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Moyen-orient

Appel à manifester contre la "monocratie et la corruption" vendredi

©

Vidéo par Axelle SIMON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 04/02/2011

Malgré une censure affectant Facebook, un appel à manifester vendredi contre "la monocratie, la corruption et la tyrannie" circule sur les réseaux sociaux en Syrie. Fin janvier, les forces de l'ordre ont empêché un rassemblement à Damas.

AFP - La Syrie, où le parti Baas est au pouvoir depuis près de 50 ans, pourrait être touchée par le mouvement de contestation sociale et politique sans précédent qui agite le monde arabe, estiment des experts.

"Aucun pays arabe n'est à l'abri des mouvements de protestation. Les mouvements de l'opposition (...) ont des revendications, ils se sentent lésés face à des pouvoirs absolus et à l'absence de démocratie", estime Riad Qahwaji, directeur de l'Institut du Proche-Orient et du Golfe pour les analyses militaires (Inegma).

"Ces mouvements populaires sans précédent, qui gagnent du terrain en utilisant les nouveaux moyens de communication comme l'internet (...) inspirent les pays voisins", a-t-il indiqué à l'AFP.

Cette semaine, un groupe a lancé sur Facebook un appel à manifester vendredi en Syrie contre la "monocratie, la corruption et la tyrannie" et plusieurs milliers de personnes ont déjà exprimé leur soutien à cet appel sur le site de socialisation, pourtant censuré par les autorités.

Facebook est bloqué par les autorités syriennes mais les internautes, via des programmes, peuvent contourner la censure. L'accès au service de messagerie instantané de ce site depuis les téléphones portable est par ailleurs bloqué depuis début janvier.

Pour Bourhane Ghalioune, directeur du Centre des études arabes à la Sorbonne à Paris, "ce que qui s'est passé en Tunisie et en Egypte (...) est un cataclysme qui va (tout) emporter, et la Syrie n'est pas à l'abri".

Le parti Baas est au pouvoir en Syrie depuis 1963 quand il a décrété l'Etat d'urgence, toujours en vigueur. Après le décès en 2000 de Hafez al-Assad, qui dirigeait le pays depuis 1970, son fils Bachar a été élu président.

Dans une interview au Wall Street Journal paru lundi, le président Assad a assuré que son pays était "stable" et à l'abri des troubles sociaux qui ont fait chuter le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et ébranlent le régime du président égyptien Hosni Moubarak.

Il a cependant affirmé que les dirigeants de la région devaient entreprendre des réformes.

La Syrie, qui donne la priorité aux réformes économiques, est confrontée à "des défis considérables", a récemment reconnu un responsable syrien.

La pauvreté touche 14% des 22 millions de Syriens et le chômage 20% de la population active.

En janvier, le gouvernement a annoncé la création d'un "Fonds national pour l'aide sociale" d'un montant de 250 millions de dollars, destiné à venir en aide à quelque 420.000 familles.

Parallèlement, il a augmenté de 72% les allocations pour le chauffage pour les employés de la fonction publique et les retraités (2 millions de personnes).

Pour M. Ghalioune, l'organisation d'"élections régulières, libres et honnêtes" et "la fin des régimes basés sur les moukhabarat" (services de sécurité) qui répriment" le peuple, sont des réformes essentielles.

"Aucun régime n'a le droit de monopoliser le pouvoir et d'empêcher le peuple de décider de son destin", estime-t-il.

Dimanche, des personnalités de la société civile comme l'opposant Michel Kilo ou le cinéaste Omar Amiralay ont affirmé dans un communiqué, le premier du genre depuis 2006, que le peuple syrien aspirait lui aussi "à la justice, à la liberté".

Elles ont souligné combien la Tunisie ressemblait aux autres pays arabes "où le pouvoir et les richesses sont concentrées dans les mêmes mains".

Parmi les 39 signataires de ce document figurent des opposants politiques ayant fait de longues années de prison comme l'économiste Aref Dalila, le poète Faraj Beirakdar, les écrivains Yassine Haj Saleh, Michel Kilo et Fayez Sara.

"La situation reste imprévisible. C'est un malaise général dans la région, il s'agit de peuples qui prennent leur avenir en main et il est temps d'en tirer les leçons", a averti pour sa part Peter Harling de l'institut de recherche International Crisis Group (ICG).
 

Première publication : 04/02/2011

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