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Afrique

L'opposition demeure sceptique à l'égard du projet de réforme constitutionnelle

Vidéo par Sonia DRIDI

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 19/03/2011

Quelque 40 millions d'Égyptiens sont appelés aux urnes ce samedi dans le cadre d'un référendum portant sur des amendements à la Constitution. Le puissant mouvement des Frères musulmans appelle ses partisans à voter "oui".

Première épreuve des urnes en Égypte, cinq semaines après le départ de Hosni Moubarak. Les électeurs sont appelés à se prononcer par référendum sur les amendements constitutionnels, ce samedi. Les Égyptiens, impatients d’en finir avec l’ancien régime, sont partagés entre les partisans du "oui", favorables à une transition démocratique rapide et à des changements limités de la Constitution, et le camp du "non", qui plaide pour une refonte totale de cette dernière ainsi que pour un report des élections présidentielle et législatives.

Les Frères musulmans, le plus important mouvement d’opposition en Égypte, ont appelé à soutenir ces amendements constitutionnels. Ces réformes - que la grande majorité des jeunes de la révolution rejettent - limitent, entre autres, la durée d'exercice du pouvoir présidentiel à deux mandats de quatre ans et permettent à des candidats indépendants et de l'opposition de briguer la magistrature suprême. Ils ne limitent cependant pas les prérogatives présidentielles inscrites dans la Constitution actuelle. En cas de victoire du "oui", le pays rentrerait alors dans sa transformation démocratique en organisant des élections présidentielle et législatives d'ici à six mois.

L'opposition divisée par la révision de la Constitution

"La population espère un retour à la normale au plus vite", explique Essam Erian (photo), le porte-parole des Frères musulmans à FRANCE 24. "Une victoire du 'non' signifierait un vide politique, alors que la victoire du 'oui' rendrait le pouvoir au peuple, développe-t-il. Ce qui est important, c’est de regagner une stabilité politique maintenant."

Un échec au référendum compliquerait en effet la tâche du Conseil suprême des forces armées, qui assure actuellement l'intérim au Caire. Les militaires avaient initialement promis de céder rapidement le pouvoir. En cas de victoire du "non", le Conseil devra siéger plus longtemps et prolonger le délai de six mois qu'il s’était fixé pour le transfert du pouvoir à un gouvernement civil élu.

Ce délai est néanmoins jugé trop court par les groupes d’opposition qui ont décidé de voter contre ces amendements. Les détracteurs du projet de réforme redoutent, entre autres, que les Frères musulmans ne tirent bénéfice d’une victoire du "oui" pour rédiger une nouvelle Constitution qui leur serait favorable. Un des membres des Frères musulmans a d’ailleurs fait partie du comité chargé de préparer ces amendements.

Un avis partagé par Marwa Sharaf, une militante des droits de la femme, interrogée par FRANCE 24. Cette activiste - qui a participé à la révolution - craint que les Frères musulmans, mouvement populaire et organisé, ne rafle trop de sièges au Parlement. "La Constitution doit être écrite en accord avec toutes les composantes politiques, pas seulement avec les islamistes", explique-t-elle. "Si le 'oui' l’emporte, ce vote anéantirait tous les espoirs de changement portés par la révolution."

Recomposition du paysage politique

Mohammed el-Baradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et membre de l’opposition, a lui aussi appelé à une réécriture complète de la Constitution et à un report des élections. Dans le cas contraire, il ne se lancera pas dans la prochaine course présidentielle. Le prix Nobel de la paix dénonce un référendum organisé à la hâte et des amendements qui favorisent un régime ultra-présidentiel qui avaient permis à Moubarak de se maintenir au pouvoir pendant trente ans.

"Mohammed el-Baradei a tort de refuser de s’engager dans la course présidentielle si la nouvelle Constitution est votée, considère Essam Erian. Une victoire du 'oui' lui offrirait l’occasion de pouvoir diriger le pays."

Les Frères musulmans, mouvement politique interdit mais toléré par le régime d’Hosni Moubarak, devraient lancer leur nouveau parti "Liberté et Justice" ces prochaines semaines, confirme par ailleurs Erian.

 

Première publication : 17/03/2011

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