AFP - Les accusations de tricherie intellectuelle se faisaient encore plus vives vendredi contre la star du gouvernement allemand, le ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg, convoqué dans la nuit par la chancelière Merkel.
"L'Allemagne à la chasse au plagiator Guttenberg", titrait par exemple le quotidien des affaires Financial Times Deutschland. "De nouveaux problèmes pour zu Googleberg", ricanait le journal de gauche Tageszeitung.
A peine rentré d'une visite aux troupes en Afghanistan, Karl-Theodor zu Guttenberg, 39 ans, a annulé un meeting électoral dans l'Etat régional de Saxe-Anhalt (est) pour aller s'expliquer auprès d'Angela Merkel à la chancellerie, selon les télévisions publiques ARD et ZDF.
Rien n'a filtré de ces entretiens. Les médias allemands s'attendaient à une explication publique ce vendredi du ministre, resté muet la veille.
Selon la chaîne d'information en continue N24, il a reçu le soutien de la chancelière et ne devrait pas démissionner.
L'un des poids lourds du gouvernement, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, a minimisé l'affaire sur la radio Deutschlandfunk. "Une erreur cela arrive à tout le monde", a-t-il dit en évoquant une "exagération médiatique comme on a souvent". "Je voudrais rencontrer l'homme qui n'a jamais fait de fautes", a-t-il ajouté.
Il a toutefois reconnu que ce "ministre de la Défense exceptionnellement efficace" devait faire la "lumière aussi vite que possible".
L'aristocrate ministre aurait recopié des extraits de plus d'une trentaine de publications diverses, de l'ouvrage savant jusqu'au site internet de l'ambassade des Etats-Unis, dans la thèse qui lui vaut le titre de Docteur en Droit Summa cum laude de l'Université de Bayreuth (Bavière) depuis 2007. Cette institution lui a donné deux semaines pour se justifier, des plaintes pour plagiat ont déjà été déposées, et des spécialistes du piratage sur internet faisaient tourner leurs moteurs de recherche.
"Ce n'est pas sa fonction de ministre qui est en jeu, mais sa réputation d'honnête homme, travailleur et consciencieux. Si Guttenberg est si intelligent et honnête, comme certains le disent et beaucoup l'espèrent, alors il doit présenter ses excuses tout de suite à ceux qu'il a plagié avec un clair 'mea culpa'", estimait le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung, qui le premier a publié mardi ces accusations de plagiat.
En Allemagne, on ne plaisante pas avec les titres universitaires, Docteur ou Professeur, que l'on affiche fièrement sur sa carte de visite, voire sa réservation de train.
Le jeune ministre (39 ans), qui a troqué l'Economie pour la Défense en octobre 2009 à la faveur d'une bavure en Afghanistan pour laquelle son prédécesseur a démissionné, et qui est parfois présenté comme un successeur de Merkel, s'est déjà retrouvé au centre de plusieurs polémiques.
Boucles noires gominées et sourire éclatant, le baron Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jakob Philipp Franz Joseph Sylvester von und zu Guttenberg, dont le lignage remonte au Moyen-Age, apparaît régulièrement dans les magazines, en smoking, en battle dress ou en T-shirt à un concert de rock.
Cette exposition médiatique fait grincer des dents dans un pays où les politiques sont discrets sur leur vie privée. Une visite aux troupes en Afghanistan à la veille de Noël avec sa blonde épouse Stephanie, née von Bismarck, et un célèbre animateur de talk shows télévisés, avait provoqué un tollé.







