Dernière modification : 07/02/2011 

- Égypte - Littérature


Andrée Chedid, poète et romancière lumineuse, est décédée

Andrée Chedid, poète et romancière lumineuse, est décédée

Romancière, dramaturge, mais aussi (et surtout, peut-être) poète, Andrée Chedid est décédée ce dimanche à Paris. Mère du chanteur Louis Chedid, grand-mère de "M", elle disait "revenir toujours à la poésie", sa "source essentielle".

Par Dépêche (texte)
 

AFP - La poète et romancière Andrée Chedid, décédée dimanche à 90 ans, a puisé dans l'Egypte de sa jeunesse et son amour de Paris l'inspiration de son oeuvre lumineuse, nourrie de ferveur mystique et de sensualité, mais aussi d'âpreté quand elle dénonçait les atrocités du monde.

"Je suis née au Caire, en Egypte. J'habite Paris par choix, parce que j'aime cette ville depuis l'enfance. J'écris depuis l'âge de dix-huit ans, pour essayer de dire des choses vivantes qui bouillonnent au fond de chacun", disait cette grande dame éprise de beauté, atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis quelque temps.

D'emblée immergée dans trois langues, l'arabe, l'anglais et le français, elle avait depuis 1946 choisi Paris comme terre de coeur, aimant passionnément la palpitation et l'effervescence de la capitale. Elu aussi sa langue, pour écrire.

Andrée Chedid goûtait particulièrement les bords de Seine et le pont Mirabeau, chanté par Apollinaire, elle qui avait grandi près du Nil.

Dans "Le coeur demeure" (Stock, 1999), écrit avec son mari le professeur Louis-Antoine Chedid, elle évoquait ces deux fleuves qu'elle chérissait.

Autre superbe "pont" que la poète s'était de tout temps attachée à établir entre les générations, elle avait écrit les paroles de la chanson de son petit-fils Matthieu alias M, "Je dis aime", morceau-phare qui l'avait lancé en 1999.

L'an dernier, en tribu, Louis Chedid et "M", avaient tendrement évoqué la maladie de leur mère et grand-mère dans un album émouvant "On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime".

Cette amoureuse de la vie avait confié il y a quelques années avoir acheté une concession au cimetière Montparnasse, un lieu qui lui avait inspiré un poème d'une grande sérénité.

Tout au long de son existence, et dans son oeuvre, Andrée Chedid a questionné la condition humaine, les liens qui tissent l'individu au monde. Souvent portée par une ferveur mystique, son écriture est imprégnée d'une grande sensualité, aimantée par ses racines orientales. Mais sans nostalgie: "Des amarres sans pesanteur", relevait-elle.

"Je veux garder les yeux ouverts sur les souffrances, le malheur, la cruauté du monde, mais aussi sur la lumière, sur la beauté, sur tout ce qui nous aide à nous dépasser, à mieux vivre, à parier sur l'avenir", soulignait Andrée Chedid.

Née en 1920 au Caire de parents chrétiens libanais, divorcés, elle est mise en pension à l'âge de 10 ans. Elle apprend alors l'anglais, le français et exprime sa tendresse en arabe.

A 14 ans, elle part en Europe puis revient au Caire pour étudier à l'université américaine. Son rêve était d'être danseuse mais elle se marie à 22 ans. Le couple a deux enfants : Michèle et le chanteur Louis.

Romancière, dramaturge et surtout poète - "Je reviens toujours à la poésie, comme si c'était une source essentielle", disait-elle -, ses nombreux ouvrages en prose ou en vers lui ont valu de nombreux prix littéraires dont le Goncourt de la nouvelle, le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, le prix Louise Labé ou encore le Prix Mallarmé.

Son art poétique était aussi un art de vivre comme elle l'avait si bien transmis dans "Visage Premier" (1972). Elle avait encore publié ces dernières années des poèmes réunis sous le titre "Territoires du souffle", en 1999, "Le Message", en 2000, ou encore "Les quatre morts de Jean de Dieu", roman d'amour-symbiose en 2010, tous trois aux éditions Flammarion.

Commentaires (9)

Andrée Chedid

Elle restera à tout jamais une très belle plume...C.Phil.D.

