Dernière modification : 09/02/2011 

- Égypte - France - François Fillon - Michèle Alliot-Marie


L'Elysée demande à ses ministres "de privilégier la France" pour les vacances

La polémique autour des voyages privés des dirigeants politiques français à l'étranger connaît un nouveau rebondissement, ce mercredi, avec la révélation d'un séjour en Égypte du Premier ministre... payé par le régime d'Hosni Moubarak.

Par Pauline PACCARD (vidéo)
FRANCE 24 (texte)
 

Après la controverse provoquée par les escapades tunisiennes de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie ("MAM"), au mois de décembre, c’est au tour du Premier ministre, François Fillon, de traverser une zone de turbulence.

Les vacances des ministres à l'étranger soumises au contrôle de l'Élysée

À la veille d'une prestation télévisée très attendue, le chef de l'Etat a annoncé mercredi à ses ministres qu'ils devraient "privilégier la France" pour leurs vacances et soumettre leurs éventuelles invitations de l'étranger à l'autorisation du chef du gouvernement et de l'Elysée.

Les séjours hors de l'Hexagone seront désormais soumis à l'aval du Premier ministre et de la cellule diplomatique de la présidence afin d'examiner "leur compatibilité avec la politique étrangère de la France", a-t-il décidé. Leurs conditions précises (transport ou hébergement) seront en outre soumises à un feu vert du secrétariat général du gouvernement.

François Fillon a pour sa part annoncé que les futures règles sur la prévention des conflits d'intérêt feraient l'objet d'un projet de loi "dans les prochaines semaines".

Ce mercredi, "Le Canard enchaîné" révèle en effet que les vacances en famille que le chef du gouvernement a passé en Égypte au moment de Noël ont été en partie payées par les autorités égyptiennes... Devançant la parution de l’hebdomadaire satyrique français, Matignon a détaillé mardi les conditions de ce séjour au bord du Nil, qui s’est déroulé du 26 décembre au 2 janvier.

Dans le communiqué publié par les services du Premier ministre, il est précisé que François Fillon, son épouse et ses enfants, ont été hébergés par le régime et ont utilisé un avion "de la flotte gouvernementale" gracieusement mis à disposition par Le Caire pour une excursion de toute la famille Fillon à Abou-Simbel. "Il a également effectué une sortie en bateau sur le Nil dans les mêmes conditions", précise encore le texte.

"Mélange des genres"

"La hiérarchie est respectée, le Premier ministre a frappé encore plus fort que la ministre d’État", ironise de son côté "Le Canard enchaîné" qui affirme que l'appareil emprunté par le chef du gouvernement français pendant son séjour égyptien appartenait au président Hosni Moubarak lui-même. "Comment peut-on demander le départ d’un chef d’État et avoir un regard critique sur son régime quand on devient son obligé ?", a poursuivi sur l’antenne de FRANCE 24 Brigitte Rossigneux, la journaliste qui a signé l’article dans le journal satyrique. Selon elle, "il ne faut pas mélanger les genres, car il ne s’agissait pas d’un voyage d’État, mais bel et bien d’un séjour privé avec femme et enfants". 

De son côté, Martine Aubry, la patronne du Parti socialiste (PS) s'est dite "consternée" par cette nouvelle affaire, estimant que le gouvernement avait "perdu le sens de l'esprit public". Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, Xavier Bertrand, lui a rétorqué que François Fillon "ne [pouvait] pas se comporter comme tout touriste". Son séjour en Égypte répondait à des "règles de sécurité", a-t-il précisé, accusant au passage l'opposition de dresser "un rideau de fumée".

Cette révélation intervient alors que la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie est accusée d’avoir utilisé à deux reprises, fin 2010, le jet privé d’un homme d’affaire tunisien réputé proche du clan Ben Ali à l'occasion de ses vacances en Tunisie. Accablée par l’opposition qui demande sa démission depuis une semaine, critiquée par les médias, la patronne de la diplomatie française s’est défendue tant bien que mal des attaques dont elle fait l'objet et a reçu le soutien de Matignon.

