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Afrique

À l’ONU, la diplomatie française face à l’équation libyenne

©

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Yann BUXEDA

Dernière modification : 18/03/2011

En arrachant une résolution pour une intervention en Libye, qui porte déjà ses fruits avec le cessez-le-feu annoncé vendredi, Paris a évité un camouflet et marqué un retour au premier plan. Une question demeure : la manœuvre était-elle préméditée ?

L’approbation, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 1973, jeudi soir, marque en quelque sorte un retour au premier plan de la diplomatie française. Sur l’antenne de FRANCE 24, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a rappelé "que la France [travaille] à convaincre ses partenaires" depuis "des jours, pour ne pas dire des semaines".

L’insistance de la France vis-à-vis de la communauté internationale a porté ses fruits. Au lendemain de la décision du Conseil de sécurité de l’ONU, la Libye a annoncé vendredi son intention de se conformer immédiatement aux injonctions des Nations unies en mettant "fin à toutes les opérations militaires" et en observant "immédiatement un cessez-le-feu".

Si ce dernier développement se confirme sur le terrain, il pourrait constituer un succès probant pour la diplomatie française. Pour autant, les prises de position appuyées de Paris en faveur de cette intervention demeurent complexes à décrypter.

Depuis la reconnaissance officielle du Conseil national de transition libyen (CNT) comme seul représentant légitime du peuple libyen (le 10 mars dernier), Paris a multiplié les appels en faveur d'une intervention militaire.

Surtout, cette position tranche nettement avec l’attitude de la diplomatie française face aux récentes révoltes arabes - en Tunisie et en Égypte. Le Quai d’Orsay avait alors multiplié les maladresses, au point de discréditer la diplomatie française dans son ensemble et de rendre illisible la position de Paris sur ces dossiers.

Une prise de position à assumer

Joint par France24.com, Eugene Rogan, directeur du Centre des études du Moyen-Orient à l’université d’Oxford, estime que Paris n’avait pas d’autre choix que de ”poursuivre son effort” face à la problématique libyenne : ”La France a adopté une position très surprenante en reconnaissant un gouvernement au lieu d’un État. Il me semble qu’a partir du moment où le président Sarkozy a légitimé le CNT, de manière imprévisible, [...] la France ne pouvait se permettre d’être le seul pays d’envergure à ne plus reconnaitre le régime de Kadhafi.”

Les appels répétés du Quai d’Orsay pour un consensus international ont fini par payer. Mais la question de savoir si la reconnaissance hâtive du CNT faisait partie d’une stratégie globale pour mettre la pression sur la communauté internationale continue de se poser.

Pour Eugene Rogan, il est probable que la France a été contrainte de faire assumer à ses partenaires une décision précipitée : ”Le président Sarkozy est très imprévisible et peut se montrer très spontané. Lorsqu’il a reconnu le CNT, il semblerait qu’il n’ait pas consulté ses partenaires européens et américain.”

Néanmoins, ”il est très difficile de savoir dans quel but la France a décidé de reconnaître le CNT”. ”Peut-être avait-elle obtenu des garanties sur l’attribution de marchés en échange de son soutien. S’il s’agit d’une hypothèse défendable, rien ne permet de la vérifier. Je ne vois pas d’autre explication”, développe-t-il.

Cependant, l’image d’une diplomatie française ultra réactive, qui aurait habilement contrôlé son dérapage, n’est pas unanimement partagée. Selon Jean Dufourcq, chercheur à l’École militaire à Paris et ex-directeur du Centre de recherche du collège de défense de l’Otan, ”la France partage l’idée qu’elle se doit d’intervenir dès lors qu’une population subit une attaque de son dirigeant, surtout si le processus se déroule dans un espace la concernant directement”.

Cet aspect stratégique, qui vise à protéger l’espace méditerranéen contre une menace de déstabilisation, est un facteur prépondérant pour décrypter la position française sur le dossier libyen, estime Jean Dufourcq, dont le raisonnement appuie la thèse d’une stratégie maîtrisée dès le début par Paris. ”En coulisses, il est fort probable que le projet était sur la table depuis un mois. Car la mise en place d’un processus militaire nécessite beaucoup de travail en amont.”

La diplomatie hexagonale en première ligne

Reste qu’en obtenant l’approbation d’une intervention en Libye, la France se retrouve à l’initiative d’une opération majeure. Pour l’instant, le Quai d’Orsay a limité les interventions. Le porte-parole du gouvernement François Baroin a confirmé vendredi matin que les frappes militaires interviendraient "dans quelques heures" et que les militaires français y "participeront".

Pour Jean Dufourcq, ce flou entretenu par Paris s’inscrit dans une certaine continuité : "Nous venons de conclure l’étape politique de cette opération. Maintenant s’ouvre le volet militaire, à savoir la mise en place du processus, explique-t-il. Si la France ne s’est pas prononcée sur un calendrier précis, c’est que l’ONU est dans une logique de ‘surprise militaire’. Si la nécessité humanitaire est incontestable, la stratégie impose de frapper au bon moment."

En préambule au vote du Conseil, Alain Juppé avait évoqué une intervention rapide, estimant que c’était "une question de jours, […] peut-être une question d'heures". Depuis, aucune information n’a filtré à ce sujet.

Quant aux effectifs et moyens militaires que chaque pays impliqué pourrait mettre à disposition de la coalition, ils n’ont toujours pas été communiqués.

Première publication : 18/03/2011

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