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FRANCE

La presse anglo-saxonne peu sensible au charme de BHL

©

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 21/03/2011

Si la presse française considère l’intervention de Bernard-Henri Lévy auprès de Nicolas Sarkozy comme déterminante dans l’entrée en guerre contre le régime de Kadhafi en Libye, la presse anglo-saxonne relativise le rôle joué par le philosophe.

Les médias anglo-saxons n’auraient peut-être pas autant cité le nom de Bernard-Henri Lévy, surnommé BHL, dans ses éditions de ce week-end, si la France ne s’était pas trouvée aux "avant-postes de l’effort de guerre occidental" en Libye, comme l'écrit le New York Times.

The Economist salue un "retour bienvenu de la France sur la scène diplomatique". Le Los Angeles Times titre sur le "triomphe de Sarkozy". D’une manière générale, les journaux étrangers analysent les motivations sarkozystes : comment le chef de l’État français a voulu "restaurer la crédibilité de la diplomatie française" (The Economist), combien il avait été "couvert de critiques sur sa difficulté à répondre au soulèvement des peuples arabes ce printemps" (The Guardian), et de quelle manière il cherche "opportunément" à "incarner une certaine idée gaullienne de la France" et se trouver ainsi en bonne position pour la présidentielle de 2012 (Los Angeles Times).

Le "rôle étrange" de BHL

Au détour de ces considérations diplomatiques revient le nom du philosophe Bernard-Henri Lévy. Pour Steven Erlanger, correspondant du New York Times à Paris, Nicolas Sarkozy a non seulement été "motivé par les échecs à apporter un soutien rapide aux révolutions tunisienne et égyptienne", mais il a aussi été "pressé par un nouveau ministre des Affaires étrangères, la figure médiatique Bernard-Henri Lévy". De son côté, The Guardian parle des "encouragements du philosophe français tout-terrain, Bernard-Henri Lévy", auprès d’un Sarkozy "plus impulsif que jamais". The Economist évoque le "rôle étrange" de BHL, "un philosophe de gauche et célébrité médiatique" dans la politique étrangère française.

Évoquant le voyage du journaliste-écrivain parti en reportage à Benghazi le 3 mars dernier et le coup de fil passé à Nicolas Sarkozy pour lui proposer de "recevoir les Massoud libyens", comme le rapportaient le Figaro et les Inrocks, les quotidiens britanniques Times et The Economist font mention de la présence de BHL à l’Élysée lors de la réunion avec les deux émissaires du Conseil national libyen de transition et de sa prise de parole devant la presse pour annoncer "des actions défensives et ciblées" contre les positions de Kadhafi.

Mais contrairement à la presse française qui n’a pas hésité à faire de BHL le personnage pivot de la réponse française aux provocations de Mouammar Kadhafi, Steven Erlanger considère que "le rôle de BHL dans la diplomatie française est très exagéré dans la presse nationale. Ce n’est pas lui qui dicte la politique à l’Élysée. Et ce n’est pas un sujet d’intérêt aux États-Unis. Je ne travaille ni pour un journal français comme Le Figaro, ni pour un magazine people."

Personnage polémique

Difficile pour les médias étrangers en effet de rendre compte de ce philosophe qui se pique de journalisme à la première personne et dont l’omniprésence médiatique et l’opportunisme politique sont autant l’objet d’admiration que de sarcasmes en France. BHL, qui se met amplement en scène dans les photographies qui accompagnent ses écrits journalistiques (dernièrement dans le Huffington Post et le Journal du Dimanche), a été critiqué à plusieurs reprises pour sa façon de procéder dans ses reportages. Début mars, ses propos sur Al Jazira sur les "blow jobs" (littéralement, les fellations) offerts par les Occidentaux aux dictateurs ont fait le tour du Web. Il avait déjà été montré du doigt l’année dernière pour avoir fait référence, avec le plus grand sérieux, au "penseur Jean-Baptiste Botul" dans son livre "De la guerre en philosophie" (publié en février 2010), alors que Botul est une signature fictive créée par Frédéric Pagès, agrégé de philosophie et journaliste au Canard Enchaîné. Le Times n’avait pas hésité à parler de "Bernard-Henri Lévy, la risée", au moment de l’affaire.

Il n’en reste pas moins que ses déclarations publiques donnent encore souvent le ton aux débats politiques. Dans le cas de la Libye, BHL a simplement fourni à Nicolas Sarkozy une justification morale, en le persuadant qu’il fallait réparer la non-intervention française lors du massacre de Srebrenica en 1995, concède Steven Erlanger. Mais le journaliste refuse de pousser plus loin l’interprétation. "BHL apporte simplement des éléments au débat, il n’est pas général des armées. Mais n’en faites pas un acteur politique plus important qu’il ne l’est !", plaide Erlanger.

 

Première publication : 21/03/2011

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