Spécificité française et République irréprochable

Si les vacances de MAM en Tunisie et de François Fillon en Égypte se sont certes déroulées dans des contextes différents - celles de la ministre des Affaires étrangères ont eu lieu en pleine révolution tunisienne alors que celles du Premier ministre se sont déroulées avant le soulèvement populaire en cours au Caire -, ces deux affaires se rejoignent toutefois sur un point : révéler une pratique courante au sommet de l'État français qui consiste à se voir offrir des déplacements et des séjours privés à l'étranger par des régimes autoritaires...

"On s'attendait à un recadrage ce matin"
Par Sylvain ATTAL, spécialiste politique internationale, le 09/02 à 14h

Le quotidien "Le Parisien" rappelle ainsi dans son édition de mercredi "les parties de chasse africaines" de l’ex-président Valéry Giscard d’Estaing en Centrafrique, dirigée à l'époque par le fantasque et violent empereur Bokassa, "les vacances de Mitterrand à Assouan", ou encore "les croisières cubaines de Jack Lang", l'ex-ministre de la Culture, sur le yacht de Fidel Castro. Selon Brigitte Rossigneux, "une histoire pareille aurait déclenché la démission immédiate du ministre mis en cause dans des pays tels que le Canada ou les États-Unis".

Reste que si ces deux affaires font autant de bruit aujourd'hui, c'est parce qu'elles viennent s’ajouter aux récentes polémiques nées de l’affaire Woerth-Bettencourt et des démissions du secrétaire d'État au Grand Paris, Christian Blanc, et du secrétaire d'État à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, en juillet dernier. Le premier avait été contraint de quitter son poste après qu'on eut appris qu'il avait fait payer ses cigares personnels par son ministère à hauteur de 12 000 euros. Le second avait loué, quant à lui, un jet privé pour un montant de 116 500 euros pour un déplacement ministériel aux Antilles. Une loi des séries qui met à mal la "République irréprochable"  prônée par le président Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle, en 2007. Ce dernier a d'ailleurs demandé ce mercredi à son équipe, lors du Conseil des ministres, de désormais "privilégier la France" pour leurs vacances et de soumettre à l'approbation du Premier ministre leurs invitations à l'étranger. 

La famille Fillon est allée à Assouan pour les vacances de Noël tout frais payés par les autorités égyptiennes.
Brigitte Rossigneux, journaliste au Canard enchaîné
Commentaires (14)

aide à la périnnitée d'un emploi

monsieur le ministre du travail en tant que mére de famille dans une situation précaire je travaille en contrat cae malheureusement fin aout l'anpe de saint -omer n'a plus d'emploi(mon emploi ne peux pas être pérénisé et mes jeunes n'ont même pas un travail de vacancier et moi je cherche un travail d'été pour ne pas être obligé au rsa que ferais -je avec trois jeunes au lycée ou à l'université et pour subvenir à leur besoin avez vous une réponse dites moi si vous pouvez intervenir je ne veux pas l'assistanat mais continuer mon travail actuel ceci est un appel au secours c'est aussi la détresse de la france cécile

et les investissement des parents de ministre ?

Quel est le conseil de ce gouvernement d'avocats défiscaliseurs ?

quand on est coincé, le génie

quand on est coincé, le génie démagogique tourne en plein regime
on privillegie la france pour les vaccances mais on privillegie les rapports avec biya, compaoré, bongo, sassou, wade,et ceux qui tuent les palestiniens legalement etc si le peuple renverse l´un d´eux on se rend compte instaantanement qu´ils sont des
dictateurs comme en egypte et en tunisie...

Je voudrai savoir

Est ce qu'il arrive à la France d'inviter un chef d'Etat africain ou ministre pour passer ses vacances château de Versailles et admirer ses jardins: si c'est oui alors pas de problemes si c'est non alors je dirai que Fillon Sarko et les autres sont des profiteurs meme plus des hypoocrites...

les voyages gratuit de nos ministres!

ilq sont tous les droits
et nous
on crêvent
pas de vacances...on vie dans la pauvreté
avec un minimun
et on doit se taire ...qu'ils nous montrent l'exemple..nous aussi on aimerai bien voir la tunisie et l'égypte en vacances gratuites!
mais nada

voyagez en France!

