Dernière modification : 14/04/2011 

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Lampedusa, l'infranchissable "Porte de l'Europe"

Lampedusa, l'infranchissable "Porte de l'Europe"

Depuis des années, la minuscule île italienne de Lampedusa constitue la porte d'entrée des migrants africains vers l'Europe. Ses côtes accidentées portent les stigmates de ceux qui l'ont franchie, et de ceux qui y ont laissé la vie.

Par Benjamin DODMAN (texte)
 

L'île de Lampedusa, à mi-chemin entre la Tunisie et l'Italie, émerge d'un étroit bras de mer qui sépare la Méditerranée en deux, à la croisée de routes sillonnées depuis toujours par les marchands, les pirates et autres aventuriers.

À travers les siècles, l'avant-poste rocheux baigné dans des eaux cristallines a été successivement occupé par les Phéniciens, les Grecs, les Arabes et même les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale.
 
Désormais, les seuls à envahir l'île sont les touristes descendus du Nord et les migrants du Sud, visiteurs inattendus auxquels les gardes-côtes italiens sont contraints de faire escorte.
 
Les migrants, qui affluent depuis les récents soulèvements qui agitent le monde arabe, n'ont qu'une courte, mais non moins périlleuse, traversée à parcourir – 225 km séparent la ville tunisienne de Sfax de l'île. Portés par une foi aveugle qui les pousse vers le Nord, ils affrontent la haute mer, faisant fi de la règle séculaire qui veut que l'on garde la côte à vue, surtout lorsqu’on navigue dans une petite embarcation.
 
Le périple est dangereux, tout comme l'est celui que les Libyens et les Égyptiens entreprennent aujourd’hui jusqu’à la Grèce via la Turquie voisine, où la rivière Evros est considérée comme la frontière la plus poreuse d'Europe.
 
Au cours de ces 15 dernières années, plus de 13 000 personnes auraient péri en tentant la traversée vers l'Italie. L'histoire des migrants de Lampedusa, qu’ils aient échoué ou atteint le rêve européen, peut se lire sur les monuments et les tombes qui jonchent l'île, sur les cadavres de bateaux qui gisent sur les plages, ou sur la monumentale Porte de l'Europe érigée à la mémoire de ceux qui ont péri en route.
 
L’un des nombreux cimetières marins de Lampedusa où reposent les vieux bateaux dans lesquels ont embarqué les migrants venus d’Afrique du Nord. © Benjamin Dodman
Une note d’information scotchée à la coque d’un des bateaux indique que l’embarcation, utilisée à des "fins criminelles", a été saisie par les autorités italiennes. © Benjamin Dodman
© Benjamin Dodman
Des drapeaux tunisiens flottant dans le ciel italien. © Benjamin Dodman
Les bateaux seront bientôt détruits afin qu’ils ne soient pas de nouveau utilisés pour le transport d’immigrés illégaux. Au grand dam des pêcheurs locaux qui estiment leur qualité bien meilleure que celle de leurs propres embarcations. © Benjamin Dodman

© Benjamin Dodman
T-shirts, chaussures et bouteilles en plastique laissés à l’abandon aux côtés des navires. © Benjamin Dodman

Inadaptés à la haute mer, les bateaux transportant les migrants supportent mal la traversée. Certains prétendent toutefois que les capitaines endommagent volontairement la coque de leur navire afin d’être secourus par les gardes-côtes italiens. © Benjamin Dodman

Un navire abandonné près d’un terrain de football. © Benjamin Dodman
La “Porte de l’Europe » a été érigée en 2008 à la mémoire des migrants qui ont péri dans la traversée de l’étroit bras de mer reliant l’Afrique du nord à l’Italie.

Des croix en bois dans un coin du cimetière de Lampedusa indiquent les tombes de ceux qui ont péri au large des côtes maltaises l’année dernière.

     

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