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Afrique

Le pourrissement de la situation fait le jeu de Laurent Gbagbo

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 09/02/2011

Deux mois après le début de la crise électorale ivoirienne, rien ou presque n’a changé dans le pays. Et plus le temps passe, plus Laurent Gbagbo tire profit du pourrissement de la situation...

Un pays, deux présidents

Pour Laurent Gbagbo, la meilleure défense, c’est décidemment l’attente : après deux mois de pressions financières et diplomatiques et de menaces militaires, les discussions se poursuivent mais la situation n’a guère évolué. Le président ivoirien sortant gère de facto le pays, alors qu’Alassane Ouattara, toujours enfermé dans sa "République du Golf", surnom donné par ses détracteurs à l'hôtel où il a trouvé refuge, voit son pouvoir réduit à nommer des ambassadeurs.

Parmi les facteurs qui permettent à Laurent Gbagbo de jouer la carte du pourrissement, il y a la pression médiatique, qui est largement retombée depuis la fin du mois de décembre. Les caméras du monde entier sont désormais braquées sur la Tunisie et l'Égypte, en pleine révolution. D'une part, le symbole des révoltes arabes - des autocrates contestés par la rue, dont l’un a été contraint au départ - est plus fort. D'autre part, les enjeux diplomatiques et géostratégiques sont plus importants en Égypte qu’en Côte d’Ivoire.

Pour preuve : les médias internationaux se sont peu émus de la découverte, mardi, à Abobo, un quartier d’Abidjan, de trois corps après des affrontements entre partisans d’Alassane Ouattara et les forces de sécurité ivoiriennes fidèles à Laurent Gbagbo.

La médiation de l’Union africaine gêne celle de la Cédéao

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La multiplication des couacs diplomatiques donne également de l’air à Laurent Gbagbo et brise le consensus de la communauté internationale sur le dossier ivoirien, à savoir le départ sans condition de Laurent Gbagbo.

"C’est un peu l’écho des savanes, estime le politologue Antoine Glaser, invité mercredi sur l’antenne de FRANCE 24. La communauté internationale regarde ce que fait l’Union africaine (UA), l’Union africaine regarde ce que fait la Cédéao…" Manière de dire que les divergences entre les différentes instances chargées de mener une médiation en Côte d’Ivoire - Union africaine et Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) - décrédibilisent leurs rôles respectifs.

Celles-ci ont d'ailleurs été étalées au grand jour par le président de la Commission de la Cédéao. Hier à Abuja (Nigeria), James Victor Gbeho s’est ému que "certains pays essaient de susciter un échec des chefs d'État de la Cédéao", une critique à peine voilée du rôle de l’Union africaine. Le panel de cinq chefs d’État mis sur pied par l’UA pour poursuivre la médiation avec les deux parties ivoiriennes apparaît aux yeux de M. Gbeho comme "une tentative de contrer ce que fait cette région [l'Afrique de l'Ouest, donc la Cédéao NDLR]". Mis en place à la fin de janvier, ce panel est présidé par le chef de l'État mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et comprend aussi Idriss Déby (Tchad), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Blaise Compaoré (Burkina Faso) et Jakaya Kikwete (Tanzanie). Ils ont jusqu'à fin février pour prendre des décisions "contraignantes".

"On voit les deux grandes puissances du continent [l’UA et la Cédéao] qui s’opposent sur la crise ivoirienne", analyse encore Antoine Glaser, qui explique que l’Afrique du Sud et l’Angola sont d’importants soutiens de Laurent Gbagbo, alors que le Nigeria, à la tête de la Cédéao, serait prêt à une intervention militaire sous la bannière de l’Ecomog (le bras armé de la Cédéao) et "avec le soutien des États-Unis et des Britanniques".

La voix de la France, elle aussi, favorise l’enlisement de la situation. Alors que le président français lançait en décembre à Laurent Gbagbo un ultimatum - quitter le pouvoir sous trois jours -, le discours de Nicolas Sarkozy a bien changé, deux mois plus tard. La France se recroqueville sur le refus de s'ingérer dans les affaires intérieures ivoiriennes et sa délicate position d’ancienne puissance coloniale. Invité au sommet de l’UA à Addis Abeba fin janvier, Nicolas Sarkozy s’est déclaré "aux côtés des peuples tunisien et égyptien", mais n’a pas pipé mot sur la situation ivoirienne.

L’asphyxie financière n’a pas vraiment porté ses fruits

L’efficacité discutable des sanctions économiques et financières, enfin, favorise elle aussi le statu quo et le pourrissement de la situation. Certes, plusieurs proches de Laurent Gbagbo ont vu leurs avoirs financiers bloqués en Europe. Certes, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a déclaré Gbagbo persona non grata et renvoyé le gouverneur ivoirien de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Philippe Henry Dacoury-Tabley, un proche de Laurent Gbagbo.

Mais la stratégie qui était censée asphyxier financièrement le président sortant et l’acculer au départ n’a pas encore porté ses fruits. La population ivoirienne semble plus en souffrir que le camp Gbagbo, et l’appel d’Alassane Ouattara à ne plus payer taxes et impôts ne sera peut-être pas plus entendu que ceux, répétés, à la grève générale.

Quant au boycottage des secteurs-clés de l’économie ivoirienne, Antoine Glaser rappelle que la règle du "business is business" reste souveraine. Les grandes compagnies américaines qui font commerce du cacao ivoirien ne comptent pas arrêter leurs affaires, malgré l’interdiction d'exporter les fèves lancé par Alassane Ouattara. Quant à un embargo sur le pétrole ivoirien, il n'est actuellement pas à l'ordre du jour.

Première publication : 09/02/2011

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