Mot d'ordre, passez vos vacances en France et pourquoi pas? Nouveau slogan "voyagez en France!": Tahiti, La Nouvelle Calédonie, Les Comores, La Guadeloupe, La Martinique, la Corse et l'hexagone...sauf qu'il faut de l'avion, Monsieur Air-France va être obligé de faire un effort, un pass spécial promo ministre? et pourquoi pas ensuite grand-public pour que nous aussi nous puissions "voyager en France", c'est beau la France!

l'avenir

Il faut demander à l'Elysée l'autorisation de satisfaire les besoins naturels sinon attention à la repression.

defendre

le premiere ministre a raison

"Qui sème le vent...

Tout le monde connaît la suite..."
Bonne année 2012 !

SOUMETTRE

Au premier ministre la directions des vacances je trouve cela marrant alors que le premier ministre lui même se fait inviter aux frais de la princesse pendant que les EGYPTIENS meurent de faim.Une honte à la REPUBLIQUE et à ceux qui disent être républicains(es) et sans reproche.

Curieux?

Si tout ça parait normal ou pas très grave pour le gouvernement, alors pourquoi ont ils tout fait pour garder tout ça sous silence. Et pourquoi mettre une journée pour répondre aux interrogations de la presse et des l'opposition? Cela montre qu'il y a un malaise de la part du gouvernement. Et si il y a un malaise alors c'est que cela de leur point de vue aussi n'est pas dans le cadre éthique. Décidément aucune remise en question de nos leader, a droite comme à gauche. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

bravo au canard,continuez

bravo au canard,continuez comme ca

Avant de parler; tournez la langue sept fois dans sa bouche....

François Fillon est un homme honnête. En tant que 1er ministre il a été invité par le gouvernement égyptien, cela n'a rien de particulier puisque d'autres ministres et présidents français(gauche et droite) l'ont fait avant lui, et reçus par la même personnalité égyptienne... Cela dit, il faut aussi préciser, que le premier ministre a emmené sa famille et qu'avant son départ, je précise bien avant son départ: il en avait défini les règles qu'il a aussitôt appliquées pour lui-même c'est à dire: payer les places d'avion pour sa famille, transportée par l'Armée de l'air française. Rien à dire, car rien n'interdit par la loi et un décret ce genre de déplacements et de fréquentions d'autres personnalités du monde politique et diplomatique. Maintenant il y a des détracteurs, tout simplement parce que c'est le Premier ministre de droite, en plus du président Sarkosy; donc à considérer comme de la racaille par l'opposition (?)...Ce dont je me moque, mais il faut être logique, équitable et honnête. Alors attention, méfiez-vous car l'information d'un proche passé ne dit pas tout. Si vous voulez, nous pourrions parler des voyages présidentiels -annuels- de Mr Mitterrand et ses proches en Egypte à Assouan, reçus par ce même Chef d'état égyptien? C'est exactement pareil! - Il faut aussi parler des voyages à "double transport" avec un Concorde à moitié plein , et un Concorde vide toujours en réserve -sur son exigence- pour le président socialiste!
Avez vous eu communication des chiffres sur ces dépenses de monarque ? Vous a t'ont dit la vérité sur les réels frais que la gauche dépensait, sur nos impôts, durant les septennats du président de gauche ? Non pas. Il faut savoir de quoi l'on parle, sur qui ? Sur quoi ? Mais surtout mettre les choses à leurs justes valeurs. Tout cela pour dire que l'on vous raconte des balivernes, des demi mensonges, car la vérité se trouve à demi muselée par celui qui a un sourire d'ange, qui en réalité n'est que la main gauche de Satan. Si on pouvait supposer qu'il y a "faute"; elle n'incombe en aucun cas que la droite française actuelle à part entière, car la politique des relations avec l'Egypte ne vient pas en réalité de la droite mais de la gauche française, sous la IVe république et la SFIO. Ce ne sont pas les hommes qu'il faut accuser, mais le système!. C'est tellement simple que c'est difficile à comprendre.. fin du commentaire.

