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Economie

Ces Allemands qui ne veulent pas diriger la Banque centrale européenne

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/02/2011

Deux retraits en trois jours : la chancelière allemande Angela Merkel peine à trouver son héraut pour prendre la tête de la BCE. Ces défections trahissent l’inquiétude des Allemands vis-à-vis de la politique économique européenne.

Prestigieuse institution financière européenne cherche président. Pour remplacer le français Jean-Claude Trichet, patron de la Banque centrale européenne (BCE) jusqu’en novembre, la Chancelière allemande Angela Merkel aurait bien aimé placer un de ses compatriotes. Seul problème : ses candidats n’ont aucune envie d’y aller. En quelques jours, deux figures de la vie économique allemande ont poliment mais fermement refusé de se présenter.

Lundi, l’ex-ministre social-démocrate des Finances Peer Steinbrück a opposé une fin de non-recevoir tandis que la semaine d’avant, le président de la Bundesbank [la banque centrale allemande, NDLR], Axel Weber, avait également expliqué n’avoir aucun intérêt pour ce poste. Ce dernier avait pourtant été pressenti pendant plusieurs mois comme le meilleur remplaçant allemand possible au Français Jean-Claude Trichet. D’autant plus que son mandat à la tête de la Bundesbank arrive à terme en avril 2011… et qu’il ne compte pas rempiler. La voie semblait donc toute tracée.

Pourquoi donc la machine s’est-elle grippée d’un coup ? Cette double défection fait couler beaucoup d’encre en Allemagne. Le quotidien de centre gauche, la Sueddeutsche Zeitung résume ainsi la raison officielle de ce manque d’enthousiasme : "les deux hommes sont opposés à la politique actuelle de rachat de dettes souveraines menée par la BCE". La Banque centrale européenne a en effet décidé d’acheter des bonds émis par les pays lourdement endettés, comme la Grèce et l’Irlande, pour soutenir leur économie.

La faute est rejetée sur les Français

La position d’Axel Weber et de Peer Steinbrück montre surtout que l’Allemagne a actuellement mal à "son Europe". Avec un taux de croissance de plus de 3%, elle supporte de moins en moins bien de devoir dépenser des millions pour soutenir des pays qu’elle juge responsables de leurs propres problèmes économiques.

Les deux hommes exprimeraient donc un sentiment croissant en Allemagne : la solidarité européenne doit avoir des limites. Un ras-le-bol que le quotidien Die Welt exprime en terme diplomatique : "Axel Weber s’oppose à la politique de la BCE car elle a des répercussions budgétaires fortes pour les États membre".

Moins nuancé, le quotidien conservateur le Frankfurter Allgemeine Zeitung explique que tout ça serait de la faute des Français. "Le président Nicolas Sarkozy n’a pas apprécié qu’Axel Weber s’oppose en mai dernier à la position de la BCE et depuis lors, la France complote contre sa candidature". Résultat ? "Axel Weber sent qu’il ne serait pas accepté par les autres États européens en tant que président de la BCE", écrit le Spiegel qui ajoute que Peer Steinbrück refuse également de devenir le bouc émissaire de ce qui ressemblerait à de la jalousie par rapport à la réussite économique actuelle allemande.

Reste qu’Angela Merkel n’a pas abandonné son projet. Sonnée, mais pas KO, la Chancelière a affirmé lundi qu’une "candidature allemande restait possible". Elle n’a pas tellement le choix. "C'est une humiliation pour elle qui la fragilise politiquement vis-à-vis de ces alliés libéraux au gouvernement", juge le quotidien Der Spiegel.

Première publication : 14/02/2011

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