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Afrique

Gbagbo entend prendre le contrôle de filiales de deux banques françaises

Vidéo par Ludovic de Foucaud

Texte par Dépêche

Dernière modification : 18/02/2011

Le président ivoirien sortant s'est dit prêt à ordonner la nationalisation des filiales ivoiriennes de la Société générale et de BNP Paribas. Au moins cinq banques internationales avaient suspendu leurs opérations dans le pays, jeudi.

AFP - Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo a annoncé jeudi son intention de "prendre le contrôle" des filiales ivoiriennes des banques françaises BNP Paribas et Société Générale, alors que le système bancaire du pays se bloque du fait de la crise post-électorale.

Après les fermetures de plusieurs banques depuis lundi, M. Gbagbo "a pris des décrets afin que l'Etat de Côte d'Ivoire prenne le contrôle par une prise de participation totale et complète dans le capital de certaines de ces banques", indique un communiqué officiel lu sur la télévision publique RTI.

La vie et l'économie au quotidien à Abidjan

"Il s'agit entre autres de la SGBCI et de la Bicici", respectivement filiales de la Société Générale et de BNP Paribas, est-il précisé.

M. Gbagbo entend "préserver les emplois et assurer l'accès des Ivoiriens et des opérateurs économiques à leurs avoirs" dans "les plus brefs délais".

Au moins cinq banques internationales, françaises et américaines notamment, avaient suspendu leurs opérations jeudi, dont les leaders Bicici et SGBCI.

C'est le résultat spectaculaire du bras de fer entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu président élu par une grande partie de la communauté internationale. Avec ses alliés extérieurs, M. Ouattara tente d'asphyxier le régime Gbagbo pour contraindre le sortant à partir.

A l'origine de ces fermetures en série: la rupture en janvier entre Abidjan et la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), qui reconnaît M. Ouattara.

Depuis lors, le gouvernement Gbagbo, isolé financièrement et privé du robinet à francs CFA, s'est efforcé de monter un système bancaire viable à l'échelle ivoirienne. Y compris, selon plusieurs sources bancaires, en exerçant une "pression énorme" sur les filiales des grandes banques étrangères.

Mais face au manque de liquidité, aux difficultés techniques et aux risques juridiques, ainsi qu'à la menace de sanctions brandie par la BCEAO contre les banques travaillant avec le gouvernement Gbagbo, la Bicici et la SGBCI ont donné le signal du retrait.

"Les autres banques vont fermer", prédit un haut responsable du secteur interrogé par l'AFP.

Pour l'économie, déjà mise à mal par les sanctions de l'Union européenne imposant notamment un embargo sur les deux ports, poumon du pays, l'effet du blocage bancaire va être "cataclysmique", assure une source proche du dossier.

Contrats annulés, plans sociaux draconiens, chômage technique: "tous les secteurs d'activité, transport et industrie notamment", sont en train d'être frappés, affirme un acteur de l'agro-industrie.

Un pays, deux présidents
Si la stratégie d'étouffement pratiquée par le camp Ouattara produit ses premiers effets, à qui la crise de très grande ampleur qui menace profitera-t-elle?

Au pied du mur, le gouvernement Gbagbo veut d'abord assurer le paiement des fonctionnaires et militaires, dont la fidélité lui est vitale, et accable l'ex-puissance coloniale française à travers ses banques.

La France a défendu les fermetures bancaires provisoires, y voyant "la conséquence du refus de Laurent Gbagbo" de partir.

Guillaume Soro, Premier ministre de M. Ouattara, a jugé aussi le sortant responsable de ce "chaos" et prôné la "révolution" pour le faire céder, comme en Egypte et en Tunisie.

Cependant pour les clients des banques l'heure est à l'inquiétude.

Le quartier du Plateau, à Abidjan, abritant les sièges des banques, a vu au cours de la semaine affluer les détenteurs de comptes.

Jeudi, devant la Société ivoirienne de banque (SIB, du groupe marocain Attijariwafa Bank), des Abidjanais en file indienne avaient attendu dès les premières heures de la matinée pour retirer de l'argent.

"On craint l'effet de contagion, donc on vient retirer un peu sur notre épargne", expliquait Mme Koffi, chef d'entreprise. "Je préfère avoir mes sous sur moi, on ne sait pas ce qui va se passer", lâchait un militaire.


 

Première publication : 18/02/2011

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