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Economie

Le gendarme américain de la Bourse s'inquiète devant les millions investis sur le 2.0

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 25/02/2011

La SEC a ouvert une enquête sur d’éventuels conflits d’intérêt sur le "second marché" où les Twitter et autres Facebook peuvent lever des millions sans être cotés en Bourse. Une situation qui rappelle la bulle Internet. Ou le système Madoff.

Le gendarme de la bourse américaine entre dans la danse. La Security and exchange commission (SEC) a décidé d’ouvrir une enquête sur les pratiques de ventes et d’achats de parts de société telles que Facebook, Twitter et autres nouvelles stars des réseaux sociaux. Une décision qui intervient alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour mettre en garde contre la formation d’une nouvelle bulle Internet, voire d’un schéma pyramidal équivalent au montage frauduleux élaboré par Madoff.

La SEC recherche, notamment, à savoir s’il n’y aurait pas des conflits d’intérêt dans ces transactions. Elle avait commencé à regarder de plus près, fin 2010, le fonctionnement du "second marché" américain où se déroulent toutes ces opérations qui concernent des entreprises non-cotées en bourse, comme Facebook. Et phénomène de mode oblige, ce sont les start-ups de la Silicon Valley qui attirent actuellement le plus d’argent.

Goldman Sachs et Facebook

Ce second marché fonctionne comme une bourse traditionnelle. Des acheteurs cherchent à investir dans des entreprises qu’elles jugent prometteuses et des intermédiaires – des brokers – jouent les marieuses. Et au passage, ils encaissent des commissions. Selon le Wall Street Journal du jeudi 24 février, la SEC se demande si ces intermédiaires agissent en toute objectivité lorsqu’ils conseillent les deux parties sur le prix des transactions.

En fait, on pourrait se demander comment ces fameux brokers évaluent ces sociétés. Tant qu’elles ne sont pas cotées, elles n’ont pas à publier leurs résultats financiers. La valeur de certaines opérations dépend donc beaucoup du "buzz". Et avec l’engouement pour le web 2.0, les montants investis atteignent des sommets.

C’est l’une de ces opérations, la levée de fonds de la banque d’investissement Goldman Sachs pour Facebook début janvier, qui a fait basculer certains spécialistes de l’enthousiasme à l’inquiétude. A l’issue de cette opération, la star des réseaux sociaux valait plus de 50 milliards de dollars, soit davantage que des entreprises telles que American Express ou Kraft Food dont les revenus sont pourtant 10 à 20 fois supérieurs selon l’analyste financier américan Albert Babayev.

Schéma pyramidal à l'horizon ? 

Tout le monde semble vouloir sa part du "miracle" du web social. Les LinkedIn [réseau social professionnel, NDLR], Zynga [jeux sur Facebook, NDLR] et autres Groupon [site d’achat groupé, NDLR] n’ont aucun mal à lever des millions sur ce second marché. En 2010, Quora, un site de questions-réponses, avait reçu 11 millions de dollars d’investissements alors que l’entreprise n’existait que depuis six mois.

De quoi faire craindre une bulle Internet ? Selon le quotidien britannique The Guardian, tous les ingrédients sont réunis : un nouveau "truc" (le web social) qui attire l’argent, des investisseurs qui parient sur des entreprises "sans réflechir", et des banques de "l’ancien monde" (Goldman Sachs) qui veulent une part du gâteau.

Certains pensent même que la situation est encore pire. Mark Cuban, un entrepreneur américain qui a fait fortune lors de la première bulle Internet, qualifie la situation de "schéma pyramidal" proche de celui de Madoff. "Des investisseurs conseillent à d’autres de mettre de l’argent dans certaines entreprises non-cotées en leur disant qu’ils récupèreront leur mise en vendant leurs parts plus chères à d’autres investisseurs", explique-t-il.

Un cercle vertueux pour les start-ups qui peut se transformer en cercle vicieux. Tout ce monde espère que lorsque leur poulain se décidera à entrer en bourse, ils pourront en retirer un bénéfice. Un pari risqué. D’autant plus que rien n’oblige les Facebook & Co à sauter dans le bain boursier. Combien de temps alors les investisseurs pourront-ils trouver d’autres personnes prêtes à leur racheter pour plus chers leurs parts d’entreprises dont, au final, on ne sait pas si elles gagnent de l’argent ?

Première publication : 25/02/2011

  • TECHNOLOGIES

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