Allons au-delà de la devise « Ne pas tout dire, ce n’est pas ..

On a l’impression, à travers les multiples déclarations de Madame Michèle Alliot-Marie, dans son offensive médiatique tous azimuts, pour sa fébrile défense concernant les variables cachées de son escapade tunisienne, que Madame Alliot-Marie a perdu le sens des réalités et, par suite, qu’elle ne sait plus ou bien qu’elle ne maîtrise plus ce qu'elle dit ; ainsi, par exemple, « elle a eu une parole qui lui a échappé », a noté Valérie Pécresse. MAM a oublié que la Politique ( et surtout la Diplomatie) n’a rien à faire des états d’âme [ en vrac : je suis meurtrie ; quand je suis en vacances, je ne suis plus Ministre des Affaires Étrangères, je suis Michèle Alliot-Marie ; je vais en vacances en Tunisie comme beaucoup de Français ; la prochaine fois, je ne quitterai pas la Dordogne; j’essaie de vivre le plus normalement possible ; il n'est pas question que je remonte dans un avion privé quelles que soient les circonstances tant que je serai Ministre ; je ne recommencerai pas puisque cela choque ;…]. En un mot, dans sa plaidoirie, elle s’est conduite comme une petite fille prise, en flagrant délit, le doigt dans le pot de confiture.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler que « ce n'est pas le Droit, mais la décence, qui devrait commander que soit maintenue une ligne de démarcation entre l'exercice de hautes responsabilités d'Etat et des relations privées dans la sphère sensible des affaires internationales ».

Au-delà de l’escapade tunisienne de MAM, le vrai événement que retiendra l’Histoire est la connivence, du moins la complaisance, de la France, pays des Droits de l’Homme, avec un régime dictatorial et ses suppôts, régime qu’elle a soutenu jusqu'à l’agonie. Cette connivence, ou complaisance, a conduit son Diplomate au plus haut niveau à commettre un impair historique en proposant, officiellement, alors que la Tunisie était à feu et à sang, devant les représentants du Peuple français, que la France prête main forte au dit régime dictatorial, et ce en mettant à la disposition des « autorités tunisiennes le "savoir-faire" de la France en matière de maintien de l'ordre » afin de réprimer le soulèvement populaire qui fut le fer de lance de la "Révolution de Jasmin".

Et Lorsque le Dictateur a pris la fuite, le 14 janvier 2011, le Gouvernement français s’est contenté, timidement, de « prendre acte de la transition constitutionnelle » tout en souhaitant « une solution démocratique et durable à la crise » ; alors qu’à Washington, le Président Barack Obama a salué, immédiatement et chaleureusement, dans une déclaration officielle, « le courage et la dignité des Tunisiens », déclaration qui nous a rassuré, compte tenu de l’angoisse et de l’incertitude de l’instant, et a réchauffé nos cœurs : deux Diplomaties, deux styles !

Pour le moment, les divers errements au Quai d'Orsay se sont soldés, simplement, par le rappel de l'Ambassadeur de France à Tunis. Dans ce cadre, l’Histoire retiendra que, le 14 janvier 2011, à quelques heures de la fuite en Arabie Saoudite de l'ex-chef de l'Etat Tunisien, un télégramme de l'Ambassadeur de France annonçait : « Le président tunisien a repris le contrôle de la situation »(sic).

Pour être complet, il convient de mentionner que ladite connivence (ou complaisance) n’est pas, en réalité, l’apanage de la majorité, mais est partagée par certains ténors de l’opposition. Ainsi Dominique Strauss-Kahn [qui est d’origine tunisienne, via la lignée Fellous (mot arabe signifiant : poussin)], candidat potentiel à la Primaire Socialiste Présidentielle pour 2012 et Président du FMI, a déclaré, le 18/1/2008 : « La Tunisie est un bon exemple à suivre pour beaucoup de pays qui sont émergents »(sic).

HORCHANI Salah
Professeur à la Faculté des Sciences de Tunis

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