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Afrique

Alger assiste sans broncher au déploiement des forces de l'ordre

©

Vidéo par Ahmed TAZIR

Texte par Tahar HANI

Dernière modification : 19/02/2011

L’opposition est déterminée à descendre dans les rues d'Alger, ce samedi, pour appeler à un changement de régime. Dès vendredi cependant, la police quadrillait la ville : la place du 1er-Mai, où sont attendus les manifestants, est bouclée.

Vingt minutes pour rejoindre la place Audin, située au cœur d’Alger, depuis l’aéroport Houari Boumediene. En temps normal, il faut plus d’une heure pour parcourir les 12 km qui séparent la capitale de son aéroport. Il faut dire qu’en ce vendredi, jour de prière, il n’y avait pas foule sur l’autoroute. Pourtant, le dispositif n’est pas plus important que d’habitude, sur cet axe.

En revanche, Alger est quadrillée par la police. Des fourgons anti-émeutes sont déployés à chaque carrefour. La place du 1er Mai est quasiment cernée par les forces de l’ordre. L’immense jet d’eau continue de fonctionner mais, pour Bilal, un vendeur de cigarettes ambulant, il y a beaucoup de chance que l’eau s’arrête de jaillir à partir de ce soir. "La police va fermer les robinets en prévision de la marche de demain. Lorsqu’il vente, l’eau cache la visibilité aux forces de l’ordre."

Le régime peut-il encore tenir ? 

Pour Ali, chauffeur de Taxi d’une cinquantaine d’années, les autorités veulent à tout prix empêcher la marche de demain. "Les généraux ont peur. Ils craignent de rendre des comptes au peuple qui va les juger pour toutes les richesses qu’ils ont spoliées." Ali, qui vit dans un deux pièces avec ses trois enfants dans un quartier situé sur les hauteurs d’Alger, regrette qu’on n’ait pas laissé l’ex-parti islamique, le Front Islamique du Salut (FIS), gouverner le pays après sa victoire aux élections législatives de 1992.

"Il fallait le laisser gérer les affaires du pays durant une mandature et le juger ensuite en fonction des résultats." Mais, précise-t-il, "les laïcs et les militaires ont écarté d’une main de fer cette solution. Regardez maintenant ou sommes-nous arrivés ?"

En attendant, la rue Didouche Mourad, située au cœur d’Alger, est elle aussi déserte. Les magasins ont baissé rideaux. Et le siège du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) dirigé par Saïd Saadi n’est pas quadrillé par la police. Contrairement à vendredi dernier.

"Tout le monde se mobilise en Algérie. Mais pour quel résultat ?"

A quelques mètres de là, l’hôpital Mustapha est calme. Aucun véhicule de police n’est stationné à l’intérieur. Mais les visiteurs hâtent le pas pour voir leurs proches. C’est le cas de Fouad, un jeune étudiant de 30 ans qui est venu de Tipaza, à 70 km à l’ouest d’Alger, pour voir sa sœur hospitalisée. "C’est un climat de guerre qui règne ici. Je n’ai jamais vu ça. A Tipaza, tout est calme. Les gens sont partis à la pêche."

S’agissant de la marche organisée par des mouvements d’opposition, Fouad ne se sent pas vraiment concerné : "Tout le monde se mobilise en Algérie, dit-il. Mais pour quel résultat ? Rien n’a changé" , regrette-t-il, avant d’ajouter : "Les problèmes s’aggravent. Pourquoi la télévision algérienne annonce-t-elle chaque soir la construction de milliers nouveaux logements alors que les gens continuent de dormir dehors ?"

"Le mouvement risque de s’essouffler"

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Dans le quartier de Belouizdad, près de la maison de la presse, un vieil homme, adossé au mur, une chéchia blanche sur la tête, contemple l’hélicoptère qui survole depuis le début de l’après-midi Alger. Slimane est retraité de la poste et des télécommunications. Pour ce Kabyle arrivé à Alger avant l’indépendance, les jours passent et se ressemblent. "C’était la même chose la semaine dernière. Ils avaient fait tout ce tintamarre pour empêcher les gens de marcher et d’exprimer librement leurs opinions. De quel droit ? Il faut que Bouteflika et les militaires comprennent qu’on est plus dans la décennie 1970 où Boumediene régnait en maître absolu sur le pays."

Porte-parole de l’Observatoire des violences faites aux femmes et présidente de l’association Djazairouna, Cherifa Khedda estime nécessaire que de nouvelles organisations rejoignent la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNDC), à l’origine de la marche du 12 et 19 février. A défaut, "le mouvement risque de s’essouffler". 

Arrêtée samedi 12 février par la police, elle avoue avoir été agressée physiquement par deux policières. Elle ne désespère pas pour autant : venue de Blida, une ville située à 40 km au sud d’Alger, Cherifa et ses amies ont concocté de nouveaux slogans pour ce samedi.

Ali Yahia Abdennour, 90 ans, fer de lance de la contestation

Première publication : 18/02/2011

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