quel rôle joue l'armée dans le mouvement ?

Peu après l'arrivée de Mohamed el-Baradei la semaine dernière, les Frères musulmans ont annoncé qu'ils cherchaient à former un large comité politique avec l'ancien diplomate. S'exprimant devant la foule réunie place Tahrir au Caire, dimanche soir, l'un des leaders des Frères musulmans et ancien député, Mohamed el-Beltagui a déclaré que le mouvement "soutenait Mohamed el-Baradei pour conduire le changement". "Nous essayons de mettre en place une arène démocratique, avant de pouvoir commencer à jouer à l'intérieur", a-t-il ajouté.

Les Frères musulmans, très présents dans les rues depuis le début de la contestation, disposent de réseaux d'associations de charité, d'écoles et d'hôpitaux, qui leur permettent d'asseoir leur influence au sein de l'immense classe populaire.

Un comité de dix personnalités pour mener la transition

D'autres représentants de l'opposition n'ont pas tardé à rejoindre Mohamed el-Baradei. Parmi eux, le parti libéral Wafd, un grand parti nationaliste fondé en 1919 mais qui ne dispose aujourd'hui que d'une audience limitée ; le dissident Ayman Nour, arrivé en deuxième position très loin derrière Hosni Moubarak lors de la présidentielle de 2005 ; ou encore Osama al-Ghazali Harb, président du Front démocratique.

Selon le quotidien américain The New York Times, les cyberactivistes de la nouvelle génération et les opposants plus âgés tiennent depuis dimanche une série de réunions, pour tenter de planifier la suite à donner au mouvement. Nadim Shehata précise que cette coalition s'est entendue sur une liste de dix noms, parmi lesquels Mohamed el-Baradei, Ayman Nour et Osama al-Ghazali Harb. Ce comité serait charger de diriger un gouvernement d'unité nationale, si Hosni Moubarak quittait le pouvoir.

"Les jeunes continuent à mener ces discussions", affirme au New York Times Ibrahim Issa, un intellectuel proéminent de l'opposition.

Si tous ces opposants souhaitent le départ du président égyptien, reste à se mettre d'accord sur les moyens à employer. Lundi, ils ont en tout cas tous appelé à la "marche du million" qui se tient ce mardi.

Première publication : 01/02/2011

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