Disparition d'un être d'exception

J'ai lu Andrée Chédid quand j'étais ado... J'avais retenu que ce livre qui est resté imprimé dans ma mémoire s'intitulait le 8ème et non le 6ème jour comme entendu à la télé : c'est le rêve insensé d'une femme qui pense et veut à tout pris que son petit-fils sera sauvé comme on peut l'être dans il y a une épidémie de choléra, le 8ème jour; ou bien on meurt ou bien on est sauvé; et elle pense qu'il faut qu'il aille devant la mer et elle fait tout pour arriver après maintes péripéties, à bord d'une felouque devant les yeux presque égarés du felouquier devant l'enfant moribond qu'elle finit par tendre au dessus des eaux et qui meurt. C'est un vraie tragédie. J'en croyais presque qu'elle était grecque, je l'ai confondue avec Mélina Mercouri sans doute.

andrée chédid

Grande dame de poésie et de romans. Sa famille est à son image.Hommages.

Un hommage pour deux!

Le premier à Andrée Chédid dont je médite les propos, rapportés par un magazine culturel français de référence :

« Qu’est-ce que la poésie sinon l’interrogation sur les choses décisives de la vie, l’amour, la mort ? (...) Écrire un poème, c’est prendre la vie à bras-le-corps, en tirer tout le vif. Le vif de la vie, c’est aussi accepter la mort »

Compatissant à la douleur des siens, je lui dédie ce passage :

" Tous les jours plus loin de mon Fouta natal
J’ai pourtant cette impression de bien
Entendre plutôt que mal
Battre le pouls des miens
Et, partant, de tous les humains !"

D’après un extrait de "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un... poète ?" C.O. KANTÉ Ndze – Paris, 2010 (dans l’épilogue : p.83).

Le second à Édouard Glissant

"À l’afro-centrisme, (...) je préfère « le créolisme », « la créolisation » ou « la nécessité de quitter les pensées ataviques et enracinées pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : une identité-relation » chère au Martiniquais, Édouard Glissant.
Dans la même disposition d’esprit, je lui préfère (...) le « rendez-vous du donner et du recevoir » de Léopold Sédar Senghor [si – et seulement si – ce geste de générosité est à double sens (...)]
« Recevoir pour pouvoir donner », comme dirait le jeune philosophe et écrivain suisse Alexandre Jollien.
[Je n’ai que trop bien perçu les ravages séculaires de l’eurocentrisme pour ne pas me méfier de tout afro-centrisme.] Car, on ne répare pas les crimes anciens en [commanditant] des nouveaux. Si tout ce qui est merveilleux de nos jours ne peut pas non plus avoir été africain à l’origine, l’Afrique ne mérite pas moins de prendre, enfin, toute la place qui lui revient. Non plus exclusivement dans les origines de l’homme mais aussi dans l’histoire du monde et celle des progrès accomplis.
J’accorde, donc, beaucoup d’intérêt aux recherches en matière d’égyptologie, par exemple, conduites par des Africains plus jeunes (...) étant donné que la plupart des égyptologues européens trouvent la civilisation pharaonique trop raffinée pour avoir quoi que ce soit de « négroïde »".

D’après un extrait de "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?" C.O. KANTÉ, édition augmentée, Menaibuc – Paris 2007 (p.275 en Annexes : une conférence sur les médias africains).

décès d'Andrée CHEDID

Ce sera put-être le deuxième message et je m'en excuse, si je n'ai pas enregistrer le premier. Je disais donc pour citer Louis, son fils " qu"on ne dit jamais aux gens qu'on aime, qu'on les aime, et je ne doute pas un seul instant qu'il le lui ai dit, poête lui aussi, merveilleuses chansons,je présente toutes mes condoléances aux siens, pour la perte d'une grande dame.

décès d'Andrée CHEDID

"Il faut toujours dire à ceux qu'on aime, qu'on les aime". Je ne doute pas, un seul instant, que Louis n'ai pas hésité un seul instant à le lui dire, lui aussi, plein de poésie, je leur présente toutes mes condoléances. La relève est assurée

Une bien belle âme s´en est

Une bien belle âme s´en est allée enrichir l´au-delà et je me joins à la remarque pertinente faite ci-dessus tant il est vrai que l´universalité se fiche bien de la religion d´appartenance qui n´est en rien un critère d´identité. Pensée renouvelée à la poétesse et ses proches.

Toute ma tendresse va vous

Toute ma tendresse va vous tous Amitiés

Que son âme repose en paix...

Que son âme repose en paix...

Par ailleurs j'ai une petite remarque : "Née en 1920 au Caire de parents chrétiens libanais", pourquoi quand il s'agit de gens d'origine libanaise, le qualificatif religieux est toujours présent???? on lutte pour se débarrasser de ca et vous, journalistes français, qu'est ce que vous faites???? "de parents libanais" ca ne vous suffit pas???

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