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Afrique

Le ministre de l'Intérieur fait le ménage au sein des services de sécurité

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 02/02/2011

Attaques contre des écoles et le siège du ministère de l'Intérieur... Les incidents attribués aux milices de l'ancien régime se sont multipliés en Tunisie. Le ministre Farhat Rajhi évoque "un complot au sein des forces de l'ordre".

Le ministère de l'Intérieur pris d'assaut par près de 2 000 personnes, des attaques contre des écoles et des lycées, des manifestants harcelés... Depuis quelques jours, les incidents - et les rumeurs faisant état d'incidents - se multiplient en Tunisie. Le ministre de l'Intérieur du gouvernement de transition, Farhat Rajhi, a tenté d'apaiser la situation, mardi soir, en s'exprimant à la télévision et en limogeant une trentaine de hauts responsables des services de sécurité.

"Jour après jour, nous entendons parler d'attaques, d'enlèvements et de violences contre des Tunisiens innocents, écrit sur son blog Lina Ben Mhenni, professeure à l'Université de Tunis. Le dictateur est parti mais le régime est toujours là. Des officiers de la surêté d'État, aidés par des milices, sèment la terreur dans le pays".

 Une semaine émaillée d’incidents

Mardi, ce sont différents établissements scolaires de Tunis, la capitale, et de sa banlieue qui ont été pris de panique. "Des bandes organisées terrorisent les collèges et les lycées", titre ce mercredi le quotidien tunisien "Le Temps"

Professeure d'anglais dans un lycée du quartier Bardo - le lycée du 7-Novembre, rebaptisé lycée de la révolution du 14-Janvier -, Nabila Lakhdar Seriani raconte cette journée chaotique. "Des membres de l'ancien régime sont entrés dans certains établissements ; ils ont frappé des professeurs, des élèves et ont terrorisé tout le monde. Mon lycée n'a pas été attaqué mais des amis nous ont appelés pour nous dire de rentrer chez nous. Tout le monde a été pris de panique."

La veille, c'est le siège du ministère de l'Intérieur qui a été à son tour pris d'assaut, cette fois par une foule de plus de 2 000 personnes. "Rachid Ammar [le chef d’état major des armées, ndlr] et moi avons fui par miracle, a raconté le ministre de l'Intérieur en personne à la télévision. Sans les unités antiterroristes, les assaillants nous auraient tués". Farhat Rajhi, qui s’est fait voler son manteau, ses lunettes et son ordinateur lors de l'attaque, a précisé que les assaillants "étaient armés, ivres et drogués". 

À Kasserine, dans le centre-ouest du pays, le même jour, plusieurs bâtiments, dont la sous-préfecture, ont été saccagés. Vendredi, des manifestants venus de l'intérieur du pays ont été violemment délogés de l'esplanade de la Casbah, à Tunis, où ils campaient depuis plusieurs jours.

Le ministre de l'Intérieur du gouvernement tunisien de transition, Farhat Rajhi.

"Ils sèment la pagaille pour freiner le changement" 

Pour les Tunisiens, il ne fait pas de doute que des membres de l'ancien régime sont à l'origine de ces incidents. "Nous vivons une révolution, rappelle Hatem Frikha, manager dans un cabinet de consultants et acteur associatif. On vient de faire tomber un régime policier. Il est normal qu'une frange de cet ancien régime ne veuille pas laisser les choses suivre leur cours." 

"Ces gens essaient de semer la pagaille pour freiner la cadence du changement, analyse Hatem Frikha. Ils veulent gagner un peu de temps, soit pour essayer de se refaire une virginité, soit pour s'enfuir..." 

Dénonçant un complot contre l'État après l'attaque du ministère de l'Intérieur, Farhat Rajhi a reconnu dans son allocution à la chaîne privée Hannibal TV que le "mal venait de l'intérieur". "Cinquante envahisseurs, dont plusieurs étaient armés, ont été arrêtés avant d'être relâchés, ce qui montre une défaillance sécuritaire et une complicité entre les agresseurs et les services d'ordre", a-t-il déclaré. 

C'est pour cette raison que 34 hauts responsables sécuritaires, dont les chefs de la sûreté nationale, de la sécurité générale et de la sécurité présidentielle, ont été mis à la retraite mardi. En parallèle, sept nouveaux directeurs ont été nommés à la tête de différents départements de la sûreté nationale. 

Farhat Rajhi, le "nouveau visage de la police" 

Ces annonces et le ton général du nouveau ministre de l'Intérieur, qui s'est exprimé en dialecte tunisien, semblent avoir convaincu une partie de la population. "Farhat Rajhi est un personnage très sympathique, charmant, indique Nabila Lakhdar Seriani. Il incarne un nouveau visage de la police." "Le ministre de l'Intérieur a prononcé un discours extrêmement intéressant, confirme Hatem Frikha. Il fait l'unanimité derrière lui." 

Ce mercredi, le calme semble revenu dans le pays. Une source autorisée auprès du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence Tunis-Afrique Presse (TAP), a également démenti les rumeurs d'enlèvements d'enfants, qui se sont multipliées mardi. Un numéro vert a été mis à disposition de la population par le ministère de l'Intérieur. 

La police a également fait son retour dans les rues tunisiennes. Après plusieurs jours de grève, des hausses de salaire ont été accordées, mardi, aux agents des services de sécurité. Les établissements scolaires fonctionnent normalement. 

"On a quand même toujours la peur au ventre car nous sommes dans une période transitoire, indique Nabila Lakhdar Seriani. On ne veut pas que les milices fassent avorter notre révolution." "Il y a des incidents, mais la situation est tout à fait maîtrisable, assure de son côté Hatem Frikha. La police et l'armée jouent leur rôle. La tendance générale est très positive."

 

Première publication : 02/02/2011

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