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Economie

L’Égypte de Moubarak passée au crible des câbles diplomatiques américains

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 03/02/2011

Le site WikiLeaks a mis en ligne ces derniers jours une série de câbles diplomatiques américains relatifs à l’Égypte. Le tableau est édifiant : le régime est corrompu, le raïs autocrate, l'armée déclinante et la population défiante.

La quarantaine de câbles diplomatiques sur l’Égypte rendus publique par le site WikiLeaks entre fin janvier et début février dépeint une élite au pouvoir profondément déconnectée du peuple. Les autorités y apparaissent comme paralysées par des luttes de pouvoir et très frileuses sur la question de droits de l’Homme. Revue en détail des principaux thèmes soulevés dans ces échanges diplomatiques confidentiels.

Hosni Moubarak : Le raïs égyptien est dépeint comme un vieux loup de la politique qui s’accroche au pouvoir coûte que coûte, dans un long câble de mai 2009 qui lui est consacré. Selon l’ambassadeur américain en poste au Caire, il est obsédé par la "menace" des Frères musulmans et considère l’Iran "comme son principal adversaire" dans la région. Les grands idéaux comme les droits de l’Homme ne "l’intéresse pas". Un autre message de janvier 2010 assure qu’il se représentera lors de l’élection présidentielle de 2011 et qu’il "sera alors évidement réélu"…

La succession : "C’est le sujet de toutes les conversations dans les couloirs du pouvoir", peut-on lire à plusieurs reprises dans ces câbles diplomatiques. Les luttes de clan semblent monopoliser l’énergie de tous les proches d’Hosni Moubarak. La personnalité du fils du président, Gamal Moubarak, est considérée comme la principale ligne de fracture. "L’armée ne soutient pas Gamal et ne laissera jamais une succession dynastique s’installer", affirme ainsi un câble de septembre 2008. Mieux : un parlementaire a assuré à un représentant américain, en 2007, que la seule solution pour régler le problème de la succession serait probablement un jour "un coup d’État militaire".

Les droits de l’Homme : La question des violences policières est l’une des plus souvent abordées dans ces câbles diplomatiques qui courent de 2005 à février 2010. Les représentants du pouvoir égyptien répondent alors systématiquement par le déni. Le 31 janvier 2010, le directeur des services de sécurité, Hassan Abdel Rahman, affirmait ainsi qu’il n’y avait pas eu "d’abus sur des prisonniers ces dix dernières années". L’ambassade des Etats-Unis a cependant noté qu’à partir de 2007, les tribunaux se saisissent plus volontiers d’affaire de violences policières. Mais les seules condamnations vont en général aux "sous-fifres". Entre 2005 et 2010, la conclusion est souvent la même : "la torture et la brutalité policière sont endémiques et généralisées"

L’armée : Un câble diplomatique de 2008 décrit l’armée comme un corps de l’État à l’influence déclinante qui s’accroche essentiellement à ses privilèges économiques. L’ambassadrice américaine Margaret Scobey estime que la population ne perçoit plus l’armée comme l’élite de la nation. Surtout, la diplomate pense que le pouvoir de l'armée est essentiellement économique  - investissement immobilier, entre autres - et que la politique de privatisation économique entreprise par le président irrite particulièrement l’institution militaire.

L'opinion publique : A plusieurs reprises, les câbles diplomatiques se font l’écho du ressentiment croissant de la population à l’égard d’Hosni Moubarak. Un câble en particulier, relatif à des manifestations violentes dans la ville de Mahalla en 2008, souligne que les termes "corruption et dédain sont sur toutes les lèvres". Lors de l’arrivée de Mohamed el-Baradei en Egypte en février 2010, un câble diplomatique souligne que pour la population, il représente un "solution viable à un système corrompu".

Première publication : 03/02/2011

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