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Amériques

L'américain Chevron condamné à 8 milliards de dollars d'amende pour pollution

Vidéo par Jonathan WALSH

Texte par Dépêche

Dernière modification : 15/02/2011

Le groupe pétrolier américain, propriétaire de Texaco, a écopé d'une amende record de 8 milliards de dollars pour avoir déversé, en 1993, ses déchets dans des fosses d'une province équatorienne amazonienne. La compagnie va faire appel.

AFP - Le groupe pétrolier américain Chevron a été condamné lundi à payer huit milliards de dollars pour la pollution entraînée par Texaco, compagnie qu'il a rachetée, dans une province amazonienne équatorienne, un jugement contre lequel il a promis de faire appel.

"Le juge (du tribunal provincial de Sucumbios, en charge de l'affaire) a condamné Chevron à payer plus de huit milliards de dollars pour dommages environnementaux", a déclaré à l'AFP l'avocat des plaignants, Pablo Fajardo.

Le porte-parole pour l'Amérique latine de Chevron James Craig, a confirmé qu'un "jugement condamnatoire avait été émis dans le cadre du procès pour dommages à l'environnement intenté contre l'entreprise en rapport avec les opérations de Texaco Petroleum Company", entre 1964 et 1990.

"Nous allons interjeter appel", a déclaré le porte-parole joint par téléphone à New York. Dans un communiqué, la compagnie a en outre assuré que le jugement était "illégitime et inapplicable", en considérant qu'il était le résultat d'une "fraude et totalement contraire à la preuve scientifique légitime".

Cette condamnation dépasse l'amende record initialement exigée à ExxonMobil pour la marée noire de l'Alaska en 1989, d'un montant de 4,5 milliards de dollars, avant d'être ramenée plusieurs années plus tard à 500 millions.

Le juge en charge de l'affaire, basé à Lago Agrio, dans la province de Sucumbios (nord, non loin de la frontière colombienne) a ainsi refermé un nouveau chapitre du feuilleton judiciaire opposant depuis 1993 quelque 30.000 habitants de cette région amazonienne au géant pétrolier.

Selon les plaignants, Texaco (rachetée en 2001 par Chevron), a entraîné des dommages environnementaux très graves, notamment en versant dans des fosses à ciel ouvert ses déchets pétroliers, qui ont ensuite contaminé sols et rivières. Les habitants de cette région, dont beaucoup d'indigènes, se plaignent en outre de maladies et même de cancers qu'ils attribuent à cette pollution.

Le président socialiste équatorien Rafael Correa, au pouvoir depuis 2007, a pour sa part accusé la compagnie d'avoir ainsi commis "un crime contre l'humanité". "Des villages entiers ont été exterminés par cette pollution", avait-il déclaré.

L'ONG internationale de défense de l'Amazonie Amazon Watch a pour sa part salué ce jugement "historique".

"C'est la première fois qu'un peuple indigène poursuit une multinationale dans le pays où le délit a été commis et gagne", déclare notamment l'ONG dans un communiqué, qui accuse Chevron d'avoir mené une "campagne de relations publiques pour éviter d'avoir à réparer la catastrophe environnementale et sanitaire" entraînée.

Chevron de son côté accuse la justice équatorienne de "fraude", vidéos à l'appui, en affirmant qu'un des juges en charge de l'affaire avait même accepté des pots-de-vin pour condamner la compagnie.

Il estime en outre que la responsabilité pour les éventuels dommages entraînés par les opérations de Texaco relève de la compagnie pétrolière d'Etat Petroecuador, un temps alliée à Texaco, qui avait déjà versé 40 millions de dollars pour le nettoyage de la zone touchée.

Le groupe a par ailleurs obtenu le 9 février une décision favorable de la Cour d'arbitrage international de La Haye, compétente en vertu d'un traité américano-équatorien de protection des investissements.

La cour ordonne dans cette décision en référé que le gouvernement équatorien s'abstienne d'exécuter un éventuel jugement condamnatoire dans le pays ou à l'étranger tant qu'elle n'aura pas tranché au fond.

Première publication : 15/02/2011

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