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Economie

Le Japon ne devrait pas éviter une nouvelle récession

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/03/2011

À cause du séisme et du tsunami qui ont ravagé l'archipel le 11 mars, l’économie japonaise devrait tourner au ralenti pendant plusieurs mois. Une mauvaise nouvelle pour le pays mais aussi pour l’économie mondiale, dont le Japon est un acteur majeur.

Le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon vendredi devraient replonger le pays dans la récession. "L’économie japonaise devrait se contracter au premier et au deuxième trimestre de 2011 après avoir déjà connu un léger recul au quatrième trimestre de 2010", explique à France24.com Évelyne Dourille-Feer, économiste spécialiste du Japon au Centre d'études prospectives et d'informations internationales de Paris (Cepii).

Pour Tokyo en effet, cette catastrophe pouvait difficilement tomber à un plus mauvais moment. L’archipel vient à peine de sortir la tête de la crise financière, finissant l’année 2010 avec une croissance annuelle de 3,9 %. Or, les dommages infligés aux infrastructures et aux bâtiments par le séisme hypothèquent sérieusement une reprise économique à court terme. Une inquiétude dont les marchés financiers se sont rapidement fait l'écho, ce lundi : l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a fini en recul de 6,18 %.

Des dégâts estimés entre 15 et 35 milliards de dollars

"La possibilité de répliques sismiques dans la région de Tokyo mercredi et l’inconnue nucléaire pourraient, en outre, nous amener à revoir nos premières conclusions", prévient Évelyne Dourille-Feer. Que sait-on exactement pour l’instant ? Si le sud du pays n’a été que peu affecté, plus au nord, les moyens de transport, les ports et les aéroports sont soit totalement hors service, soit très perturbés. Et même lorsqu’ils fonctionnent, priorité est donnée à l’humanitaire.

Remise en cause énergétique

Les entreprises présentes dans la région de Sendaï - comme Toyota et Sony - ont dû donner congé à leurs salariés. Le constructeur automobile espère, lui, pouvoir rouvrir ses sites touchés mercredi, tandis que le géant de l’informatique, plus prudent, n’a rien dit sur une éventuelle réouverture de ses usines.

Ces arrêts de production devraient durer au moins deux mois, selon les économistes, et affecter le PIB japonais. "Le séisme de Kobe, en 1995, avait ainsi coûté 2 points de PIB au Japon", rappelle Evelyne Dourille-Feer. Et ce tremblement de terre, qui n’avait pas été suivi par un tsunami, n’avait été "que" d’une magnitude de 7,2 sur l’échelle de Richter.

Autre facteur qui devrait avoir un impact sur l’économie japonaise : les coupures de courant. Elles devraient être de 3 à 6 heures par jours dans les prochaines semaines car la capacité de fourniture d’électricité du Japon est passée de 41 millions de Kw/h par jour (Kw/h/j) à 31 millions de Kw/h/j.

Cette question est d’autant plus cruciale que le Japon a beaucoup misé sur l’énergie nucléaire pour sa production électrique. Avant la catastrophe, les autorités espéraient que 70 % de l’électricité du pays serait d'origine nucléaire en 2030, contre 34 % aujourd’hui. "Mais avec les incidents de ces derniers jours, l'objectif ne pourra pas être mis en œuvre", estime Evelyne Dourille-Feer. Ce qui remet en cause toute la politique énergétique de l’archipel.

Rebond économique attendu

L’économie mondiale devrait également pâtir de la catastrophe qui a touché le Japon. Les premières victimes seront, d’après Evelyne Dourille-Feer, ses partenaires asiatiques. La Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong et la Chine sont des gros importateurs de composants électroniques nippons pour la construction de voitures ou de matériel informatique. "Des arrêts de production dans ces pays sont tout à fait envisageables", analyse Evelyne Dourille-Feer. Par ricochet, des secteurs comme l’automobile ou la high-tech devraient connaître un ralentissement au niveau mondial.

Mais tout n’est pas noir pour le Japon. Le pays peut s’attendre à un rebond économique avant la fin de l’année. "À partir du troisième trimestre, les efforts de reconstruction devraient tirer l’économie vers le haut", prédit Evelyne Dourille-Feer. C’est ce qui s’était passé en 1996, un an après le séisme de Kobe.

En attendant, le Japon a pris des mesures d’urgence pour soutenir son activité. Un budget spécial d’environ 2 milliards d’euros vient d’être voté et la Banque centrale du Japon (BoJ) a décidé "d’inonder" l’économie japonaise d’argent frais en prêtant 87 milliards d’euros à une trentaine de banques. Objectif : rassurer les marchés et, surtout, permettre aux entreprises de continuer à emprunter.

Première publication : 14/03/2011

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